Viktor Ianoukovitch tente de désamorcer la crise en Ukraine

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LE PREMIER MINISTRE UKRAINIEN DÉMISSIONNE
LE PREMIER MINISTRE UKRAINIEN DÉMISSIONNE

par Richard Balmforth et Pavel Polityuk

KIEV (Reuters) - Après deux mois de crise en Ukraine, le président ukrainien Viktor Ianoukovitch a accepté mardi la démission de son Premier ministre Mikola Azarov et de son gouvernement et le Parlement a abrogé les lois restreignant le droit de manifester dont l'adoption a fait monter la pression de plusieurs crans.

Cette décision a été saluée par des hourras de la part de milliers de manifestants réunis sur la place de l'Indépendance de Kiev. Mais les chefs de file de l'opposition ont promis de continuer à faire pression sur le pouvoir.

Le vice-Premier ministre et ancien chef de la banque centrale ukrainienne, Serhiy Arbouzov, occupera le poste de Premier ministre par intérim, tandis que les ministres du gouvernement resteront en poste jusqu'à la nomination d'un nouveau cabinet, a fait savoir le porte-parole d'Azarov.

De leur côté, les députés de la Rada, réunis en séance extraordinaire à la demande de Ianoukovitch, ont annulé les lois limitant le droit de manifester.

Leur adoption à main levée, le 16 janvier, avait radicalisé une partie des manifestants mobilisés depuis novembre à Kiev contre Ianoukovitch et son refus de signer un accord d'association avec l'Union européenne.

Mais en dépit de la démission de Mikola Azarov et de l'annulation de ces lois jugées répressives par les opposants et plusieurs capitales étrangères, les chefs de file de la contestation ont annoncé que leur combat se poursuivait.

"Nous sommes certains que la lutte va continuer, nous n'avons franchi qu'un pas, nous n'avons pas encore tout réglé", a déclaré à la presse Vitali Klitschko, qui dirige le parti libéral Udar.

CHANGER LES RÈGLES DU JEU

"Il nous faut changer non seulement le gouvernement mais aussi les règles du jeu", a dit l'ancien boxeur, ajoutant que les députés de l'opposition allaient continuer de faire pression pour obtenir une amnistie pour les opposants interpellés depuis le début de la crise et un retour à la Constitution de 2004, ce qui réduirait les pouvoirs du chef de l'Etat.

"Ces décisions prises par le parlement sont bonnes mais ce n'est qu'un petit progrès. Nous ne partirons pas tant que le système et la Constitution n'auront pas été modifiés", a déclaré Ivan, un manifestant âgé de 45 ans rencontré sur Maïdan, la place de l'Indépendance dans le centre de Kiev.

"Nous nous battons depuis deux mois et nous n'allons pas nous arrêter au milieu du chemin", a-t-il dit.

Le chef du groupe ultranationaliste "Secteur Droit", impliqué dans de violentes confrontations avec la police la semaine dernière, a déclaré que les membres du groupe continueraient d'observer la trêve qu'ils appliquent depuis plusieurs jours pour laisser le temps à la négociation. "Si (les autorités) progressent vers un compromis, nous réduirons nos activités", a dit Petro Yarush.

Pour expliquer sa démission, Mikolav Azarov a estimé que la situation "conflictuelle" dans le pays menaçait "le développement économique et social de l'Ukraine" et donc l'ensemble de la société ukrainienne.

"Dans le but de donner des moyens supplémentaires à la recherche d'un compromis social et politique, afin de parvenir à un règlement pacifique du conflit, j'ai pris la décision personnelle de demander au président d'accepter ma démission", ajoute-t-il.

MOSCOU RESPECTERA SES ENGAGEMENTS

Azarov affirme que son départ relève d'une décision personnelle. Dans les faits, il semblait inéluctable depuis que Ianoukovitch a proposé son poste samedi soir à Arseni Iatseniouk, un des autres chefs de file de la contestation qui dirige le parti Batkivchtchina (Patrie) de l'ex-Premier ministre emprisonnée Ioulia Timochenko.

L'opposition, qui réclame de longue date la démission du gouvernement Azarov, a rejeté l'offre du président, interprétée comme un piège tendu par le chef de l'Etat pour semer la division dans ses rangs.

A Bruxelles, lors du sommet Union-Russie, le président Vladimir Poutine a assuré que Moscou respecterait ses engagements sur les prêts accordés à Kiev quelle que soit la couleur du futur gouvernement. La porte-parole de l'Union européenne pour les affaires étrangères, Catherine Ashton, est attendue dans la capitale ukrainienne mardi soir.

Mikola Azarov, 66 ans, avait été nommé Premier ministre après la victoire de Viktor Ianoukovitch à l'élection présidentielle de février 2010.

Chargé d'administrer une économie lourdement endettée, il s'est efforcé de maintenir la parité entre la devise ukrainienne et le dollar et a rejeté les appels du Fonds monétaire international en faveur d'une augmentation des tarifs du gaz.

Fidèle lieutenant du chef de l'Etat, il a approuvé en novembre sa décision de renoncer soudainement à un accord d'association et de libre-échange avec l'Union européenne et de favoriser au contraire un rapprochement avec la Russie.

Il s'est ainsi retrouvé en première ligne pour défendre au Parlement ce changement d'orientation à l'origine du mouvement de contestation actuel.

Avec Pavel Polityuk et Jack Stubbs; Bertrand Boucey, Henri-Pierre André et Jean-Stéphane Brosse pour le service français

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  • M3435004 le mardi 28 jan 2014 à 17:33

    Ayrault pourrait le remplacer ?