Vers un "Livre blanc" de la défense gris foncé

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DEUX SCÉNARIOS À L'ÉTUDE POUR "LE LIVRE BLANC" DE LA DÉFENSE
DEUX SCÉNARIOS À L'ÉTUDE POUR "LE LIVRE BLANC" DE LA DÉFENSE

par Patrick Vignal

PARIS (Reuters) - Sous les ors d'un salon de l'Hôtel des Invalides, les mines sont tendues à l'approche de la publication, attendue fin avril, du "Livre blanc" qui fixera la stratégie de la France en matière de défense et de sécurité nationale pour les années à venir.

Le chef d'état-major de l'armée de terre s'éclaircit la voix et esquisse un sourire pour détendre l'atmosphère.

"Je sens comme un petit climat de veillée d'armes", lance le général Bertrand Ract-Madoux à un aréopage d'officiers supérieurs et d'industriels de l'armement, réunis pour un dîner-débat sur l'avenir des forces terrestres françaises.

La deuxième version du Livre blanc - la "V2", pour les familiers du dossier - a été bouclée en février. La commission de rédaction s'est réunie pour la dernière fois lundi.

"Il y a eu au cours de cette réunion l'expression d'un certain nombre de frustrations", confie mercredi Daniel Reiner, vice-président socialiste de la commission de défense du Sénat et membre de la commission du Livre blanc.

"Nous sommes insatisfaits parce que nous ne disposions pas des éléments nécessaires en matière de contraintes budgétaires", ajoute-t-il, dans un autre salon parisien, proche de l'Etoile celui-là, à l'occasion du colloque annuel sur la défense organisé par le quotidien économique Les Echos.

Autrement dit, il faudra lire entre les lignes du Livre blanc. Tout dépend désormais des arbitrages de François Hollande, qui conduiront à la publication de la loi de programmation militaire 2014-2019, attendue à l'automne.

Y ou Z ?

Contexte oblige, le budget des armées jouera son rôle de variable d'ajustement et le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a prévenu que des coupes étaient à attendre.

Deux scénarios sont à l'étude, baptisés Y et Z : le premier prévoit de réduire le budget de la défense de 15 milliards d'euros sur la période 2014-2019 ; le second de 30 milliards.

Le ministère de la Défense tente de convaincre celui du Budget de ne pas aller au-delà du scénario Y.

"Il y a clairement un bras de fer et le ministère de la Défense est engagé avec tous ses moyens pour que, dans ces arbitrages, la défense ne soit pas trop étrillée", confirme le général Ract-Madoux.

Les hypothèses alarmistes n'ont cessé de circuler dans la presse ces derniers temps, ce qui n'a nullement gêné les milieux industriels et gouvernementaux concernés.

Jean Guisnel, spécialiste des questions de défense, a ainsi évoqué sur le site internet du Point, un "scénario noir" jamais officiellement démenti, avec la vente du porte-avions Charles de Gaulle, navire amiral de la flotte française, la suppression de 30 régiments, l'arrêt des chaînes de l'avion de combat Rafale et l'abandon de l'avion de transport A400M.

Cette catastrophe ne se produira pas, affirment les industriels du secteur. Mais sa simple évocation a permis une prise de conscience et rendra la pilule moins amère quand tombera l'addition, confirme implicitement un général. "La presse a été très bien informée, n'est-ce pas ?" s'amuse-t-il.

Pour Etienne de Durand, directeur des études de sécurité à l'Institut français des relations internationales (Ifri), le scénario Z qui fait si peur ne verra jamais le jour, ce que confirme mercredi une source gouvernementale.

"Il a été conçu comme un anti-modèle qu'il ne faut surtout pas réaliser", explique-t-il. "Le scénario Y ne peut pas être dégradé, on ne peut pas aller en dessous."

ADIEU SCORPION

Problème : même avec ce scénario, le budget annuel de la dépense passerait sous le seuil de 1,5% du PIB, soit environ 30 milliards d'euros annuels, son niveau actuel.

Or, les parlementaires de tous bords, écologistes exceptés, menacent de ne pas voter la loi de programmation si ce plancher est enfoncé.

Le socialiste Jean-Louis Carrère, président de la commission de défense du Sénat, va jusqu'à déclarer la "patrie en danger". Son homologue à l'Assemblée nationale, Patricia Adam, socialiste elle aussi, accuse carrément le ministre de l'Economie de vouloir "tuer la défense".

Les industriels de l'armement savent déjà que certains programmes seront retardés et d'autres supprimés, à commencer vraisemblablement par Scorpion, vaste entreprise de rénovation du parc de blindés de l'armée de terre, dont certains ont été conçus dans les années 1970.

"On peut craindre que certaines commandes n'arrivent jamais", déplore Jean-François Lafore, délégué général du Groupement des industries françaises de défense (Gicat).

Fatigué d'avoir à fermer des casernes, le chef d'état major de l'armée de terre laisse pour sa part entendre qu'il pourrait lâcher du lest sur les équipements, dont Scorpion, si on ne touche pas à ses effectifs.

Bertrand Ract-Madoux craint par ailleurs qu'il lui faille rogner sur les entraînements et la préparation de ses troupes, au moment où elles démontrent au Mali tout leur savoir-faire.

L'opération Serval ne suffira toutefois pas à sauver un modèle conçu à la fin des années 1950, en pleine guerre froide, alors que la France avait encore un empire colonial et que Charles de Gaulle faisait de l'indépendance militaire de la France vis-à-vis des Etats-Unis un principe intangible.

Les mots de souveraineté et de rang de la France dans le monde reviennent encore souvent dans la bouche des militaires mais la crise parle un tout autre langage.

Edité par Yves Clarisse

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  • M6906258 le mercredi 27 mar 2013 à 16:06

    aujourd'hui, on essaye d'être les gendarmes du monde .. mali etc ... et maintenant on s'aperçoit que cela coûte cher ... qui va encore payer la dedans l'addition, la grande muette .. c'est si facile ..

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