Vers une réforme du renseignement après l'affaire Merah

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VERS UNE RÉFORME DU RENSEIGNEMENT APRÈS L'AFFAIRE MERAH
VERS UNE RÉFORME DU RENSEIGNEMENT APRÈS L'AFFAIRE MERAH

NANCY, Meurthe-et-Moselle (Reuters) - Une réforme des services de renseignements en France et un rapprochement des services vont être proposés pour améliorer la lutte contre l'islamisme radical après les dysfonctionnements constatés dans le suivi de Mohamed Merah, a dit jeudi le directeur général de la police nationale, Claude Baland.

Un rapport de l'Inspection générale de la police, dévoilé mardi par le ministre de l'Intérieur, sur l'auteur des tueries qui ont fait sept morts à Toulouse et Montauban en mars dernier, a reproché à la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) d'avoir failli dans l'évaluation de sa dangerosité.

"J'ai proposé au ministre une meilleure articulation, au niveau du terrain, entre les ?généralistes' de la Sdig (sous-direction de l'information générale), qui dépend de la direction centrale de la sécurité publique, les ?spécialistes' du service de renseignement intérieur (qui dépend de la DCRI) et les services de gendarmerie", a dit Claude Baland à la presse lors d'un déplacement à Nancy.

"Il faut que le terrain soit mieux tamisé par une articulation entre eux, qu'ils s'échangent des listes, qu'ils s'échangent le nom de ceux qui paraissent déraper. La nouveauté, c'est que certaines personnes basculent de plus en plus vite dans l'islamisme radical, militant, violent, donc il faut détecter ça dès le début", a-t-il ajouté.

Si la gendarmerie doit elle-même être associée très en amont, c'est, a-t-il souligné, parce que "les individus qui risquent de basculer dans l'islam radical peuvent être disséminés dans les zones rurales".

Ancien préfet de Meurthe-et-Moselle, Claude Baland avait choisi ce département pour une première visite de terrain depuis sa nomination, le 30 mai, par le nouveau gouvernement, à la place de Frédéric Péchenard, limogé.

"PRENDRE LE POULS DE LA POPULATION"

Il a expliqué que la lutte contre l'islamisme radical était l'un de ses cinq grands objectifs avec la relance des recrutements de gardiens de la paix, la mise en place des zones de sécurité prioritaires (ZSP), la lutte contre le malaise de certains policiers et le souci d'obtenir la confiance d'une plus grande partie de la population.

Claude Baland a précisé les ingrédients qui devraient, selon lui, définir les ZSP. Au nombre de 15, elles devraient passer à 65 en 2013 et à 115 en 2014.

Outre une concentration de moyens, elles doivent faire l'objet d'une meilleure articulation entre la police et les autres parties concernées. Elles bénéficieront d'une priorité dans l'attribution des moyens de vidéosurveillance.

Les primes de résultats exceptionnels devraient également aller encore plus aux gardiens de la paix qui y sont affectés.

Le DGPN propose en outre à la police d'aller à la rencontre des citoyens pour recueillir ses demandes et doléances, quand bien même, reconnaît-il, les premiers moments de tels échanges ne sont pas toujours faciles.

"La police se grandirait, elle améliorerait son image si elle se contraignait à prendre le pouls de la population", a-t-il dit.

RÉTABLIR LA CONFIANCE

Le retour à un climat de confiance mutuelle passe aussi, selon lui, par l'accent mis sur la formation et par une révision du code de déontologie qui sera commun à la police et à la gendarmerie. L'achèvement de cette révision, engagée depuis février 2012, est attendu pour l'an prochain.

"Il y aura un paragraphe sur la réalisation des contrôles d'identité et les méthodes de palpation", a-t-il précisé.

Le sujet est à l'origine de divergences entre le gouvernement et certaines associations, voire au sein même du gouvernement, sur la meilleure façon d'éviter les contrôles "au faciès".

Répondant positivement aux critiques des syndicats de policiers, le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, a renoncé à imposer la remise d'un reçu aux personnes ayant fait l'objet d'un contrôle, mais a proposé en contrepartie le retour d'un matricule visible sur l'uniforme des agents.

"On veut arriver au même résultat (que le reçu) par le code de déontologie, par le matricule et par la formation dans les écoles", a dit Claude Baland.

Il a également dit que des caméras portables étaient en cours d'expérimentation au sein des équipes intervenant de nuit dans les quartiers.

Gilbert Reilhac, avec Thierry Lévêque à Paris, édité par Patrick Vignal

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