Vive tension entre Paris et Londres sur les mineurs de Calais

le , mis à jour à 15:02
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    * Londres demande à Paris de protéger les mineurs isolés de 
Calais 
    * Selon Bernard Cazeneuve, 1.451 mineurs ont été "mis à 
l'abri" 
    * Il demande au Royaume-Uni de prendre ses responsabilités 
    * L'Ofpra dit avoir fait le travail de Londres pour les 
majeurs 
    * La préfète du Pas-de-Calais juge sa mission terminée 
 
 (Avec déclarations préfète et Ofpra) 
    PARIS, 28 octobre (Reuters) - Le sort des migrants mineurs 
isolés qui vivaient dans la "jungle" de Calais provoque une vive 
tension entre la France et la Grande-Bretagne, à trois jours de 
la fin du démantèlement de ce bidonville prévue pour lundi. 
  
    Un porte-parole du ministère britannique de l'Intérieur a 
déclaré que sa ministre, Amber Rudd, avait insisté jeudi auprès 
de son homologue français sur la nécessaire protection des 
enfants qui ne pourront être accueillis au Royaume-Uni. 
    "Tout enfant non éligible ou ne se trouvant pas dans la 
partie sécurisée du camp doit être pris en charge et protégé par 
les autorités françaises", a-t-il ajouté. 
    Les ministres de l'Intérieur et du Logement, Bernard 
Cazeneuve et Emmanuelle Cosse, ont déclaré jeudi soir avoir pris 
connaissance "avec surprise" de ces déclarations britanniques. 
    Ils ont estimé dans un communiqué que la France avait assumé 
ses responsabilités "sans jamais se dérober" et rappelé que 
10.886 migrants désireux de passer au Royaume-Uni avaient été 
"mis à l'abri" depuis un an par la France à partir de Calais et 
que 1.451 mineurs l'avaient été depuis le 17 octobre. 
    "Dans le même temps et à ce jour, le Royaume-Uni a accepté 
le transfert sur son sol de 274 mineurs isolés depuis Calais", 
ajoutent Bernard Cazeneuve et Emmanuelle Cosse. 
    Ils souhaitent "que le Royaume-Uni prenne rapidement ses 
responsabilités" et accueille les mineurs isolés ayant des liens 
familiaux ou "dont l'intérêt supérieur est d'être accueillis" 
dans ce pays. "C'est la meilleur manière pour eux d'être 
protégés comme il se doit", concluent-ils. 
     
    HAUSSE DU NOMBRE DE MIGRANTS A PARIS 
    Cette irritation est partagée par le directeur de l'Office 
français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), pour 
qui ces "déclarations semblent inverser l'ordre des choses". 
    "S'agissant des majeurs, nous avons fait le travail des 
Britanniques. Donc le minimum est qu'ils prennent en charge les 
mineurs isolés qui se trouvent actuellement au centre d'accueil 
provisoire (CAP) de Calais et ont un intérêt à aller en 
Grande-Bretagne", a-t-il déclaré vendredi à Reuters. 
    Selon l'ONG humanitaire Save the children, les mineurs 
isolés n'ont pas tous pu être mis à l'abri dans le cadre de 
l'évacuation des migrants réfugiés dans la "jungle" de Calais.  
    "De nombreux enfants dorment à l'extérieur", a dit à Reuters 
une responsable de cette ONG, Dorothy Sang.  
    Dans une interview accordée à ITV, Amber Rudd rejette l'idée 
que le Royaume-Uni traîne les pieds et assure qu'il accueillera 
encore "quelques centaines" de mineurs, en donnant la priorité 
aux "plus vulnérables", en particulier les jeunes filles. 
    "Nous avons un impératif, aider, mais nous devons veiller, 
quand nous offrons cette aide, à ce qu'elle n'incite pas des 
gens à envoyer leurs enfants à travers l'Europe et les mers", a 
cependant ajouté la ministre britannique de l'Intérieur. 
    Interrogée par France Inter, la préfète du Pas-de-Calais, 
Fabienne Buccio, qui a piloté le démantèlement de la "jungle" où 
vivaient encore plus de 6.000 personnes il y a une semaine, a 
pour sa part jugée sa mission remplie "et même un peu au-delà".  
    Le nombre de migrants dormant dans un campement sauvage à 
Paris a nettement cru depuis le début de la semaine, notamment 
avec l'afflux de personnes venant de Calais, a dit à Reuters 
l'adjointe au maire de la capitale chargée de la sécurité. 
    "Il y a toujours eu des aller-retours entre Calais et les 
campements Parisiens", a souligné Colombe Brossel. "Il y a des 
gens (...) qui arrivent de Calais et d'autres d'ailleurs." 
    Elle évalue entre 2.000 et 2.500 le nombre de migrants, 
surtout africains, aujourd'hui présents dans le campement 
sauvage du quartier Stalingrad-Canal Saint-Martin. 
    Pascal Brice a pour sa part écarté l'idée d'un afflux massif 
de migrants de Calais à Paris : "Qu'il y ait quelques mouvements 
marginaux ça peut se produire mais le mouvement massif s'est 
fait vers les centres d'accueil et d'orientation (disséminés en 
France) et c'est le grand succès de cette opération." 
 
 (Emmanuel Jarry, avec Ingrid Melander à Paris et William James 
à Londres, édité par Yves Clarisse) 
 
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  • franck8 il y a 11 mois

    Rarement vu une aussi grande hypocrisie que celle du gouvernement anglais dans cette affaire.