Vivendi: l'opinion des analystes après la déconvenue beIN.

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(CercleFinance.com) - Bloqué par l'Autorité de la concurrence, l'accord de distribution exclusive entre Canal + et beIN Sports n'est plus d'actualité alors qu'il constituait un des axes majeurs de la stratégie de redressement de sa filiale mise en place par Vivendi. Tour d'horizon des commentaires de quatre bureaux d'études d'études : Oddo, Société Générale, Natixis et Invest Securities.

Hier en effet, Canal +, la filiale télévisuelle de Vivendi, a pris “acte de la décision de l'Autorité de la concurrence de ne pas autoriser la distribution exclusive des chaînes beIN Sports au sein des offres du groupe Canal. Le groupe devra donc travailler sur d'autres solutions pour faire cesser les pertes des chaînes françaises Canal +”, indique un communiqué laconique.

En effet, Canal + avait perdu du terrain face à ses concurrents ces derniers mois en termes de droits de rediffusion d'événements sportifs, notamment les tournois de football. Parallèlement à la réduction de voilure dans les contenus “gratuits” (en clair) de Canal +, le développement des offres payantes paraît un axe clé de la stratégie défendue par Vincent Bolloré, premier actionnaire et patron de Vivendi, pour redresser Canal +.

Commençons par les réactions des analystes toujours optimistes, comme ceux d'Oddo, toujours à l'achat sur l'action Vivendi, bien qu'ils visent 22 et non plus 23 euros. Pour Oddo, il ne s'agit pas vraiment d'une surprise, les éléments rapportés par la presse depuis des semaines présageant en partie de cette décision. Reste que selon eux, le consensus était partagé à 50/50 et qu'Oddo faisait partie du camp des optimistes.

'Vincent Bolloré misait beaucoup sur cet accord pour redresser le chiffre d'affaires et la rentabilité de Canal+ France. Son lobbying était axé sur la mauvaise santé de Canal+ France', constate la note de recherche. Mais la direction a laissé entendre que même l'échec de l'accord avec beIN ne remettait pas en cause le redressement de Canal + France, dont le résultat opérationnel courant devrait revenir à l'équilibre en 2018.

Du fait de ce revers, Canal + devra vraisemblablement investir dans les contenus (droits sportifs, cinéma), réaliser de nouvelles économies (de 80 à 100 millions, selon Oddo), sinon revoir ses offres en créant des abonnements moins chers.

Autre analyste optimiste : Société Générale (SG), lui aussi toujours à l'achat sur Vivendi en visant 19,6 euros. Les analystes estiment que l''échec beIN' aura un faible impact sur le cours (- 0,30 euro seulement). 'Le revers subi sur ce projet avec beIN est décevant, mais la perte d'opportunité effective est modeste et les anticipations sur Canal+ sont déjà faibles', indique une note.

'Le redressement de Canal+ d'ici à 2018 devient plus difficile mais reste réalisable, selon Vincent Bolloré', rappelle la note. Mais probablement suivant des modalités encore moins roses : 'Vincent Bolloré avait signalé en mai que, sans cet accord, le redressement de Canal+ d'ici à 2018 serait encore possible mais plus difficile à opérer. Selon ses propres mots, 'si on a le droit, nous emprunterons un petit chemin fleuri pour sortir de l'impasse, sinon, il nous faudra passer par la forêt des glaces'”.

Natixis, lui, fait partie des dubitatifs, en étant neutre sur la valeur avec un objectif de cours de 18,6 euros. 'Le groupe perd en effet un levier important pour améliorer sa situation commerciale', juge une note. Que va faire Canal + ? Selon Natixis, conformément aux déclarations récentes du directeur général de Canal + Maxime Saada, des abonnements sans engagement et/ou moins chers pourraient être lancés. 'Certes ces pratiques pourraient conduire à une base d'abonnés plus volatile et à une baisse de l'ARPU (le revenu moyen par utilisateur, ndlr), mais elles sont probablement indispensables pour adapter le groupe à l'environnement concurrentiel actuel', ajoute la note.

Canal pourrait également 'accroître les contenus exclusifs disponibles sur les chaînes du groupe', mais cela risque de prendre du temps.

Enfin, Invest Securities, neutre lui aussi en visant 16,4 euros, estime que “Vivendi doit maintenant trouver une solution pour que la proposition de valeur de Canal+ justifie le prix payé par les abonnés. Sinon, l'érosion des abonnés va s'accélérer comme cela a été constaté au 1er trimestre (T1)”. Au T1, Canal + avait encore perdu 183.000 abonnés (et 59 millions d'euros), soit 415.000 sur un an. Canal + pourrait subir un déficit de 400 millions d'euros cette année.

Le bureau d'études ne croit pas que Vincent Bolloré mette sa menace à exécution et finisse par 'fermer' Canal + France. Selon lui, l'élément différenciant du bouquet Canal est justement l'offre 'premium' de la chaîne. En revanche, 'cette décision va, par contre, probablement accélérer le programme de réduction de coûts en particulier dans le clair”, pronostique Invest Securities.

Sans que cela ne règle pour autant le problème de Canal +. Invest s'étonne que Vivendi soit en train de finaliser l'acquisition de la chaîne de télévision italienne à péage Mediaset Premium. Or “comme en France, la situation concurrentielle est forte face à Sky Italia. Une bataille autour des droits est probable, Mediaset Premium ayant ceux de la Champions League et Sky Italia ceux de la Premier League et de l'Europa League”, termine la note.

EG


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