Venezuela-Gaz lacrymogènes contre les manifestants à Caracas

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    par Alexandra Ulmer 
    CARACAS, 19 mai (Reuters) - Les forces de sécurité 
vénézuéliennes ont fait usage de gaz lacrymogènes mercredi 
contre les manifestants à Caracas, sur fond de rassemblements 
dans tout le pays pour réclamer un référendum de révocation 
susceptible de mettre fin au mandat du président socialiste 
Nicolas Maduro. 
    Lors de cette troisième journée de rassemblements 
d'opposition en une semaine, plusieurs milliers de 
contestataires sont descendus dans les rues du centre de Caracas 
pour une marche en direction du siège de la Commission 
électorale nationale, ont rapporté des témoins. 
    Des éléments de la Garde nationale et de la police avaient 
bouclé la place où ils comptaient se rassembler, et les 
manifestants se sont regroupés dans les rues avoisinantes en 
agitant des drapeaux et en scandant "Le gouvernement tombera!". 
    A plusieurs reprises, les forces de l'ordre ont tiré des 
grenades lacrymogènes, provoquant la débandade de centaines de 
personnes paniquées. Plusieurs manifestants ont été arrêtés et 
un jeune homme a été évacué sans connaissance, a constaté un 
journaliste de Reuters. 
    Les chefs de l'opposition estiment que le Venezuela est 
aujourd'hui une "bombe à retardement" et que, si les gens ne 
peuvent par la voie démocratique tenter d'obtenir le départ de 
Nicolas Maduro, ils descendront de plus en plus massivement dans 
les rues. 
    Les manifestations spontanées et les scènes de pillage sont 
de plus en plus fréquentes au Venezuela, sur fond d'aggravation 
des pénuries alimentaires et de fréquentes coupures 
d'électricité et d'eau. Le taux d'inflation est d'autre part le 
plus élevé au monde. 
    "Les Vénézuéliens sont fatigués, affamés", déclarait 
mercredi un manifestant de 76 ans, Alfredo Gonzalez. 
    Si les Vénézuéliens sont de plus en plus en colère face à 
l'aggravation de la crise économique, nombre d'entre eux ne vont 
pas manifester, trop occupés qu'ils sont à faire la queue devant 
les magasins pour se procurer des vivres, et beaucoup ont trop 
peur pour se joindre à la contestation. D'autres considèrent que 
la perspective d'un référendum de révocation n'a guère de chance 
d'aboutir. 
     
    "PIÈTRE DICTATEUR" 
    Dans l'Etat de Tachira, où les violences les plus 
meurtrières avaient été signalées lors des manifestations de 
2014, y faisant 43 morts, l'armée a empêché les manifestants 
d'atteindre mercredi le siège local de la commission électorale. 
Lors d'une manifestation dans la ville côtière de Coro, les 
contestataires ont formé une chaîne humaine à travers les rues. 
    La manifestation anti-Maduro de Caracas a tourné à la 
violence, l'armée tirant des gaz lacrymogènes pour disperser des 
manifestants qui lançaient des pierres. 
    Agé de 53 ans, Nicolas Maduro accuse le chef de file de 
l'opposition, Henrique Capriles, et les autres dirigeants de la 
contestation de chercher à mener un coup d'Etat avec l'appui des 
Etats-Unis. 
    Les autorités ont condamné la manifestation de mercredi à 
Caracas, déclarant que des contestataires avaient aspergé 
d'essence deux Gardes nationaux dans l'intention de les brûler 
vifs, et qu'ils avaient attaqué un dortoir d'étudiants. 
    "Nous sommes confrontés à une droite profondément violente", 
a accusé un responsable du Parti socialiste, Jorge Rodriguez. 
    Le week-end dernier, Nicolas Maduro a décrété l'état 
d'urgence pour une durée de 60 jours, ce qui lui permet de 
contourner plus facilement le parlement, d'intervenir dans le 
domaine économique et de contrôler la rue. 
    Maduro conserve le soutien, bien que déclinant, du noyau dur 
des "chavistes", qui saluent les projets sociaux lancés sous 
Hugo Chavez. La cote de popularité du chef de l'Etat est 
cependant tombée en dessous de 27% en mars, selon un sondage. 
    A l'étranger, si certains grands pays d'Amérique latine 
comme le Brésil et l'Argentine sont repassés récemment à droite, 
le pouvoir vénézuélien bénéficie toujours du soutien marqué de 
Cuba, de l'Equateur, du Nicaragua et de la Bolivie. 
    Le président bolivien, Evo Morales, a condamné ce qu'il 
considère comme des "agressions" contre son homologue 
vénézuélien. Mais le secrétaire général de l'Organisation des 
Etats américains (OEA), Luis Almagro, qui a souvent eu maille à 
partir avec Maduro, l'a qualifié dans une lettre de "piètre 
dictateur". 
 
 (Eric Faye pour le service français) 
 
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