Vers une pénurie d'étain ?

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Commodesk - Alors que la production minière d'étain décline d'année en année, peu de projets d'envergure devraient voir le jour dans les toutes prochaines années. (...)

Y a-t-il un risque de pénurie d'étain dans les prochaines années ? De plus en plus d'observateurs et acteurs de ce marché tirent la sonnette d'alarme. Selon la plupart des analystes, l'offre d'étain sera déficitaire en 2012, pour la troisième année consécutive, et encore vraisemblablement en 2013. Mais surtout, selon l'International Tin Research Institute (ITRI), qui représente les entreprises productrices d'étain, la réduction de la production minière, constatée depuis un pic atteint en 2005, est amenée à se poursuivre dans les prochaines années. Elle est partiellement compensée par une progression du recyclage, qui assure actuellement 60.000 tonnes d'étain par an (dont deux tiers en Chine), soit environ 16% de la consommation mondiale. Mais cette production secondaire reste encore insuffisante en regard de la demande.

Recul de l'extraction dans les deux premiers pays producteurs

Actuellement, la production minière d'étain est assurée pour les deux tiers par la Chine et l'Indonésie. Dans ces deux pays, la majeure partie de la production est le fait de mines artisanales, ou du moins de faible capacité, et elle décline d'année en année. En Chine par exemple, la production est limitée à la fois par des fermetures de petites mines pour des raisons environnementales et par une diminution des teneurs en étain dans les gisements exploités. Résultat, dans le pays, premier consommateur mondial, un écart s'est creusé entre la production minière et celle d'étain raffiné. Plus d'un tiers de la production raffinée est désormais issue du recyclage ou de l'importation de minerai brut.

Très peu de gisements de taille importante ont été découverts dans le monde ces dernières années, voire ces dernières décennies. Or, certaines mines arrivent en fin de vie. C'est notamment le cas de la plus grande au monde, San Rafael, au Pérou, qui assure 10% de la production mondiale : cette mine exploitée par Minsur devrait fermer en 2017, à moins que des investissements ne permettent entre temps de rallonger sa durée de vie. Les projets actuellement en cours de développement sont généralement de taille bien plus modeste.

Redistribution des cartes

Selon des prévisions de l'ITRI, le poids de la Chine et de l'Indonésie devrait tomber à l'horizon 2017 à respectivement 26% et 19% contre 33% et 32% attendus en 2012, tandis que le Pérou passerait de 13% à 27%, et l'Australie de 2% à 10%. La Bolivie, le Brésil ou la République démocratique du Congo sont aussi susceptibles d'augmenter leur production.

Il ressortait d'un séminaire organisé en décembre 2011 par l'ITRI que l'Australie serait vraisemblablement le principal moteur de progression de la production d'étain dans le monde. Plusieurs projets sont en cours de développement en Tasmanie : Mount Lindsay (le projet phare de Venture Minerals),  Heemskirk (mené par Stellar Resources), ou encore Rentails (Metals X).

Toutefois, le renouvellement des capacités minières pourrait être contrarié par des difficultés de financement. Celles-ci, compte tenu du contexte économique, touchent le secteur minier en général, mais l'étain a la particularité d'avoir des cours extrêmement volatils, en raison notamment de l'étroitesse du marché. Ce qui dissuade encore plus les investisseurs d'intervenir sur ce marché. En 2011, les cours sur le LME avaient ainsi chuté de 44% entre avril et septembre, ce qui avait conduit des compagnies indonésiennes à geler leurs exportations et à réduire leur production.

Les industries consommatrices, source possible de financement

La crainte des industriels et négociants d'avoir des difficultés à s'approvisionner dans les prochaines années pourrait toutefois contribuer à faciliter le financement de nouveaux projets miniers. Ainsi, la maison de négoce Toyota Tsusho, qui traite environ 8% du marché mondial de l'étain et la moitié des volumes consommés au Japon, a pris cette année une option pour l'achat de 20% du projet minier d'Achmmach, au Maroc, mené par Kasbah Resources. L'apport de fonds sera couplé à un contrat « offtake » : Toyota Tsusho s'engage à acheter 20% de la future production issue de deux permis d'exploitation du site. De même, Stellar Resources a annoncé en septembre dernier être en discussion avec des consommateurs pour la signature de contrats d'offtake sur son projet australien de Heemskirk.

Toutefois, il faut compter environ trois ans entre l'étude de faisabilité définitive et le début de la production, et bien plus en prenant en compte les opérations préalables de forage et de financements. Dans les toutes prochaines années, les projets prêts à être mis en ½uvre devraient être insuffisants pour empêcher d'importantes tensions sur le marché de l'étain.

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