Vers un impact limité des problèmes du 787 sur ses fournisseurs

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VERS UN IMPACT LIMITÉ DES PROBLÈMES DU 787 SUR SES FOURNISSEURS
VERS UN IMPACT LIMITÉ DES PROBLÈMES DU 787 SUR SES FOURNISSEURS

par Cyril Altmeyer

PARIS (Reuters) - A moins d'un scénario catastrophe aujourd'hui très hypothétique, l'impact des difficultés du 787 Dreamliner de Boeing sur ses fournisseurs comme Zodiac Aerospace, Thales ou Safran devrait être limité, estiment vendredi des analystes.

Les autorités américaines et japonaises de l'aviation civile ont fait savoir vendredi que les investigations sur deux incidents liés aux batteries lithium-ion du long-courrier de Boeing se poursuivraient encore une semaine.

Les 50 exemplaires de l'appareil sont cloués au sol depuis mercredi soir pour une durée indéterminée à la suite de dysfonctionnements liés à ces batteries fabriquées par le japonais GS Yuasa pour le compte de l'équipementier Thales, qui les fournit ensuite à Boeing.

Les enquêteurs cherchent à déterminer la cause du déclenchement d'alarmes liées à la batterie d'un 787 indiquant un possible dégagement de fumée, qui a forcé la compagnie japonaise All Nippon Airways à atterrir d'urgence mercredi dans l'ouest de l'archipel.

Quelques jours auparavant, la batterie d'un 787 de Japan Airlines vide avait pris feu à l'aéroport de Boston.

"Si Boeing trouve que le problème est circonscrit à la batterie, cela peut être assez rapide et limiter le temps que l'avion restera au sol. Si c'est vraiment un problème systémique, les conséquences peuvent être importantes", estime Christophe Ménard, analyste chez Kepler Securities.

En clair, la question va être de savoir s'il s'agit simplement d'un problème d'installation des batteries, qui ne devrait pas être trop difficile à régler, ou si le système électrique doit être revu, ce qui risquerait de prolonger l'immobilisation des 787, expliquent les analystes.

Barclays souligne dans une note que les deux incidents ne semblent pas liés, ce qui pourrait écarter la crainte d'un problème plus grave ou systémique.

INTERROGATIONS SUR LES CADENCES DE PRODUCTION

Si Boeing renonce à doubler son rythme de production de 787 à dix avions par mois fin 2013 en raison des difficultés actuellement subies par l'appareil, il y aura un impact sur les équipementiers, note Christophe Ménard.

"Chez Zodiac, c'est palpable parce que cela représente une partie non négligeable de leur croissance organique, même s'il est possible que le groupe génère de la croissance organique dans d'autres domaines compensant une partie du manque à gagner", explique-t-il.

Zodiac fournit notamment au constructeur américain des équipements de distribution électrique primaire, les écrans et claviers du cockpit et le système de gestion des eaux usées et de traitement des déchets.

"Pour Thales, qui intègre les batteries dans un sous-ensemble de conversion électrique et livre des système multimédias, l'effet pourrait être plus dilué", ajoute-t-il.

Chez Safran, fournisseur de divers équipements comme des trains d'atterrissage, des roues et des freins pour le 787, l'impact devrait être encore plus limité, souligne-t-il.

Après avoir accusé le coup ces derniers jours en Bourse, Zodiac gagnait 0,2% à 82,5 euros à 16h30 vendredi, tandis que Thales rebondissait de 3,4% à 27,3 euros et que Safran prenait 0,75% à 33,96 euros.

Sandy Morris, analyste chez Jefferies, juge assez improbable que Boeing interrompe sa production, même si le rythme des livraisons est ralenti.

"Et si c'était le cas, les répercussions sur la chaîne des fournisseurs seraient très limitées, s'il y en a. A ce stade, on hésite vraiment à crier au loup", dit-il.

Bernstein Research souligne dans une note que les difficultés du 787 paraissent bien moins sérieuses que les complications créées pour l'A380 d'Airbus après la découverte de micro-fissures dans les ailes du très gros porteur début 2012.

Zodiac, tout comme les équipementiers britanniques Rolls Royce et GKN, ont déjà dû gérer les retards successifs des programmes de l'A380 et du 787, rappelle Sandy Morris.

"Il y a eu des impacts financiers mais rien qui suffise à faire dérailler les programmes", note-t-il, ajoutant que les difficultés actuelles du 787 ne justifient pas de modifier l'opinion de Jefferies sur l'un de ses fournisseurs.

FOURNISSEURS DIVERSIFIÉS

Le fait que les grands équipementiers fournissent d'autres programmes de Boeing et d'autres avionneurs, comme Airbus, limite le risque que la crise du 787 pourrait faire peser sur eux, ajoute-t-il.

Après les multiples péripéties du programme de l'A380, Airbus mène de manière très progressive la production du futur A350 destiné à concurrencer le 787 à partir du second semestre 2014.

L'avionneur européen utilise lui aussi des batteries lithium-ion produites, elles, par le français Saft, qui équipe également l'A380.

Airbus, qui a présenté jeudi ses performances commerciales de 2012, s'est bien gardé de donner des leçons à Boeing, tout en soulignant que l'architecture électrique de l'A350 était différente de celle du 787.

Fabrice Brégier, le président exécutif de l'avionneur, a précisé qu'il n'était pas question de modifier la conception de l'architecture du système électrique.

Pour les analystes, il paraît assez peu probable que des clients annulent des commandes de 787 pour les remplacer par des A350, dont les créneaux de livraison deviennent plus difficiles à trouver, ou des A330, fiables mais moins modernes que l'avion de Boeing.

"Le client ne voudra certainement pas l'A330, il voudra le 787", estime Sandy Morris. "Airbus ne peut pas tirer parti de péripéties à court terme de Boeing."

(Edité par Dominique Rodriguez)

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