Victoire surprise de Trump: les médias en pleine introspection

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Des unes de journaux américains, le 9 novembre 2016 à New York ( AFP / Bryan R. Smith )
Des unes de journaux américains, le 9 novembre 2016 à New York ( AFP / Bryan R. Smith )

Comment les journalistes n'ont-ils pas vu venir la victoire du populiste Donald Trump à la tête des Etats-Unis? Les médias, qualifiés par le républicain de malhonnêtes et corrompus, menaient mercredi une introspection sur leur couverture de l'élection présidentielle.

La "publicité gratuite" dont a bénéficié le milliardaire au début de sa campagne a-t-elle contribué à sa victoire? Puis la guerre ouverte de M. Trump contre les médias, qui a nourri la méfiance de l'opinion à leur égard, a-t-elle dopé ses soutiens?

Cette campagne a été "un énorme ratage" pour les journalistes, estime Margaret Sullivan, spécialiste des médias au Washington Post. "Disons-le franchement, les médias ont raté l'histoire".

"En fait beaucoup d'électeurs américains voulaient quelque chose de différent. Et, bien que ces électeurs l'aient crié et hurlé, la plupart des journalistes ne les ont pas entendus".

Pour le spécialiste des médias du New York Times Jim Rutenberg, la plupart des journaux et des télévisions ont mal pris le "pouls complexe" de l'Amérique.

Selon lui, la presse "n'a pas réussi à détecter la bouillante colère d'une large partie de l'électorat américain, qui se sent laissée pour compte par une reprise économique qui n'a bénéficié qu'à quelques-uns, trahie par des accords commerciaux qu'elle voit comme une menace sur l'emploi, et insultée par les élites de Washington, de Wall Street et des grands médias".

- Exposé sans filtre -

Des New-Yorkais regardent les résultats télévisés des élections à Times Square, le
Des New-Yorkais regardent les résultats télévisés des élections à Times Square, le 8 novembre 2016 ( AFP / EDUARDO MUNOZ ALVAREZ )

L'homme d'affaires entretient des relations compliquées avec les médias depuis qu'il s'est lancé dans la course à la Maison Blanche en juin 2015.

Il a été aidé par "une énorme exposition (médiatique), très tôt et sans filtre" pendant le processus des primaires, relève Mme Sullivan.

Le milliardaire aurait ainsi bénéficié d'une publicité gratuite équivalente à 2 milliards de dollars, qui l'a aidé à remporter l'investiture de son parti, contre toute attente, selon d'autres experts.

Le professeur de communication Chris Wells de l'université du Wisconsin a montré dans une étude début 2016 que l'homme d'affaires avait réussi à monopoliser l'attention des médias par ses commentaires provocateurs ou atypiques, relayés parfois en continu sans sourciller par télévisions et journaux, augmentant au passage leur audience.

"M. Trump a réussi à lui seul à répondre aux impératifs de l'information en intégrant le cycle de l'actualité (...) et en y rentrant régulièrement, avec des histoires et des initiatives dont il définissait au final les conditions de couverture", selon cette étude.

D'autres experts ont souligné que des chaînes comme CNN, Fox et MSNBC, qui peinent à revigorer leur audience, ont retrouvé des couleurs pendant cette campagne, principalement grâce à M. Trump.

- "Contre-discours" -

La une du New York Post, le 9 novembre 2016
La une du New York Post, le 9 novembre 2016 ( AFP / Bryan R. Smith )

Dan Kennedy, professeur de journalisme à l'université de Northeastern, affirme cependant qu'il est injuste de critiquer les médias sur l'électorat, car la candidate démocrate Hillary Clinton va sans doute effectivement remporter l'élection en nombre de voix mais pas en nombre de grands électeurs, seuls à octroyer la victoire.

"Les médias ont fait plutôt du bon travail en soulignant les défauts de la personnalité de Donald Trump".

Mais, ajoute-t-il, le magnat de l'immobilier "a compris mieux que quiconque le rôle des médias dans la vie publique et a été capable de l'exploiter en sa faveur pour en devenir la star". "Les histoires ne parlaient que de lui".

