Vers "un campus planétaire" avec les Moocs, cours gratuits en ligne

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http://www.france-universite-numerique.fr/moocs.html 2013 MINISTÈRE DE L'ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR ET DE LA RECHERCHE
http://www.france-universite-numerique.fr/moocs.html 2013 MINISTÈRE DE L'ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR ET DE LA RECHERCHE

(AFP) - Un peu loufoque, la vidéo du cours de Physique mécanique en ligne du Pr. Walter Lewin montre l'astrophysicien traverser à tout berzingue un amphithéâtre du prestigieux Massachusetts institute of technology (MIT), sur un tricycle bleu propulsé par un extincteur.

D'Inde, d'Irak, d'Espagne ou de Chine, ils sont plus de 2 millions à avoir assimilé le principe de la propulsion par réaction permettant par exemple de faire décoller une fusée, en suivant ce "Mooc" américain - Massive online open course -, un cursus universitaire de haut niveau libre d'accès sur internet et interactif, mêlant vidéos, textes et exercices.

"Un prof qui fait cours devant des étudiants, c'est vieux comme le monde. Ce qui est révolutionnaire avec les Moocs, c'est le nombre de personnes qui y participent", explique François Taddei, directeur du Centre de recherche interdisciplinaire (Cri) à Paris et titulaire d'une chaire UNESCO en Sciences de l'apprendre.

"Les premiers Moocs ont réuni plus d'inscriptions que Facebook la première année", compare le chercheur. "Aujourd'hui, on peut suivre depuis n'importe où, quelle que soit sa formation, un cours universitaire de la meilleure qualité mondiale et échanger avec d'autres étudiants", ajoute-t-il.

En France, plus de 80.000 personnes sont d'ores et déjà inscrites aux 25 Moocs qui seront proposés par la plateforme de France université numérique (Fun) du ministère de l'Education à compter de jeudi. Mais ils sont 1.400 à avoir déjà participé au tout premier Mooc français apparu en 2012, ITypa : "Internet tout y est fait pour apprendre".

"Les Moocs démocratisent l'accès au savoir, alors que la dernière enquête Pisa de l'OCDE a montré que le système universitaire français est le plus inégalitaire du monde développé", souligne François Taddei.

Marc Couture, un Québécois de 46 ans, a été le premier à s'inscrire sur un Mooc français. "Je voulais surtout comparer les Moocs français à ceux qui existaient déjà au Canada", explique ce conseiller pédagogique en intégration des technologies de l'Université de Sherbrooke.

Aussi parmi les premières adeptes des Moocs en France, Barbara Sémel, 33 ans, s'est inscrite à pas moins de 16 cours universitaires en ligne, allant de l'Introduction à la sociologie, à l'Histoire en passant par la Gestion de projet et l'Etude des statistiques. "Mais je n'en ai fini aucun !" avoue-t-elle.

La fin des universités ?

"Potentiellement, les Moocs permettront dans le futur de transformer le monde en un campus planétaire", affirme François Taddei, posant ainsi la question de l'avenir des universités.

Toutefois, selon une étude sur le phénomène des Moocs publiée en décembre par la Graduate school of education de l'Université Penn aux Etats-Unis, seulement la moitié des inscrits sur la plus importante plateforme de cours universitaires en ligne (Coursera) ont suivi au moins un cours magistral et seulement 4% d'entre eux sont allés au bout du cursus.

"Le développement des Moocs ne découle pas de raisons philanthropiques liées à la démocratisation des savoirs (...) l'accès au numérique est socialement différencié et l'énorme taux d'abandon contrebalance la facilité d'accès à ces cours", dénonce le Collectif anti-Moocs, créé par trois syndicats étudiants et enseignants après la création d'un Mooc par l'Ecole normale supérieure de Cachan.

"Moocs et enseignements en classe ne sont pas complémentaires. L'avènement des premiers signifie la fin des seconds", selon ce collectif, qui craint une uniformisation des savoirs avec la multiplication des cours de masse en ligne.

"C'est comme dire que l'imprimerie a mené à l'uniformisation du savoir parce qu'elle a permis la distribution de livres à plus grande échelle", ironise François Taddei.

Selon le spécialiste, le développement des Moocs ne se joue pas contre les formes traditionnelles d'enseignement, mais plutôt au profit d'une autre façon d'apprendre et de la recherche sur l'éducation.

"Le marché de l'éducation représente un budget comparable à celui de la santé. La différence, c'est qu'on investit 15 fois plus dans la recherche biomédicale que dans la recherche sur l'éducation, alors que le poids des deux secteurs sur le PIB est pratiquement équivalent", souligne François Taddei.

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