Vigilance des investisseurs sur les entrées en Bourse en Europe

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LES INVESTISSEURS PLUS SÉLECTIFS SUR LES INTRODUCTIONS EN BOURSE EN EUROPE
LES INVESTISSEURS PLUS SÉLECTIFS SUR LES INTRODUCTIONS EN BOURSE EN EUROPE

par Jemima Kelly et Freya Berry et Simon Jessop

LONDRES (Reuters) - Confrontés à une fièvre des introductions en Bourse depuis l'année dernière en Europe, les investisseurs sont devenus bien plus sélectifs et évitent les candidats dont les valorisations sont les plus sujettes à caution.

Le câblo-opérateur polonais Multimedia est le dernier en date, ce jeudi, à avoir renoncé au moins provisoirement à son IPO pour cause de demande médiocre, après la chaîne de magasins de confection britannique Fat Face et la société immobilière néerlandaise Domus.

Cette circonspection des investisseurs conduit à restreindre sensiblement les anticipations de prix pour les grandes IPO attendues telles celles du distributeur discount B&M et de la banque TSB, qui veulent se lancer en Bourse avant les vacances d'été au cas où la "fenêtre des IPO" viendrait à se refermer brutalement.

Cette fenêtre s'est ouverte en 2013 à la faveur d'une amélioration des perspectives économiques européennes et de la masse de liquidités bon marché injectée par les banques centrales depuis la crise financière, des facteurs qui ont largement contribué au dynamisme boursier en Europe.

Les IPO représentent en valeur 25,3 milliards de dollars (18,6 milliards d'euros) depuis le début de l'année, répartis en 85 opérations, soit plus du triple de la période comparable de 2013, dont un tiers à peu près à Londres.

Le rythme des introductions en Bourse s'est accéléré ces derniers mois mais la perspective de voir les taux d'intérêt remonter et une reprise économique peu convaincante en Europe refroidissent quelque peu les ardeurs de la Bourse et par contrecoup l'intérêt des investisseurs pour les postulants.

"Nous trouvons que les opérations sont chères d'une manière générale, sans grand potentiel haussier laissé pour l'acheteur", dit Nicholas Melhuish (Amundi), qui s'est contenté d'investir dans une seule opération cette année.

Parmi les sociétés qui ont trouvé preneur, certaines, comme l'assureur Saga, ont dû mettre à prix dans le bas de la fourchette anticipée par le marché, D'autres, telles AO.com et Just Eat, ont vu leur cours tomber rapidement en deçà du prix d'IPO.

"Le marché est très saturé et les investisseurs commencent à se lasser de voir tout ce qui arrive sur le marché", observe Bertie Thomson (Aberdeen Asset Management), qui lui aussi à investi dans une seule IPO cette année, celle Manx Telecom.

La baisse des cours de certaines PME déjà cotées, surtout en Grande-Bretagne, semble les rendre plus intéressantes, et ce au détriment des nouvelles entrées.

"Les attraits des sociétés déjà cotées sont à présent plus voyants qu'il y a trois mois", note David Lis (Aviva Investors). "Ce qui veut dire que si on veut placer ces IPO, il faut baisser beaucoup plus les prix que cela aurait été le cas voici quelques mois".

L'indice FTSE des "mid-caps" (capitalisations moyennes) est en baisse de 0,5% depuis le début de l'année contre une hausse de 1,4% de l'indice de référence FTSE 100. Par rapport à son pic de février, l'indice mid-cap a reculé de 5,2%, alors que le FTSE 100 n'a cédé que 0,1%.

"ON SE BAT POUR LE CASH"

La différence est moins nette en Europe continentale car bon nombre des Bourses sont parties de bien plus bas et bénéficient de la reprise des pays dits périphériques de la zone euro après des années de marasme.

Tranchant avec la Grande-Bretagne, l'Allemagne n'a vu que deux IPO depuis le début de l'année. L'équipementier automobile Stabilus a bondi de 9% au premier jour de cotation, tandis que l'imprimeur 3D SLM se traite au-dessus de son prix d'émission.

L'indice allemand des mid-caps MDAX a souffert moins que son homologue britannique, perdant seulement 0,5% par rapport à son pic de janvier, tandis que l'indice des blue chips Dax progressait de 1,6%.

Pour Geir Lode (Hermes Fund Managers), le marché des IPO ressemble un peu au marché immobilier en ce qu'à force de faire monter les prix, "beaucoup de sociétés... se jettent sur le marché de la marchandise de piètre qualité".

David Lis, d'Aviva, fait remarquer que même s'il n'y a rien qui cloche intrinsèquement pour la plupart des sociétés qui tentent l'aventure boursière, celles-si sont confrontées à la concurrence des sociétés déjà en place, dont nombre sollicitent l'investisseur pour financer leur croissance.

"L'offre de cash n'est pas infinie et il y a trop d'IPO dans un intervalle de temps trop court", explique-t-il. "Dans le même temps, il y a des levées de fonds; on se bat pour le cash".

(Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Nicolas Delame)

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