Mais quand la presse s'est faite plus agressive à son encontre, concernant ses déboires financiers ou les femmes, Donald Trump a dénoncé des "mensonges" de médias "corrompus".

Une position qui épouse la méfiance de ses concitoyens à l'égard de la presse. Selon un sondage Gallup cette année, 32% seulement des Américains font confiance aux médias pour "donner des informations de manière complète, juste et précise".

Jusqu'où les sondages se sont trompés ?
Jusqu'où les sondages se sont trompés ? ( AFP / Gal ROMA )

Et même quand les grands médias ont assuré une couverture négative du candidat républicain, il s'est livré à un "contre-discours" notamment sur les réseaux sociaux, ce qui lui a permis d'amadouer des électeurs voire de les mobiliser.

Selon M. Wells, M. Trump maîtrise un "système médiatique hybride" associant événements publics et séries de tweets "qui poussent ses partisans à étendre son discours et à créer de nouvelles histoires sur les réseaux sociaux".

Il entrera à la Maison Blanche avec "une claire hostilité envers les journalistes en dépit de l'exposition médiatique sur laquelle il s'est appuyée", selon David Folkenflik, spécialiste des médias de la radio NPR.

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  • trochema il y a 3 semaines

    manifestations aux USA ,contre un nouveau Président!! ? ou la Démocratie à sens Unique, pour certains américains., Chez nous , on appellerait ça une dictature, " vous avez le choix de voter pour 2 candidats mais en vérité un seul est "bon" pour vous !!!!! "....sinon......

  • mlaure13 il y a 4 semaines

    Catastrophé...que nenni...Troublé ?...que nenni...D'accord ou pas, c'est un mec qui en a (pas comme nos socialopithèques et UMP associé)...et on saura bientôt si elles sont pendues comme il faut ...Mais de toute façon, c’est un pied de nez à l’establishment qui nous ruine pour son profit depuis plus de 40 ans … L'heure de la révolte a sonné et l'Amérique nous montre le chemin...;-)))

  • GEPAPI il y a 4 semaines

    Tiens un exemple parmi tant d'autres : "Pour gagner, il faut que Trump ait 88% du vote blanc, je n'y crois pas !", selon Christine Ockrent. Super Mesdames SOLEIL et IRMA réunies n'auraient pu être aussi visionnaires. La "reine" Christine.Bonjour la quiche. No comment !

  • mlaure13 il y a 4 semaines

    trochema...ça en fait donc 24% pour Trump...de quoi faire un beau parti en France... :-)))

  • milano12 il y a 4 semaines

    pour information marine est déjà a 35% au 1er tour

  • trochema il y a 4 semaines

    France Info : ce jour 10 nov 2016 17h38...et ils en remettent une couche ,nos "bienpensants""Selon un sondage Odoxa pour franceinfo révélé jeudi 10 novembre, 76% des Français se déclarent mécontents du résultat de l'élection.

  • remimar3 il y a 4 semaines

    Il y a des journaliste mauvais joueurs qui continuent d'exciter l'opinion contre le président élu quitte à maintenir la fracture ouverte.

  • trochema il y a 4 semaines

    la claque aux Menteurs de tous poils ligués contre le Peuple !!

  • manu331 il y a 4 semaines

    Censuré sans aucune justification, je remet : A commencer par l'AFP ! Qui parle de "femme ou de populiste". Qui parle "d'obama ou d'un milliardaire populiste". Remarquez bien la différence de qualification ou du fait que l'on nomme un président mais que l'on qualifie l'autre sans le nommer ! Voilà des exemples de la propagande insidieuse de ces médias vendus qui font mine de découvrir le problème à chaque fois.

  • M898407 il y a 4 semaines

    Voilà une bonne claque pour ces médias prétentieux et leurs journalistes donneurs de leçons ! Au lieu de faire la cour en permanence aux politiques de tous bords pour soigner leurs avantages propres et formuler en conséquence des pronostics fantaisistes, ils feraient mieux de se rapprocher des électeurs pour connaitre leurs véritables attentes....