Vincent Strauss (Comgest) : « En 2011, privilégiez des fonds globaux avec un biais émergent »

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Trop de liquidités se sont ruées sur les pays émergents, suivant un effet de mode. Il est préférable d'investir dans un fonds global avec une exposition à la zone émergente estime Vincent Strauss, président du directoire de Comgest.

Comment va Comgest en ce début d'année ?

Vincent Strauss : Nous avons collecté 2,7 milliards d'euros d'encours en 2010 et gérons près de 16 milliards d'euros d'actifs même si le volume ne constitue pas notre premier objectif. Nous sommes d'abords fiers d'être une société indépendante. Notre organisation est très atypique, tous les salariés sont aussi actionnaires de Comgest. Notre turn-over y est donc très faible et nous bâtissons avec nos clients une relation de confiance dans la durée. Cela explique aussi pourquoi nous ne prenons pas de risques inconsidérés sur les marchés qui pourraient affecter cette confiance. Nous évitons les effets de mode. Notre métier consiste à prendre des positions solides dans des entreprises bien gérées mais de ne pas les payer trop cher !

Pour 2011, quel scénario principal retenez-vous ?

V.S : Pour un particulier qui ne voudrait pas prendre trop de risques, il est préférable d'investir dans un fonds global avec un biais émergent. Trop de liquidités se sont ruées sur les fonds émergents parce que c'était la thématique à la mode. Or, si l'Amérique continue de trop consommer, la Chine continue de surinvestir. D'autant que l'inflation salariale est en train de modifier la donne dans les pays émergents. Les taux de marge ont probablement déjà atteint, de ce fait, leur point haut. Nous avons connu le même phénomène dans les années 1970 en Europe. Par conséquent, il est préférable d'investir dans des sociétés globales, certes présentes dans les pays émergents, mais il convient de faire preuve de modération sur des valeurs spécifiquement émergentes. En résumé, il n'y a pas que les fonds émergents pour jouer les valeurs émergentes !

Pourtant, c'est là-bas que se trouve la croissance. La thématique n'est-elle pas incontournable pour un investisseur cherchant à dégager de la performance ?

V.S : Oui, mais il ne faut pas raisonner de façon uniforme. Je me méfie des acronymes simplistes comme le concept de BRIC, incitant à investir dans ces quatre pays sans distinction. Les structures des économies, les niveaux de croissance et de développement ne sont pas les mêmes entre la Chine, l'Inde, le Brésil ou la Russie. Enfin, n'oublions pas qu'à court terme la corrélation est limitée entre la croissance économique et la performance boursière !

Finalement, les marchés des pays développés vous semblent les plus attractifs en 2011 malgré la faiblesse de leur croissance ?

V.S : Effectivement, la situation est médiocre à court et moyen terme mais les entreprises ont des marges élevées et génèrent du cash flow. La valorisation des actions européennes et américaines est très raisonnable dans l'ensemble.

Quelles sont les thématiques d'investissement qui ont votre préférence ?

V.S : Il faut surtout éviter les emprunts d'Etat dont la surévaluation devient grotesque. Solvency II et Bâle III obligent les investisseurs institutionnels à acquérir des obligations peu risquées qui présentent des rendements historiquement bas. A moyen terme, le risque d'une remontée des taux longs existe. Les conséquences pour le budget des Etats, qui sont déjà très endettés, seront catastrophiques et cela va entraîner à la baisse la valeur actuarielle de nombreux actifs. Par conséquent, il faut aujourd'hui se positionner par défaut sur les marchés actions.

Propos recueillis par Julien Gautier

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