Visite historique de Barack Obama à Hiroshima

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 (Bien lire 6 août) 
    par Minami Funakoshi 
    HIROSHIMA, Japon, 27 mai (Reuters) - Barack Obama sera 
vendredi le premier président des Etats-Unis en exercice à se 
rendre à Hiroshima, théâtre du premier bombardement atomique de 
l'Histoire, un geste que Tokyo et Washington souhaitent 
symbolique de leur alliance et de leurs efforts pour abolir les 
armes nucléaires. 
    Avant même d'avoir eu lieu, la visite a fait polémique, 
certains accusant les Etats-Unis comme le Japon d'avoir la 
mémoire courte, d'autres soulignant la position paradoxale des 
Américains, qui utilisent la dissuasion nucléaire tout en 
appelant à la non-prolifération.  
    Dans la foulée du sommet du G7 qui s'est clos vendredi, le 
président américain déposera en compagnie du Premier ministre 
japonais Shinzo Abe une couronne de fleurs devant un mémorial 
pour la paix.  
    Ce geste devrait mettre en valeur l'action du président et 
lauréat du prix Nobel de la paix en faveur de la 
non-prolifération nucléaire, estiment ces conseillers. 
    Le 6 août 1945, des milliers d'habitants ont été 
instantanément tués à Hiroshima. Fin 1945, du fait de 
l'exposition à la radioactivité, le bilan était de 140.000 
morts. Trois jours après Hiroshima, une autre ville, Nagasaki, 
était soumise au feu nucléaire.  
    Obama, qui honorera tous les morts de la Seconde Guerre 
mondiale, a souligné que son déplacement ne sera pas un geste 
d'excuse mais un symbole des liens d'amitié entre les deux 
anciens ennemis. 
    "Je viens, tout d'abord, pour commémorer et honorer les 
dizaines de millions de vies qui ont été perdues pendant la 
Seconde Guerre mondiale. Hiroshima nous rappelle que la guerre, 
peu importe sa cause ou les pays qui y ont participé, aboutit à 
des souffrances et des pertes terribles, en particulier pour les 
civils innocents", a-t-il dit dans une interview au journal 
japonais Asahi publiée vendredi. 
     
    LA FIN D'UN TABOU 
    Le débat a été animé à la Maison blanche quant à la 
pertinence d'une telle visite, taboue de longue date pour les 
présidents américains, en particulier en cette année électorale. 
Mais les conseillers d'Obama ont fait front, et promis aux 
groupes d'anciens combattants qu'il ne reviendrait pas sur la 
décision de lancer la première bombe atomique. 
    "Je ne reviendrai pas sur la décision d'utiliser l'arme 
nucléaire à Hiroshima et Nagasaki, mais je vais souligner que la 
venue conjointe du Premier ministre Abe et moi-même à Hiroshima 
montre au monde qu'une réconciliation est possible, que même 
d'anciens ennemis peuvent devenir les plus solides alliés", a 
dit le président à Asahi. 
    Pour une majorité d'Américains, les bombardements 
d'Hiroshima et Nagasaki étaient une nécessité pour mettre fin à 
la guerre et ont permis d'épargner des vies américaines et 
japonaises en abrégeant la guerre. De nombreux historiens 
doutent de cette version.  
    Au Japon, l'opinion publique juge majoritairement que ces 
attaques inédites n'étaient pas justifiées. 
    "Il faudra attendre encore dix ans pour avoir la possibilité 
qu'un président (américain) fasse ses excuses", a estimé Kenji 
Ishida, 38 ans, résident d'Hiroshima et chauffeur de taxi, né 
deux ans après la catastrophe. 
    "Le Japon doit demander pardon pour Pearl Harbour, si on 
exige que les Etats-Unis donnent des excuses", a-t-il poursuivi. 
    Côté chinois, pays qui a été l'objet de l'agression 
japonaise pendant la Seconde Guerre mondiale, l'agence Chine 
nouvelle a vivement critiqué la posture du Japon. 
    "Le gouvernement japonais essaie d'utiliser la visite 
historique pour mettre en valeur l'image de 'victime de guerre' 
du Japon", a-t-elle déclaré, rappelant les "atrocités 
japonaises". 
 
 (Julie Carriat pour le service français, édité par 
Jean-Stéphane Brosse) 
 
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