Vers des besoins en capitaux accrus pour les banques italiennes

le
1
LES BANQUES ITALIENNES RISQUENT DE DEVOIR LEVER 20 MILLIARDS D'EUROS
LES BANQUES ITALIENNES RISQUENT DE DEVOIR LEVER 20 MILLIARDS D'EUROS

par Valentina Za et Silvia Aloisi

MILAN (Reuters) - Le grand ménage des banques italiennes pour assainir leurs bilans avant leur évaluation par la Banque centrale européenne (BCE) pourrait les contraindre à lever jusqu'à 20 milliards d'euros, soit trois fois plus que les estimations actuelles, afin de regonfler leurs fonds propres.

Les banques avaient jusqu'ici poussé le problème des créances douteuses sous le tapis car des dépréciations à leur valeur de marché auraient lourdement grevé leurs résultats.

Mais la "Revue de la qualité des actifs" (AQR) du secteur bancaire dans la zone euro les oblige désormais à agir, et vite, si elles ne veulent pas arriver en queue de peloton pour solliciter les investisseurs.

Cinq établissements ont d'ores et déjà annoncé des augmentations de capital de l'ordre de sept milliards d'euros, la dernière en date étant la banque gênoise Carige qui a confirmé jeudi soir vouloir lever 800 millions d'euros faute de progrès dans ses cessions d'actifs.

Le bilan de santé auquel procède la BCE, et dont les résultats seront publiés en octobre, concerne toutes les grandes banques de la zone euro mais le problème des créances douteuses est particulièrement aigu en Italie du fait de la brutalité de la récession endurée par la Péninsule, où le crédit peine à reprendre.

Les créances douteuses ont atteint un record de 156 milliards d'euros en décembre, le double de leur niveau de 2010. Sur ce total, 76 milliards ont déjà fait l'objet de dépréciations, en partie sous la pression de la Banque d'Italie. Mais selon des experts, il faudrait que les banques déprécient encore 20 à 25 milliards d'euros au moins pour que la reprise des créances devienne intéressante pour des spécialistes en restructuration de dette.

"Même après une dépréciation de 50%, leur valeur est encore trop élevée. Il faudrait la réduire de 20-25 milliards d'euros encore", juge ainsi Andrea Perin, responsable du pôle de finance restructurée chez Finanziaria Internazionale.

L'Italie donne ainsi l'impression de traîner les pieds mais elle a beau jeu de rappeler qu'elle n'a pas eu à renflouer son secteur bancaire, contrairement à l'Irlande et à l'Espagne qui ont dû créer des "bad banks" pour reprendre les créances irrécouvrables de leurs banques mises à terre par l'éclatement de la bulle immobilière.

L'Italie n'a pas été confrontée à ce problème mais a vu sa production industrielle baisser d'un quart durant la crise financière, conséquence de la faillite de milliers de petites et moyennes entreprises qui constituent la colonne vertébrale de son économie.

Le gouvernement sortant étant opposé, faute de moyens, à l'établissement de structures de défaisance, les banques doivent trouver leurs propres solutions pour assainir leurs bilans.

ENCORE BEAUCOUP À VENIR

Les deux plus importantes, Intesa Sanpaolo et UniCredit, négocient avec le fonds américain de capital-investissement KKR en vue de regrouper leurs prêts restructurés dans un véhicule spécial, a-t-on appris de sources informées la semaine dernière.

Intesa planche aussi sur un projet de "band bank" interne tandis qu'UniCredit a déjà vendu des lots de créances douteuses à deux grands spécialistes, Cerberus and Anacap.

Pour les autres, leur taille plus petite complique la recherche de solutions.

"Pour les banques coopératives en particulier, ce sera un vrai problème. Si elles ne trouvent pas le moyen de se débarrasser d'une partie de leurs mauvaises créances, elles auront du mal à s'en sortir", prévient Vincenzo Macaione, chef économiste du fonds Primus Partners spécialisé dans la reprise de créances non performantes.

Avec le soutien de Barclays et de Deutsche Bank, Primus Partners est en train de négocier la titrisation et la vente de portefeuilles de prêts de Banco Popolare et de Veneto Banca et il compte annoncer les deux opérations en juin.

Mais ce ne sera pas sans douleur. Vincenzo Macaione estime que les banques, après avoir déprécié leurs créances douteuses ou irrécouvrables, risquent de devoir renforcer leurs fonds propres de 15 à 20 milliards d'euros, un montant supérieur au "scénario du pire" -14 milliards- retenu par le Fonds monétaire international.

Dans ce cas, les cinq augmentations de capital déjà annoncées -de Monte dei Paschi di Siena, Banco Popolare, Banca Carige, Banca Popolare di Milano et Popolare Vicenza- ne seraient qu'un début.

"Nous pensons qu'il y aura encore beaucoup de recapitalisations dans les prochains mois", conclut le financier.

Avec Francesca Landini; Véronique Tison pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
  • mamberg le vendredi 21 fév 2014 à 12:24

    ...."pousser les problèmes sous les tapis" se qualifie de faillite frauduleuse !!!!