Vendée Globe: le Nouvel An en apéritif, le Cap Horn au dîner

le
0
FRANÇOIS GABART AUX COMMANDES DU VENDÉE GLOBE
FRANÇOIS GABART AUX COMMANDES DU VENDÉE GLOBE

par Sophie Greuil

PARIS (Reuters) - Après avoir viré le Nouvel An en 52 jours de course, François Gabart à la tête des 13 solitaires du Vendée Globe sur Macif s'apprêtait à franchir le Cap Horn, mardi soir sous la menace de glaces dérivantes.

Le Cap de Bonne Espérance et le Cap Leeuwin passés, le Cap Horn marque à la fois la pointe du Chili et la bascule vers l'hémisphère Nord, "synonyme de délivrance et de retour à la civilisation" selon Michel Desjoyeaux, dernier vainqueur du Vendée Globe en 84 jours.

Desjoyeaux avait franchi le cap de ce rocher mythique en 56 jours, 15 heures et huit minutes, temps record qui va être largement battu.

Le nouveau détenteur devrait en être François Gabart, qui va connaître à 29 ans l'honneur de devenir "Cap Hornier".

Le skipper de Macif va devoir traverser un "champ de mines" faits de morceaux d'icebergs de 100 à 400 mètres de haut, visibles au radar. D'autres, plus petits, visibles, seulement, à l'?il nu, invitent les solitaires à slalomer, voiles au vent.

"Heureusement, nous le franchirons de jour pour nous ce qui est mieux parce que les icebergs sont vraiment une source de stress", reconnaît Armel Le Cléach, actuel second sur Banque Populaire à 38 milles de Gabart.

Dans un coude-à-coude inédit, les deux navigateurs surdoués formés au centre d'entraînement de Port-La-Forêt (Finistère), devraient écrire une des plus belles pages de l'histoire du Vendée Globe lancé dans sa septième édition.

Depuis début décembre, leurs deux bateaux de 60 pieds sont à portée de jumelles, dans un mouchoir de poche de deux à 40 milles et se passent régulièrement le témoin de la première place.

"Certes, le classement donne l'impression que nous sommes collés mais nous nous voyons très peu. La dernière fois, vaguement, dans le brouillard, il y a dix jours", raconte François Gabart, à 7.110 milles de l'arrivée.

"Je ne sais pas si c'est rassurant d'être à côté d'Armel au Cap Horn", relance le skipper de Macif. "Le plus rassurant serait de le franchir avec 200 milles d'avance sur lui".

PÉTOLE

Second de la dernière édition, Armel Le Cléac'h feint aussi être intéressé par la présence perpétuelle du Charentais.

"Seul importe de bien atterrir au Cap Horn en évitant les 'growlers' (morceaux d'icebergs). Alors, seule ma course et ma trajectoire m'intéressent", glisse le Breton, premier à passer l'Equateur et le Cap de Bonne Espérance tandis que son compagnon de régate pointa en premier le Cap Leeuwin.

Troisième à 490 milles de ces duettistes ne lâchant ni une seconde, ni un n?ud, ni un mille, Jean-Pierre Dick refait de jour en jour son retard après avoir été piégé par une grosse bulle vide d'air.

"Pendant quelques heures, Armel et François pourraient être englués dans la pétole (absence totale de vent, ndlr). J'espère que cela me permettra de revenir dans le match", dit le Niçois en croisant les doigts et en chouchoutant ses pieds meurtris par le froid et l'humidité - "un véritable calvaire pour eux", dit-il.

En attendant, le double vainqueur du tour du monde en double essaye de mettre sa navigation de côté en se payant des tranches de rire avec les revues de presse de Nicolas Canteloup.

Et, à 5100 milles de ce trio de tête, le Franco-Italien Alessandro Di Benedetto a ouvert, piano-piano, mais, en fanfare, sur un air d'opéra, son entrée dans le Pacifique.

Seul concurrent encore dans l'océan Indien, le skipper de Team Plastique continue, avec le sourire, à fermer la marche d'un tour du monde qu'il regarde se boucler pied au plancher.

Il vient de signer son entrée dans la zone en prenant un navire de recherches japonais pour un iceberg.

Une fois le Cap Horn dans ses rétroviseurs, la flotte poussera, d'évidence, un grand ouf de soulagement avant d'avoir à déjouer les calmes de l'anticyclone de Sainte-Hélène.

Mais, très éprouvés après deux mois de course et 18.000 milles, les solitaires seront alors, surtout, à la merci de la moindre erreur sur des machines bien éprouvées elles aussi par l'épreuve des vents.

Edité par Jean-Paul Couret

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant