Viande avariée, asticots : les pratiques illégales de Castel Viandes mises à jour

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VIDÉO - Un ancien cadre de l'abattoir, licencié en 2008, dénonce dans un ouvrage les pratiques frauduleuses de son ancien employeur qui compte parmi ses clients Auchan, Flunch ou encore Lustucru.

«Lésés, méprisés et trop souvent malades». Les consommateurs de viande constituent le point de départ du livre de Pierre Hinard, «Omerta sur la viande». Cet ancien responsable qualité de Castel Viandes, une entreprise d'abattage et de découpe en Loire-Atlantique, y dénonce les dérives de cette entreprise qui compte pour clients des grands noms de la distribution (Auchan, Système U), des traiteurs industriels (Lustucru, William Saurin) et des chaînes de restauration rapide (Flunch, McDonald's). «Quand il lance l'alerte, Pierre Hinard est licencié (en 2008, ndlr) et, cinq ans plus tard, rien n'a changé. Il décide aujourd'hui de raconter de l'intérieur les dérives d'un système qui méprise paysans et consommateurs», explique son éditeur, Grasset.

Pierre Hinard dénonce notamment la «répétition de pratiques illégales dangereuses». Parmi elles, la «remballe», terme utilisé dans le métier pour évoquer le recyclage de viandes issues d'invendus de supermarchés. Il raconte comment des ouvrières «livides» doivent trancher une «viande verdâtre», à l'odeur «éc½urante», vouée normalement à la poubelle. Il évoque les 250 kg d'asticots qui prospéraient sur le toit de l'atelier des steaks hachés et retombaient régulièrement dans les moules à viande. Ou encore le sang des vaches abattues qui se retrouve un jour répandu dans la prairie à côté de l'abattoir, faute d'avoir payé l'enlèvement de ce déchet. Il dénonce les pièces congelées, décongelées, recongelées, les dates truquées...

Pierre Hinard dit avoir été témoin de ces pratiques entre 2006 et 2008, année de son licenciement. «Ce système existait avant que j'arrive, j'ai mis toute mon énergie à le changer. Mais la direction repassait systématiquement derrière moi quand je faisais envoyer cette viande à la destruction», a confié cet ingénieur agronome à l'AFP.

Son témoignage a abouti en 2013 à l'ouverture d'une information judiciaire et à la mise en examen du chef d'entreprise et de deux cadres en juin et juillet dernier, pour «tromperies» sur la marchandise et «mise sur le marché de produits d'origine animale préjudiciables à la santé». Le dirigeant est également soupçonné d'«obstacle ou entrave à l'exercice des fonctions des agents habilités». Ces premières mises en cause ont aussi conduit la Direction générale de l'alimentation (DGAL), qui dépend du ministère de l'Agriculture, à procéder à six mois de «contrôles renforcés» entre mars et septembre 2013.

Mais depuis, l'entreprise poursuit son activité. Un rapport «favorable» a été publié après la dernière inspection début octobre. L'agrément sanitaire, obligatoire pour ce type d'entreprise, n'a pas été levé. Pour Pierre Hinard, une seule explication: les services vétérinaires du ministère sont absents ou corrompus. «Mon histoire illustre les dérives d'un système dénoncé par la Cour des comptes», explique l'auteur en référence à l'avis daté de février 2014 qui pointait l'insuffisance des contrôles et des sanctions menés par la DGAL.

Un scandale «plus grave» que celui des lasagnes au cheval

Du côté des clients de l'abattoir, les réactions ont divergé. McKey, fournisseur de McDonald's en steaks hachés, a assuré avoir cessé ses approvisionnements depuis mars 2013. Après avoir suspendu ses achats, Flunch les a repris depuis un an, après des «analyses négatives» et le maintien de l'agrément sanitaire de l'abattoir. Système U travaille toujours «sur de petites quantités» avec Castel Viandes, tout comme Auchan qui estime n'avoir «aucun élément qui donne de preuves réelles sur ces allégations».

Pour Pierre Hinard, tous ces industriels, qu'il dit avoir alertés à maintes reprises, sont au final «plus complices que victimes», car fermant les yeux sur les pratiques de leurs fournisseurs pour obtenir les prix les plus bas. Or pour l'auteur, ce scandale est «plus grave» que celui des lasagnes au cheval, qui était une «tromperie sur la nature de la marchandise», alors que dans le cas Castel, on parle de «viandes impropres à la consommation, renvoyées vers la restauration et la grande distribution».

L'avocat de Castel, Benoit Chabert, parle de la publication de ce livre comme d' «un non-événement». Selon lui, tout le contenu est «diffamatoire et calomnieux» et sert à faire la «promotion» de l'activité d'élevage de l'auteur. Castel Viandes ne reconnait «aucune infraction» et se «réserve la possibilité» de porter plainte pour diffamation, a-t-il indiqué.

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