Violences sporadiques jeudi soir à La Réunion

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SAINT-DENIS DE LA REUNION (Reuters) - Des violences sporadiques ont éclaté pour la troisième nuit consécutive jeudi soir sur l'île de La Réunion, en perdant en intensité mais en s'étendant à plusieurs villes.

"La situation est beaucoup plus calme que les nuits précédentes à Saint-Denis et au Port", a précisé Benoît Huber, directeur de cabinet du préfet.

Des groupes de jeunes et les forces de l'ordre continuaient à s'affronter à distance, lancers de bouteilles incendiaires contre tirs de grandes lacrymogènes, dans le quartier du Chaudron à Saint-Denis.

Des incidents étaient également signalés dans d'autres communes de l'Est et du Sud de l'île, mais aucun pillage de bâtiment public ou privé n'était à déplorer.

En milieu de nuit, les forces de l'ordre avaient déjà procédé à 35 interpellations. Dans la journée de jeudi, 4 des 68 personnes interpellées lors des violences des deux derniers jours ont été condamnées à des peines de prison ferme et deux ont été placées en détention provisoire.

Dans la journée, les élus de l'île ont présenté jeudi des propositions pour faire baisser les prix et calmer le mécontentement contre la vie chère.

Didier Robert, président (UMP) du conseil régional, a ainsi proposé d'utiliser les recettes d'une taxe locale, l'octroi de mer, pour faire baisser de 5 centimes les prix au litre des carburants.

Nassimah Dindar, présidente (DVD) du conseil général, souhaite généraliser les tarifs sociaux de l'eau, de l'électricité et du téléphone et baisser les prix de produits de première nécessité d'origine locale en créant "un fonds de concours exceptionnel".

LE MAIRE VEUT UN PLAN D'URGENCE

Ces propositions seront débattues vendredi lors d'une réunion en préfecture, consacrée initialement aux seuls prix des carburants.

Selon la préfecture, environ 600 personnes s'étaient livrées à des pillages dans la nuit de mercredi à jeudi dans les villes du Port, de Saint-Denis et de Saint-Benoît, pillant ou dégradant une quinzaine de commerces et d'entreprises.

La nuit précédente, un même nombre de commerces, ainsi qu'un entrepôt de riz, avaient été la cible de groupes de jeunes. 68 personnes ont été interpellées et 48 placées en garde à vue.

Un escadron de gendarmerie mobile est arrivé en renfort sur l'île en cours de journée.

Gilbert Annette, maire socialiste de Saint-Denis, propose pour sa part des mesures de gel des prix sur "100 produits de première nécessité, aux prix de la métropole" et demande à l'Etat un plan d'urgence exceptionnel.

Dans la matinée, l'élu s'est rendu dans le quartier populaire du Chaudron, où la bibliothèque municipale et l'atelier d'initiation à l'informatique ont également été la cible des vandales. Déjà, en mars 2009, le quartier avait été le théâtre d'affrontements, en marge de grandes manifestations contre la vie chère.

"Les minima sociaux sont calculés sur des bases métropolitaines, ils ne permettent plus aux familles réunionnaises de s'en sortir", a répété le maire face à des habitants sceptiques, voire agressifs.

"Vous connaissez un enfant du Chaudron qui a réussi dans la vie et qui gagne 3.000 ou 4.000 euros par mois ? Ne cherchez pas, il n'y en a pas !" lui a lancé, en créole, un homme passablement énervé.

Le quartier est massivement touché par le chômage, qui concerne 29,5% de la population réunionnaise et 60% des jeunes de moins de 25 ans.

Il y a 21 an jour pour jour, le 23 février 1991, des émeutes avaient éclaté au Chaudron. Huit personnes avaient perdu la vie dans un incendie suite au pillage d'un magasin de meubles. Gilbert Annette était déjà maire à l'époque, poste qu'il a retrouvé en 2008.

Bernard Grollier, édité par Gérard Bon

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