Vers un envol des tarifs des contrats prévoyance

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Pour s'adapter aux deux années de travail supplémentaire prévues par la réforme des retraites, les cotisations des contrats incapacité-invalidité devraient augmenter d'environ 15%.

Les salariés qui manifestaient contre la réforme des retraites auraient pu ajouter un volet à leurs récriminations: à cause d'elle, leur salaire net risque de reculer dès le 1er janvier prochain. Les contrats de protection complémentaire fournis par de nombreuses entreprises à leurs employés vont en effet subir un choc: pour s'adapter au recul de l'âge légal de la retraite, les cotisations des contrats incapacité-invalidité devraient augmenter d'environ 15%.

«Notre profession va être touchée à deux niveaux par cette ­réforme. D'abord, il lui faudra dégager 4 milliards d'euros pour supporter le coût de ces deux années supplémentaires sur les salariés déjà en invalidité. Ensuite, les primes futures seront impactées, puisque la durée d'indemnisation de l'invalidité va automatiquement augmenter», assure Bertrand ­Boi­vin-Champeaux, le directeur prévoyance et retraite supplémentaire du Centre technique des institutions de prévoyance (CTIP). Les indemnités pour invalidité ou incapacité sont en effet versées jusqu'au moment où le salarié concerné touche une pension de retraite.

«Les tarifs dépendent bien sûr des garanties souscrites, du profil de l'entreprise, principalement de l'âge moyen des salariés, ainsi que du nombre et de la durée des arrêts de travail, avance Pascal Broussoux, directeur assurance de risques chez AG2R La Mondiale. Nous tablons sur une augmentation en moyenne au 1er janvier 2011 de 15% des cotisations incapacité-invalidité, soit une hausse moyenne de 8% de la totalité de la cotisation prévoyance. Si le passage à 62 ans n'était pas lissé sur six années, il y aurait même eu un bond des cotisations de près de 90%!» Les cas d'invalidité surviennent en moyenne à 50 ans. Avec la réforme, les compagnies devront fournir des prestations pendant douze ans et non plus dix, ce qui représente une augmentation de 20% de la durée de paiement.

Prétexte pour reconstituer les fonds propres

Toutes les maisons n'ont pas encore fait leurs calculs. Jeudi, Malakoff Médéric ne préférait pas s'avancer sur des estimations. «Nous n'augmenterons pas nos tarifs l'année prochaine, estime de son côté Christian de la Brélie, directeur général de D & O, car nos clients, qui travaillent majoritairement dans des entreprises de transport, bénéficient de mesures spécifiques liées à la pénibilité de leur travail.»

Le sujet est sensible. Dans la profession, des voix s'élèvent déjà contre ces augmentations, et rappellent qu'avec le report de l'âge légal les prestations devront certes être versées plus longtemps, mais les cotisations encaissées le seront aussi plus longtemps! «Le chiffre de 4 milliards est tout à fait fantaisiste, affirme un fin connaisseur du marché. En fait, les institutions fragilisées vont profiter de la réforme des retraites pour reconstituer leurs fonds propres.»

Le choc sera d'autant plus rude que les complémentaires santé devraient en parallèle augmenter de 8% à 10%, afin de répercuter d'autres mesures, prises cette fois pour limiter le déficit de l'Assurance-maladie: baisse du remboursement de certains médicaments, taxe de 3,5% sur les contrats dits «responsables»...

Même s'ils s'en rendent rarement compte car la somme est prélevée directement sur leur bulletin de paie, les salariés paient de leur poche environ 40% des cotisations de leur complémentaire, le solde étant financé par l'entreprise. Jusqu'à présent, les entreprises ont souvent assumé sur leur part l'ensemble des hausses des cotisations. Le feront-elles une nouvelle fois en janvier?

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