Vers une prolongation de l'état d'urgence en France

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    * Le gouvernement ne veut prendre aucun risque 
    * "La menace terroriste est toujours là", dit Le Foll 
    * Plusieurs textes contre le terrorisme en préparation 
 
    PARIS, 20 janvier (Reuters) - Soucieuses de ne pas prendre 
le risque d'échouer à empêcher un nouvel attentat dans un 
contexte de menace "extrêmement élevée", les autorités 
françaises semblent s'acheminer vers une prolongation de l'état 
d'urgence au-delà de fin février. 
    Selon plusieurs sources gouvernementales, c'est aujourd'hui 
l'hypothèse la plus probable car les mesures envisagées pour 
renforcer la lutte contre le terrorisme ne seront pas votées 
avant plusieurs mois. 
    "La prolongation est probable car le gouvernement ne veut 
prendre aucun risque", a dit l'une de ces sources.   
    Un message relayé par des responsables de la majorité comme 
le président du groupe socialiste au Sénat, Didier Guillaume, 
qui a dit ne pas croire "que l'état d'urgence puisse être arrêté 
du jour au lendemain".  
    Selon le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll, 
"les discussions sont en cours sur la question de l'état 
d'urgence", sachant que "la menace terroriste est toujours là". 
    "D'ici le 26 février, tout sera évalué", a-t-il dit lors du 
compte rendu du conseil des ministres mercredi. "On est dans une 
réflexion avec une menace terroriste à un niveau toujours 
extrêmement élevé."   
    A l'Elysée, on assurait mercredi que rien n'était encore 
décidé.  
    Le sujet sera au menu de l'entretien entre François Hollande 
et les présidents des deux chambres, Gérard Larcher et Claude 
Bartolone, mercredi après-midi à l'Elysée, officiellement 
consacré à la révision constitutionnelle.   
     
    PLUS DE 3.000 PERQUISITIONS  
    Décidé après les attentats du 13 novembre qui ont fait 130 
morts puis prolongé de trois mois par le Parlement, l'état 
d'urgence doit prendre fin le 26 février. 
    Mais l'exécutif ne veut pas priver les services des moyens 
que leur donne ce régime d'exception avant l'entrée en vigueur 
de la future loi renforçant les moyens de lutte antiterroriste. 
    Le texte, qui doit être présenté le mois prochain au conseil 
des ministres, renforce les pouvoirs de la justice mais 
également ceux des préfets, ce qui a provoqué une levée de 
bouclier de certains magistrats.    
    Selon le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, l'état 
d'urgence a permis de faire "en deux mois, plus de 3.000 
perquisitions (...), qui ont permis la saisie de 500 armes, dont 
50 armes de guerre".  
    "Nous avons procédé à 400 interpellations, qui ont débouché 
sur 52 incarcérations", ajoute-t-il dans un entretien publié 
mercredi dans le quotidien La Croix.  
    Interrogé sur une prolongation, le ministre déclare qu'"il 
ne faut pas se priver des outils utiles. Il nous faut donc 
ajuster le dispositif en continu pour être efficaces". 
    L'état d'urgence, "ça a été efficace dans la durée et il 
faudra sans doute continuer", a pour sa part déclaré le Premier 
ministre, Manuel Valls, samedi sur France 2, en soulignant en 
même temps qu'"un pays aussi a besoin de se sentir rassuré". 
    Selon un sondage Yougov publié la semaine dernière, 77% des 
Français sont favorables à la prolongation de l'état d'urgence.  
    Les réticences s'expriment surtout dans les rangs des 
écologistes et de l'extrême gauche, qui jugent ce régime 
liberticide. La Ligue des droits de l'homme a saisi le Conseil 
d'Etat, qui devrait examiner sa demande le 26 janvier.  
    Outre la loi qui renforcera les moyens antiterroristes, 
l'exécutif espère faire adopter la révision de la Constitution 
pour y inscrire l'état d'urgence et la possibilité de déchoir de 
la nationalité les binationaux nés en France condamnés "pour un 
crime constituant une atteinte grave à la vie de la nation".  
    Cette dernière disposition rencontre de fortes réticences à 
gauche.  
    "S'il y avait aujourd'hui un vote, il y aurait une majorité 
au sein du groupe socialiste pour le voter", a cependant estimé 
mercredi le président du groupe socialiste à l'Assemblée 
nationale, Bruno Le Roux, sur LCP.  
 
 (Elizabeth Pineau et Jean-Baptiste Vey, édité par Yves 
Clarisse) 
 
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  • charleco il y a 11 mois

    C'est parti pour un bon moment! Les Français sont "rassurés", mais les islamistes s'en fichent : ils communiquent sur une plate-forme cryptée et c'est nous qui sommes surveillés!