Vers un apaisement à l'UMP ?

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LUC CHATEL VEUT UN NOUVEAU VOTE À L'UMP
LUC CHATEL VEUT UN NOUVEAU VOTE À L'UMP

par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - A deux jours d'une échéance décisive pour l'UMP, le camp de Jean-François Copé a adressé ce week-end à son rival François Fillon un signe d'apaisement par la voix de Luc Chatel, qui a évoqué un nouveau vote pour la présidence du parti.

L'ex-Premier ministre, qui conteste l'élection du secrétaire général sortant et exige un nouveau scrutin, a saisi dimanche la main tendue par l'actuel numéro deux du premier parti de la droite française et s'est dit prêt à en discuter.

Jean-François Copé, qui revendique une courte victoire lors du vote des militants le 18 novembre, et François Fillon, qui la juge entachée d'irrégularités, se déchirent depuis quinze jours, malgré la médiation de l'ancien président Nicolas Sarkozy.

L'ex-Premier ministre a annoncé la création d'un nouveau groupe parlementaire à l'Assemblée s'il n'a pas satisfaction.

Dans une interview au Journal du Dimanche, le principal lieutenant de Jean-François Copé s'est rallié à l'idée d'un nouveau vote pour trancher ce conflit, qui désespère élus et adhérents du premier parti de la droite française.

Luc Chatel estime qu'il n'y a "rien de plus important" que l'unité de l'UMP et qu'il faut "tout faire pour la préserver" en redonnant la parole aux militants. "Ça veut dire un nouveau vote dans des circonstances qui restent à décider, dans un délais qui reste à discuter", a-t-il précisé dimanche sur Radio J.

L'ancien ministre de l'Education propose que les équipes de Jean-François Copé et de François Fillon se retrouvent dès lundi matin en groupe de travail pour réfléchir à l'organisation d'un nouveau vote et à une révision préalable des statuts de l'UMP.

Sans révision des statuts, fait-il valoir, "les mêmes causes produiront les mêmes effets".

"Si vous revotez dans quinze jours Fillon-Copé, vous imaginez la campagne ?", ajoute l'ancien ministre, qui souhaite notamment la constitution d'un comité d'organisation paritaire avec des représentants des deux candidats et des "sages" du parti.

FILLON DIT CHICHE

En déplacement dans le Val d'Oise, où il participait aux Entretiens de Royaumont organisés par son porte-parole, le député Jérôme Chartier, François Fillon a dit chiche.

"Mes équipes sont prêtes, dès demain lundi, à se réunir avec celles de Jean-François Copé" pour réfléchir aux modalités d'un nouveau scrutin, a-t-il déclaré.

"Dès lors que nous aurons l'assurance que ce vote pourra être organisé et piloté dans des règles d'impartialité indiscutables et dans un délai raisonnable, nous mettrons fin au groupe parlementaire que j'ai créé et aux procédures qui ont été engagées", a ajouté l'ancien Premier ministre.

Il faisait notamment allusion à une plainte en justice pour irrégularités, dont un de ses avocats assure qu'elle est prête.

"Je peux la déposer à tout moment", déclare Me François Sureau dans le Journal du Dimanche. "Dès que l'instruction m'en sera donnée, je demanderai au juge d'annuler cette élection."

De son côté, Jean-François Copé a fait savoir qu'il ferait des "propositions très concrètes", dimanche soir, lors d'une réunion publique avec des militants, à Nancy.

La prochaine échéance est la réunion du groupe UMP à l'Assemblée mardi et la conférence hebdomadaire des présidents.

Le chef de file des députés UMP, le copéiste Christian Jacob, a averti jeudi ses collègues que si rien ne "bougeait" d'ici là, il n'y aurait plus qu'à prendre acte de la scission.

Mardi, c'est aussi, selon la presse, l'échéance fixée par Nicolas Sarkozy pour que les deux rivaux trouvent une solution, faute de quoi il sortira de son silence pour dire publiquement ce qu'il pense d'eux et de leur conflit.

POMMES DE DISCORDE

Luc Chatel a assuré sur Radio J qu'il était dans une relation de "confiance réciproque totale" avec Jean-François Copé mais il n'a pas voulu en dire plus sur la position de ce dernier concernant ses propositions.

"Jean-François Copé est à la fois un homme (...) courageux, déterminé (...) et puis en même temps il est capable d'écouter", a seulement dit l'ancien ministre.

Une précédente tentative de solution sous la pression de Nicolas Sarkozy - l'organisation d'un référendum auprès des militants de l'UMP sur la nécessité ou non de revoter - a échoué en raison des exigences contradictoires des deux candidats.

"Ce spectacle non seulement est pathétique mais en plus, si il va au bout, il nous garantit d'être dans l'opposition pour vingt ans !", a estimé Luc Chatel, pour qui il faut "coûte que coûte" empêcher la scission du groupe parlementaire.

"Si il y a deux groupes parlementaires mardi, il y aura deux partis à terme, deux candidats à la présidentielle (de 2017) et (la présidente du Front national) Marine Le Pen au deuxième tour", a-t-il averti dans les colonnes du JDD.

Il y a cependant au moins deux points susceptibles de faire capoter son initiative: le délai d'organisation d'un nouveau vote - les fillonnistes souhaitent que ce soit le plus rapide possible, Luc Chatel a estimé qu'il faudrait prendre le temps - et le statut de Jean-François Copé dans l'intervalle.

Pour son numéro deux, celui-ci "a été élu" et "confirmé" par les instances du parti. "Donc s'il propose qu'il y ait une consultation nouvelle des militants, il me semble légitime qu'il reste aux responsabilités dans la période de transition, dans le cadre naturellement d'une équipe élargie avec toutes les sensibilités", a dit Luc Chatel.

Emmanuel Jarry, édité par Henri-Pierre André

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