Viktor Ianoukovitch à la recherche d'une issue en Ukraine

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LE PRÉSIDENT UKRAINIEN ASSURE QU'IL EXCLUT TOUT RECOURS À LA FORCE
LE PRÉSIDENT UKRAINIEN ASSURE QU'IL EXCLUT TOUT RECOURS À LA FORCE

par Richard Balmforth

KIEV (Reuters) - Le président ukrainien Viktor Ianoukovitch a déclaré aux élus de son parti qu'il n'ordonnerait pas le recours à la force contre les manifestants et qu'il était prêt à organiser des élections anticipées, a rapporté un député ayant participé à la réunion.

Selon le site d'information Ukraïnska Pravda, Iouri Mirochnitchenko, député du Parti des régions (la formation du président), a également déclaré que Ianoukovitch, de retour lundi aux affaires après quatre jours d'arrêt maladie, avait écarté l'idée de décréter l'état d'urgence.

"Nous avons les moyens de libérer par la force les locaux administratifs et même 'Maïdan', mais je ne le ferai jamais, car ce sont aussi nos concitoyens", a dit Ianoukovitch, selon le député.

Maïdan, la place de l'Indépendance au centre de Kiev, est depuis plus de deux mois le centre névralgique de la mobilisation contre la volte-face du président, qui a renoncé en novembre à un accord d'association avec l'Union européenne pour se tourner vers la Russie.

"Le président a dit que si les dirigeants politiques ne pouvaient à présent parvenir à un accord, parvenir à des décisions communes et les appliquer, alors la seule façon démocratique de résoudre la situation serait des élections anticipées", a ajouté Iouri Mirochnitchenko.

Le prochain scrutin présidentiel est prévu l'année prochaine et les législatives doivent avoir lieu en 2017.

"REDISTRIBUTION DES POUVOIRS"

Le chef de l'Etat n'a toujours pas comblé le vide à la tête de son gouvernement.

Le Premier ministre Mikola Azarov a renoncé à ses fonctions il y a une semaine sous la pression des contestataires. Ils ont en outre obtenu l'abrogation de lois adoptées pour limiter le droit de manifester et une amnistie pour les opposants arrêtés depuis le début du mouvement, à condition que les bâtiments publics qu'ils occupent soient évacués.

Forts du soutien des Etats-Unis et de l'Union européenne, les chefs de la file de la contestation réclament désormais une amnistie sans conditions et le retour à l'ancienne constitution, ce qui réduirait les prérogatives du président.

Ce point a été soumis mardi au Parlement, où le Parti des régions est majoritaire, mais les différents groupes parlementaires n'ont pas réussi à s'entendre sur un document et la séance a été ajournée à mercredi.

"L'un des moyens d'en sortir est la redistribution des pouvoirs détenus par les autorités", a déclaré Vitali Klitschko, l'un des chefs de file de la contestation.

Mais après avoir rencontré Ianoukovitch, l'ancien champion du monde de boxe a déclaré que le président ne voulait pas de changement constitutionnel.

"Cela aggrave la situation. Le chef de l'Etat adopte cette position irresponsable car, par ses actions, il incite le peuple à entreprendre des actions radicales et le monde démocratique à prendre des sanctions", a ajouté Vitali Klitschko.

"Nous devons réformer rapidement et revenir à la constitution de 2004 pour équilibrer les pouvoirs du président", a également estimé le dirigeant nationaliste Oleh Tiahnibok, autre dirigeant de la contestation.

ASHTON ATTENDUE À KIEV

Selon la présidence, Viktor Ianoukovicth s'apprête à partir pour Sotchi, où il doit assister à la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques d'hiver. Il pourrait avoir à cette occasion de nouveaux entretiens avec Vladimir Poutine, qui a promis à Kiev une aide financière de 15 milliards de dollars conditionnée dont le prochain versement aura lieu lorsque le nouveau gouvernement aura été mis sur pied.

Selon un représentant de l'opposition dont les propos sont repris sur plusieurs sites d'information, le président pourrait en confier la formation à son chef de cabinet Andriy Kliouïev.

Ancien premier vice-Premier ministre, il a également présidé le Conseil national de défense et de sécurité. L'opposition le tient en partie responsable de la répression des manifestations de la fin novembre.

Catherine Ashton, porte-parole de l'Union européenne est attendue dans la journée à Kiev. La diplomate britannique doit s'entretenir mercredi avec le chef de l'Etat et les représentants de l'opposition.

Lundi, le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, a jugé nécessaire de brandir la menace de sanctions pour contraindre Kiev à dialoguer avec l'opposition.

L'ambassadeur d'Allemagne à Kiev a été convoqué le lendemain au ministère ukrainien des Affaires étrangères, qui a plaidé pour "une évaluation objective" de la situation et pour l'arrêt des "provocations".

Lundi soir, le département d'Etat américain a fait savoir qu'il avait "entamé des consultations avec l'UE (...) et d'autres partenaires à propos du soutien dont l'Ukraine pourrait avoir besoin après la formation d'un nouveau gouvernement technique".

Avec Natalia Zinets, Henri-Pierre André, Jean-Philippe Lefief et Jean-Stéphane Brosse pour le service français

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