Vers un procès du Mediator sans Jacques Servier

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VERS UN PROCÈS DU MEDIATOR SANS JACQUES SERVIER
VERS UN PROCÈS DU MEDIATOR SANS JACQUES SERVIER

par Chine Labbé

PARIS (Reuters) - La mort de Jacques Servier, président fondateur des laboratoires éponymes, ne remet pas en cause la tenue d'un grand procès dans l'affaire du médicament Mediator en 2015.

Jean-Christophe Coubris, avocat de plus de 2.000 victimes présumées, dit recevoir de nombreux appels de clients inquiets depuis le décès, mercredi, de Jacques Servier, à 92 ans.

"Les laboratoires Servier devront rendre des comptes, ainsi que ses associés", veut-il les rassurer.

Dans Le Monde de jeudi, Me Hervé Temime, avocat des laboratoires, assure également que si l'action publique s'éteint en ce qui concerne le fondateur du groupe, "les autres personnes physiques et morales répondront."

Ce scandale sanitaire fait l'objet d'une instruction au pôle santé du tribunal de grande instance de Paris, où les juges ont mis en examen une trentaine de personnes physiques et morales, parmi lesquelles l'Agence du médicament (ANSM).

Quelque 4.400 victimes sont plaignantes dans le cadre de cette procédure, dont la clôture est prévue fin-avril ou début-mai, selon une source judiciaire.

Un grand procès dans le cadre duquel seront jugés des faits de tromperie, d'escroquerie, de conflit d'intérêt mais aussi d'homicides et de blessures involontaires devrait se tenir au cours du premier semestre de 2015, précise-t-elle.

Un second procès visant uniquement des faits d'homicides et de blessures involontaires devrait être organisé dans un second temps pour les victimes présumées pour lesquelles l'enquête se poursuit, ajoute cette source.

Les victimes du Mediator, médicament des laboratoires Servier qui provoquait des valvulopathies et de l'hypertension artérielle pulmonaire, selon plusieurs études, déplorent l'absence à venir de ce personnage-clé du procès.

BRÈVE PRÉSENTATION DEVANT DES JUGES À NANTERRE

Mis en examen pour tromperie et homicides et blessures involontaires, il avait été entendu à plusieurs reprises par les juges parisiens.

"Ce que les victimes regrettent, c'est que cet homme n'ait pas eu le courage de reconnaître ses fautes", dit Jean-Christophe Coubris.

Un autre procès pour "tromperie aggravée", initié par voie de citations directes par plusieurs victimes présumées, devait se tenir à Nanterre. Mais après dix jours d'audience en mai 2013, ce procès, déjà renvoyé d'un an en mai 2012, avait été reporté au 15 mai 2014 pour que l'instruction parisienne puisse être jointe au dossier.

"Si ce procès a eu un mérite, c'est de présenter Jacques Servier à la barre devant les magistrats", estime Jean-Christophe Coubris.

Le président des laboratoires Servier s'était en effet brièvement présenté au premier jour d'audience devant le tribunal correctionnel de Nanterre (Hauts-de-Seine) l'année dernière.

Il "est là aujourd'hui pour vous dire qu'il ne se fout pas de vous", avait alors déclaré son avocat, en référence à des propos retransmis par BFM TV et dans lesquels il disait 'On s'en fout du procès'.

Dans un communiqué, le groupe avait quant à lui présenté ses excuses et souligné que cette déclaration avait été recueillie dans "des conditions qui ont provoqué sa peur explicable par son âge et son état de santé."

Le Mediator a été retiré du marché en 2010, après plus de vingt ans de commercialisation. Il pourrait être responsable de 220 à 300 décès à court terme et 1.300 à 1.800 à long terme, selon la plus récente expertise, qui estime qu'au vu des premiers signalements de pathologies associées à ce médicament, il aurait dû être suspendu du marché entre 1998 et 2003.

Les laboratoires Servier, qui l'ont commercialisé, sont soupçonnés d'avoir dissimulé la vraie nature du médicament, un coupe-faim présenté comme antidiabétique.

(Edité par Sophie Louet)

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