Veolia joue sa crédibilité sur ses nouvelles perspectives

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par Benjamin Mallet et Caroline Jacobs

PARIS (Reuters) - Veolia doit fournir des perspectives claires et réalistes aux investisseurs pour regagner leur confiance après deux avertissements sur ses objectifs de 2011 qui ont plombé sa crédibilité, estiment des analystes interrogés par Reuters.

Mais la tâche du numéro un mondial des services à l'environnement, dont la journée investisseurs a lieu mardi 6 décembre, s'annonce très complexe dans un contexte économique qui limite la visibilité sur ses activités et ne facilite pas les cessions promises au marché.

Alors que la crise pèse sur ses activités dans les déchets et que les municipalités mettent ses prix sous pression dans l'eau en France, Veolia a déjà annoncé en août qu'il quitterait d'ici la fin 2013 près de la moitié des pays où il est présent et qu'il accélérerait ses réductions de coûts, des mesures qu'il devrait détailler mardi.

Le groupe a également dû renoncer aux perspectives à moyen terme qu'il avait dévoilées en mars et a même révisé à la baisse son objectif de performance opérationnelle 2011 en novembre, pour la deuxième fois en trois mois, en mettant en avant les incertitudes liées à la crise financière.

"Il faut qu'ils donnent une prévision très claire et crédible, en se basant sur une croissance nulle du PIB de la zone euro (pour 2012)", estime Yohann Terry, analyste chez Exane BNP Paribas.

"Ils vont très probablement décevoir car le marché n'a pas encore intégré le nouvel environnement économique", ajoute-t-il, précisant que les annonces de mardi pourraient "impliquer des BPA au moins 20% en dessous du consensus" pour 2012.

LE "CYNISME" DU MARCHÉ

Pour Vincent Gilles, chez Credit Suisse, Veolia va "présenter des éléments cruciaux pour sa valorisation à long terme et son business model à un moment où le marché est probablement au plus haut degré de cynisme qu'on ait connu". "Donc ça va être très très difficile pour eux."

Certains analystes estiment que la réduction de la dette du groupe est un enjeu clé, alors qu'elle est attendue à 14,8 milliards d'euros à fin 2011, selon le consensus Thomson Reuters I/B/E/S, pour un ratio dette nette sur Ebitda prévu à 4,4 contre 3,1 pour son grand rival Suez Environnement.

D'autant que Fitch Ratings vient de réviser à négative sa perspective sur la note à long terme de Veolia (note A-).

"Les ratios de dette deviennent très élevés dans un contexte de réduction du risque bancaire et de marché obligataire moins accommodant", relève John Honoré, chez Société générale.

Yohann Terry, qui prévoit 1,5 milliard d'euros de cessions pour 2012 contre 1,3 milliard prévu jusqu'ici, estime que le programme de vente d'actifs "s'annonce compliqué car les conditions de financement sont défavorables".

"Si on reste dans la situation actuelle, ils vont devoir vendre à des prix plus bas."

Le groupe est aussi attendu sur son utilisation du produit des cessions d'actifs, en matière de désendettement, d'investissements de croissance ou de retour aux actionnaires, éventuellement à travers des rachats d'actions.

"QUITTE OU DOUBLE" ?

Sa politique de dividende sera en particulier surveillée de près alors que, pour 2011, la société s'est seulement engagée à maintenir un taux de distribution "élevé" par rapport au résultat net récurrent.

"Dans un contexte de dette importante, le groupe fait le choix de poursuivre le versement d'un dividende. Une suppression de celui-ci permettrait, comme à la Société générale, de reconstituer pas à pas sa capacité à se financer et à se désendetter", estime John Honoré.

L'autre défi pour Veolia mardi sera de clarifier le projet de transformation du groupe porté par son PDG Antoine Frérot, nommé fin 2009 au poste de directeur général en remplacement d'Henri Proglio et qui a depuis un an ajouté les fonctions de président à ses prérogatives.

Selon un analyste basé à Paris, qui n'a pas souhaité être identifié, les annonces de mardi pourraient même relever du "quitte ou double".

"Ne pas fournir les éléments nécessaires au marché ne ferait qu'accentuer le doute qu'ont les investisseurs sur le réel engagement du 'management' actuel à réaliser ses plans. Veolia, c'est la même histoire depuis dix ans, celle d'un groupe endetté en transformation", estime-t-il.

"Tout a été fait pour que le plan actuel soit celui d'Antoine Frérot et pas un héritage du passé. Si c'était un échec, il faudrait en tirer les conclusions", estime-t-il.

Depuis le début 2011, le titre Veolia a fait un plongeon de 55% environ, ce qui le met coude à coude avec l'action Société générale en tête des plus fortes baisses de l'indice CAC 40, qui cède pour sa part quelque 16%.

Edité par Dominique Rodriguez

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