Violences à Alep et nouveaux bombardements à Homs

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LA VILLE SYRIENNE D'ALEP À SON TOUR GAGNÉE PAR LES VIOLENCES
LA VILLE SYRIENNE D'ALEP À SON TOUR GAGNÉE PAR LES VIOLENCES

par Khaled Yacoub Oweis et Angus MacSwan

AMMAN/BEYROUTH (Reuters) - Alep, deuxième ville de Syrie, a été à son tour gagnée par les violences vendredi avec une double explosion qui a fait 28 morts, tandis que Homs subissait de nouveaux bombardements.

La double explosion à Alep, qui visait des locaux des services de sécurité et de l'armée, est sans précédent dans cet important carrefour commercial jusqu'ici épargné par les troubles qui secouent la Syrie depuis onze mois.

Les images diffusées en direct à la télévision publique montrent des corps ensanglantés et des membres sectionnés gisant sur les deux sites. La presse officielle ne manque jamais une occasion de taxer les opposants du régime baasiste mobilisés depuis 11 mois de "terrorisme".

Aucune revendication n'a été formulée, mais ces violences coïncident avec une escalade dans la répression. L'opposition accuse Damas de les exploiter pour discréditer la contestation.

Outre Alep, les forces de l'ordre ont ouvert le feu à Lattaquié, sur la côte, et à Dael, dans la province méridionale de Deraa, pour disperser des manifestations organisées après la prière du vendredi, rapportent des opposants.

L'Observatoire syrien des droits de l'homme fait par ailleurs état de quatre morts à Homs, troisième ville de Syrie devenue le symbole du soulèvement, que l'armée syrienne pilonne depuis six jours.

Selon les Comités de coordination locale, un mouvement d'opposition, 110 civils ont été tués pendant la seule journée de jeudi. Les bombardements ont repris dans la matinée, ont dit des dissidents locaux, qui craignent une nouvelle offensive d'envergure.

MISSION ONU-LIGUE ARABE

"Le carnage à Homs et le martyre du peuple syrien continuent", a dit à Paris le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Bernard Valero.

Les forces gouvernementales, a-t-il poursuivi "massacrent leur propre peuple mais ne s'en contentent pas. Pour l'armée syrienne, les hôpitaux et les médecins sont devenus des cibles systématiques de la répression".

Face à un appareil militaire bien organisé et à une situation régionale explosive, la communauté internationale est pour le moment restée impuissante.

Jugeant le texte inéquitable, la Russie et la Chine ont opposé leur veto samedi à un projet de résolution réclamant l'arrêt immédiat de la répression et exprimant le soutien du Conseil de sécurité de l'Onu au plan de la Ligue arabe prévoyant la mise à l'écart du président Bachar al Assad.

"Il ne fait aucun doute que la confiance du monde dans les Nations unies a été ébranlée", a estimé vendredi le roi Abdallah d'Arabie saoudite.

Les ministres des Affaires étrangères de la Ligue arabe, qui ont rappelé en janvier les observateurs de l'organisation discrédités par la poursuite des violences, doivent se réunir dimanche au Caire pour envisager l'envoi d'une nouvelle mission également parrainée par l'Onu.

TENIR DES MOIS

Alain Juppé, chef de la diplomatie française, doit par ailleurs s'entretenir avec son homologue russe, Sergueï Lavrov, jeudi prochain, à Vienne.

Catherine Ashton, Haut Représentant de la politique étrangère et de sécurité commune de l'Union européenne, a ajouté sa voix au concert de protestations qui a suivi le veto sino-russe et a exhorté Moscou à voter la résolution, visiblement sans grand succès.

"Les pays occidentaux qui incitent l'opposition syrienne à des initiatives intransigeantes, de même que ceux qui leur envoient des armes, leur fournissent des conseils et des indications, participent au processus de la crise", a affirmé le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Riabkov, cité par l'agence de presse Itar-Tass.

Les Etats-Unis et plusieurs de leurs partenaires occidentaux ont évoqué l'idée d'une aide humanitaire, mais son acheminement relève de la gageure. Ils excluent en revanche tout recours à la force.

Bien que la contestation tourne à la guérilla, de nombreux observateurs croient Bachar al Assad et son armée en mesure de résister pendant des mois avant de rejoindre la liste des chefs d'Etat emportés par le "printemps arabe".

Le Haut Commissariat aux droits de l'homme de l'Onu a rappelé que les auteurs ou les commanditaires de crimes contre l'humanité devaient être poursuivis devant la Cour pénale internationale (CPI).

"Cela adresserait un message très fort à ceux qui dirigent la manoeuvre", a déclaré Rupert Colville, porte-parole de l'institution.

Avec Dominic Evans à Beyrouth, John Irish à Paris, Stephanie Nebehay à Genève; Jean-Philippe Lefief pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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