Verdict attendu à Paris pour deux Rwandais accusés de génocide

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    * L'avocat général a requis la réclusion à perpétuité 
    * Les deux accusés nient toute culpabilité 
    * Verdict attendu dans la soirée 
    * Deuxième procès de Rwandais en France 
 
    par Chine Labbé 
    PARIS, 6 juillet (Reuters) - Deux anciens bourgmestres 
(maires) rwandais jugés depuis huit semaines à Paris pour 
génocide et crimes contre l'humanité dans leur pays en 1994 ont 
réaffirmé mercredi leur innocence, au dernier jour de leur 
procès. 
    La cour d'assises de Paris s'est retirée pour délibérer. Son 
verdict est attendu dans la soirée. 
    L'avocat général a requis la réclusion criminelle à 
perpétuité à l'encontre des deux accusés, Tito Barahira, 65 ans, 
et Octavien Ngenzi, 58 ans. 
    Tous deux sont soupçonnés d'avoir agi comme "donneurs 
d'ordres", notamment, lors d'attaques qui ont ensanglanté en 
avril 1994 la commune de Kabarondo, où ils ont officié 
successivement.  ID:nL5N17Z2QN  
    Ils contestent les faits qui leur sont reprochés. 
    Tito Barahira, qui souffre d'insuffisance rénale et doit 
subir des dialyses trois fois par semaine à l'hôpital, a fustigé 
mercredi les "fausses accusations" dirigées contre lui. 
    "Je n'ai jamais organisé une réunion qui aurait incité la 
population Hutu à tuer des Tutsi" ni "mené des attaques", a 
déclaré en kinyarwanda celui qui était maire de Kabarondo de 
1977 à 1986. Ses propos étaient traduits par un interprète. 
    "Ce qui est arrivé est innommable. Ça m'a fort attristé, ça 
continue à m'attrister jusqu'à présent", a-t-il ajouté, assurant 
"compatir" avec les victimes. 
    Octavien Ngenzi, bougmestre de 1986 à avril 1994, a de son 
côté assuré s'être trouvé dans l'incapacité de "faire face à la 
violence" qui s'est abattue sur sa commune.  
     
    DEUXIÈME PROCÈS DE RWANDAIS ACCUSÉS DE GÉNOCIDE À PARIS 
    "Au cours de ce procès, j'ai réalisé que j'étais le 
responsable moral de cette population (les Tutsi, NDLR) à 
laquelle je n'ai pu donner aucune assistance, et je le 
regrette", a-t-il dit en français.  
    "Je n'ai pas tué, et je ne suis pas coupable du génocide, je 
ne suis pas un criminel", a-t-il ajouté.  
    Dès le lendemain de l'attentat du 6 avril 1994 contre 
l'avion du président hutu Juvénal Habyarimana, qui précipita le 
génocide, Kabarondo fut le théâtre d'attaques contre des Tutsi. 
    Le 13 avril, "journée la plus sanglante" d'après 
l'accusation, fut marquée par l'attaque de l'église de la 
commune, où 3.500 Tutsi s'étaient réfugiés. 
    "Ce peuple a perdu la vie dans l'église où, tous les 
dimanches, nous célébrions des messes", a déclaré mercredi 
Octavien Ngenzi. "Cette population, je l'aimais (...) j'ai été 
incapable de les protéger, ils sont morts, je regrette leur 
mort." 
    En à peine 100 jours, entre avril et juillet 1994, quelque 
800.000 personnes ont été tuées au Rwanda, Tutsi pour la plupart 
mais aussi Hutu modérés. 
    Le procès de Barahira et Ngenzi est le deuxième du genre en 
France, deux ans après la condamnation à 25 ans de prison du 
militaire rwandais Pascal Simbikangwa, qui a depuis fait appel.  
   Paris peut juger ces suspects depuis 1996 en vertu de sa 
compétence universelle. 
    Une centaine de témoins ont été entendus par la cour 
d'assises ces huit dernières semaines, en personne, ou par 
visioconférence, depuis le Rwanda notamment. 
    Les débats - près de 250 heures - ont été enregistrés à 
titre historique.  
    En France, longtemps perçue comme une "terre d'asile" de 
bourreaux, 24 informations judiciaires et deux enquêtes 
préliminaires visent des personnes soupçonnées d'avoir été 
impliquées dans le génocide de 1994, dit une source judiciaire. 
 
 (édité par Yves Clarisse) 
 
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