Ventes à découvert à nouveau interdites en Espagne et Italie

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par Tracy Rucinski et Stephen Jewkes

MADRID/MILAN (Reuters) - L'Espagne et l'Italie ont de nouveau limité lundi les ventes à découvert pour tenter de décourager la spéculation à la baisse au moment où la crainte de voir l'Espagne contrainte de faire appel à une aide financière extérieure attise les tensions sur les marchés.

Ces décisions ont eu pour effet immédiat d'accentuer la baisse des marchés boursiers mais ce repli s'est atténué en fin de séance.

La Bourse de Madrid, après avoir perdu jusqu'à plus de 5%, cédait 1,1% en clôture et celle de Milan 2,76%.

Quant au secteur bancaire italien, il n'abandonnait plus que 0,59% en fin de journée alors qu'il perdait 4,3% à 12h00 GMT. Les banques espagnoles, elles, affichaient même un gain de 1,2% en clôture.

"Les marchés de titres européens traversent une période de volatilité extrême qui pourrait se traduire par un fonctionnement désordonné et affecter l'évolution normale des activités financières", a déclaré dans un communiqué la CNMV, le gendarme des marchés espagnols, pour justifier l'interdiction.

Des professionnels expliquent cependant que cette interdiction elle-même est de nature à nourrir la nervosité des investisseurs.

"Chaque fois qu'ils interdisent les ventes à découvert, ça exacerbe le problème parce que les gens fuient les actifs à risque", a commenté Justin Haque, trader d'Hobart Capital Markets.

Pour un courtier en produits dérivés à Londres, qui a requis l'anonymat, l'interdiction "implique que les régulateurs veulent protéger leurs valeurs, et particulièrement les valeurs bancaires, et du coup on va spéculer sur le fait qu'ils observent des choses ou qu'ils disposent d'informations dont le marché ne dispose pas".

TROIS MOIS EN ESPAGNE, CINQ JOURS EN ITALIE

En Espagne, l'interdiction annoncée lundi, qui sera valable trois mois, concerne l'ensemble des valeurs cotées et des indices, a précisé la CNMV.

Peu auparavant, la Consob italienne avait annoncé l'interdiction jusqu'à vendredi inclus des ventes à découvert sur les seules valeurs bancaires et d'assurance.

En France, l'Autorité des marchés financiers (AMF), interrogée sur ce sujet, a répondu que "la situation des marchés, à ce stade, ne semble pas justifier une telle décision" d'interdiction des ventes à découvert.

La vente à découvert est régulièrement utilisée par des fonds d'investissement ou d'autres investisseurs pour parier à la baisse sur un titre. Elle consiste schématiquement à emprunter un actif pour le vendre et à le racheter ultérieurement à un prix supposé inférieur, pour encaisser la différence.

La vente à découvert "à nu", qui permet d'effectuer ce type d'opérations sans même avoir à emprunter les titres, est totalement interdite en Espagne et en Italie.

Alors que les ministres des Finances de la zone euro ont validé vendredi un plan d'aide au secteur bancaire espagnol susceptible d'atteindre 100 milliards d'euros, les investisseurs craignent désormais de voir l'Etat espagnol lui-même contraint de faire appel à un soutien financier international, notamment en raison des difficultés des régions.

L'Autorité européenne des titres et des marchés (ESMA), le gendarme des marchés européens, disposera à partir de novembre de pouvoirs de coordination pour imposer des restrictions plus larges aux ventes à découvert afin d'éviter des distorsions d'un pays à l'autre.

De nombreuses valeurs cotées peuvent être échangées sur plusieurs plates-formes, ce qui permet de contourner d'éventuelles interdictions.

Lundi, l'ESMA a dit être informée de la décision de l'Italie, sans plus de commentaire.

Avec Blaise Robinson à Paris, Natalie Huet pour le service français, édité par Dominique Rodriguez

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