Vers une durée de cotisation plus longue pour les retraites

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VERS DES DURÉES DE COTISATION PLUS LONGUES POUR LES RETRAITES
VERS DES DURÉES DE COTISATION PLUS LONGUES POUR LES RETRAITES

PARIS (Reuters) - L'économie a dominé jeudi l'intervention télévisée de François Hollande, qui a promis la mise en place de la taxe à 75% pour les plus riches via les entreprises et jugé nécessaire l'allongement de la durée de cotisation pour les retraites.

Pendant 75 minutes d'entretien assez technique -une demi-heure de plus que prévu- sur le plateau France 2, le président s'est efforcé d'expliquer la cohérence de la politique menée depuis 10 mois, réaffirmant d'emblée sa "confiance dans la France" pour sortir de la crise.

Trois mois après la censure de la "super taxe" à 75% par le Conseil constitutionnel, il a confirmé la mise en oeuvre de cette promesse majeure de campagne, qui se fera via les entreprises. Elles paieront une contribution de 75% sur la part des salaires supérieure à un million d'euros.

"L'Assemblée générale des actionnaires sera consultée sur les rémunérations et, lorsqu'elles dépassent un million d'euros, l'entreprise aura une contribution à payer qui, toutes impositions confondues, atteindra 75%", a-t-il expliqué, émettant le souhait que cette mesure incite les groupes à modérer les plus hauts salaires.

Sur la question des retraites, le président a mis la balle dans le camp des partenaires sociaux, qu'il s'agisse de la durée de cotisation et de l'indexation, lors du débat qui va s'ouvrir avant la fin de l'année pour assurer leur financement.

Mais il a précisé qu'il faudrait des durées de cotisation plus longues, au risque de braquer les syndicats.

ALLOCATIONS FAMILIALES DIFFÉRENCIÉES

"Inacceptable", a rétorqué d'emblée sur France 2 le secrétaire général de Force Ouvrière, Jean-Claude Mailly. "Ce n'est pas simplement une règle comptable. Il y a d'autres manières de régler le problème des retraites".

Sur un autre sujet sensible, François Hollande a repoussé l'idée d'une fiscalisation des allocations familiales tout en estimant que "les plus hauts revenus ne peuvent pas avoir les mêmes allocations que les plus modestes".

Conscient que le chômage qui vient d'augmenter pour le 22e mois consécutif est la préoccupation majeure des Français, le président a promis un "choc de simplification" des démarches administratives pour les entreprises et appelé à utiliser la "boîte à outils" déjà en place contenant notamment les emplois d'avenir, les contrats de génération et le crédit d'impôt.

Bien que jugé irréaliste par nombre d'observateurs, son objectif d'inverser la courbe du chômage d'ici à la fin 2013 demeure.

"Ce n'est pas un voeu, pas non plus un pronostic, c'est un engagement et une bataille", a-t-il dit.

Malgré une croissance atone, il a assuré qu'il n'y aurait aucune augmentation des prélèvements ni en 2013 ni en 2014, sauf la hausse de TVA déjà prévue pour l'an prochain, soit une augmentation du taux normal de 19,6 à 20%, de 7% à 10% pour le taux intermédiaire et de 5 à 5,5% pour le taux réduit.

Cet entretien télévisé était aussi l'occasion pour celui qu'on n'appelle plus le "président normal" d'asseoir son autorité.

"Je suis en ordre de bataille, je suis le chef de cette bataille", a dit le président, affirmant avoir le "sang-froid" et le "cuir solide" face aux critiques. "J'avance parce que j'ai ce cap: c'est la croissance. Elle doit revenir, c'est une condition essentielle de la cohésion sociale, du retour vers l'emploi et de la confiance du pays en lui-même."

"DEUX ANS POUR NOUS REDRESSER"

Au plus bas dans les sondages, où sa cote oscille autour de 30%, le locataire de l'Elysée s'est projeté dans l'avenir: "Deux ans pour nous redresser et trois ans pour nous dépasser".

François Miquet-Marty, de l'institut Viavoice, a vu dans le discours "excessivement technique" du président un "manque de lisibilité" mais aussi "une volonté d'apaisement".

"On comprend qu'il faudra faire des efforts mais on ne comprend pas bien ce que ces efforts auront comme effet sur la politique menée", a dit le politologue à Reuters.

Du côté des politiques, la droite s'est montrée sévère, à l'image de l'ancienne ministre UMP Nathalie Kosciusko-Morizet.

"Le seul outil qu'on voit dans sa boîte, c'est les taxes, il n'y a qu'un outil pour lui c'est la fiscalité, toujours plus d'impôts, toujours plus de taxes", a-t-elle déclaré sur BFM-TV.

Pour le vice-président du Front national, Florian Philippot, "on en attendait pas grand-chose, on n'a pas été déçus, on a vu malheureusement une confirmation qui s'accentue année après année: nous n'avons plus la main sur notre destin".

A gauche, Pierre Laurent a écrit sa déception dans un communiqué. Pour le secrétaire national du Parti communiste, "les mots de François Hollande sont restés totalement déconnectés des urgences sociales et des solutions nouvelles nécessaires".

Elizabeth Pineau, avec Service France, édité par Yves Clarisse

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