Vingt ans après, les juges livrent leur verdict contre Karadzic

le
0
    * L'ex-chef des séparatistes serbes de Bosnie est jugé pour 
génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre 
    * La guerre de Bosnie (1992-1995) a fait quelque 100.000 
morts 
    * Les procureurs ont requis la prison à perpétuité 
    * L'audience débute à 13h00 GMT 
 
    par Thomas Escritt 
    LA HAYE, 24 mars (Reuters) - Le Tribunal pénal international 
pour l'ex-Yougoslavie de La Haye (TPIY) rend ce jeudi son 
verdict contre Radovan Karadzic, ancien président des 
séparatistes serbes de Bosnie jugé pour génocide, crimes contre 
l'humanité et crimes de guerre. 
    Au terme d'un procès fleuve étalé sur cinq ans et réparti en 
497 jours d'audience, les procureurs ont requis la peine 
maximale prévue par la justice internationale: la réclusion 
criminelle à perpétuité. 
    Aujourd'hui âgé de 70 ans, Karadzic, qui a assuré seul sa 
défense, a rejeté les accusations portées contre lui, se 
présentant comme un héros de la nation serbe et imputant une 
partie des faits qui lui sont reprochés aux Musulmans de Bosnie. 
    Onze chefs d'accusation ont été retenus contre l'ancien chef 
des séparatistes bosno-serbes. 
    Il est notamment accusé pour son rôle dans les 43 mois de 
siège de Sarajevo, fatal à 11.500 personnes tuées sous les 
bombes ou les tirs des snipers, et dans le massacre de juillet 
1995 à Srebrenica, "zone de sécurité" sous protection théorique 
de l'Onu où 8.000 Musulmans de Bosnie, hommes et adolescents, 
ont été tués par les séparatistes bosno-serbes. 
    Au total, la guerre de Bosnie a fait 100.000 morts. 
    L'audience débutera à 14h00 (13h00 GMT). 
    Arrêté après onze ans de clandestinité en juillet 2008 dans 
un bus de Belgrade, physiquement méconnaissable, et transféré à 
La Haye, Karadzic est considéré comme le cerveau de la campagne 
de purification ethnique menée par ses forces séparatistes.  
    "J'espère que la justice l'emportera demain et qu'il sera 
condamné pour ces massacres", déclarait mercredi Munira Subasic, 
qui a perdu un fils à Srebrenica. "Ce verdict est très important 
pour montrer aux nouvelles générations, notamment en Serbie où 
elles ont déjà été empoisonnées par la haine, ce qui s'est 
vraiment passé en Bosnie", ajoute-t-elle. 
    S'il est jugé coupable, Karadzic sera le plus haut 
responsable politique à être condamné en Europe par un tribunal 
international depuis les procès de Nuremberg contre les 
dignitaires nazis. 
    L'ancien président serbe Slobodan Milosevic, qui avait lui 
aussi été transféré à La Haye, est mort en détention en mars 
2006 avant que son procès ne s'achève. 
    Egalement détenu par le TPIY, le général Ratko Mladic, 
ex-commandant des forces bosno-serbes, attend pour sa part de 
connaître son sort. 
     
    LE POIDS DU PASSÉ 
    Depuis sa création, en 1991, au tout premier temps des 
guerres qui ont emporté l'ex-République fédérale de Yougoslavie, 
les procureurs du TPIY ont engagé des poursuites contre 161 
suspects, dont 94 Serbes, 29 Croates et neuf Musulmans de 
Bosnie. 
    Les détracteurs du tribunal de La Haye voient dans cette 
disproportion la preuve que cette justice n'est pas équitable. 
    D'autres s'étonnent que les deux autres grands dirigeants, 
aujourd'hui décédés, de l'époque, le président croate Franjo 
Tudjman et le président bosniaque Alija Izetbegovic, n'aient pas 
été inquiétés, contrairement à Milosevic.  
    "Si on avait entamé des poursuites contre ces trois-là, on 
aurait eu une image correcte de la manière dont la violence a 
été produite, mais nous ne l'aurons pas", dit Eric Gordy, 
spécialiste du TPIY à l'University College de Londres. 
    Serge Brammertz, procureur en chef du TPIY, s'inquiète de 
l'héritage du tribunal, qui n'a pas vraiment contribué à tourner 
la page en Bosnie, où les divisions ethniques continuent de 
peser lourdement.  ID:nL5N16V0DB  
    "Je ne suis pas convaincu que tout le monde ait 
véritablement compris les erreurs du passé. Beaucoup dans toute 
l'ex-Yougoslavie utilise toujours un discours qui est toujours 
plus proche que nous l'espérions de ce que nous avons entendu 
ici", dit-il. 
 
 (avec Daria Sito-Sucic à Sarajevo; Henri-Pierre André pour le 
service français) 
 
Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant