Vendée Globe: François Gabart garde la tête sur les épaules

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FRANÇOIS GABART, PREMIER À FRANCHIR L'ÉQUATEUR SUR LA ROUTE DU RETOUR AUX SABLES D'OLONNE
FRANÇOIS GABART, PREMIER À FRANCHIR L'ÉQUATEUR SUR LA ROUTE DU RETOUR AUX SABLES D'OLONNE

par Sophie Greuil

PARIS (Reuters) - François Gabart, après avoir franchi l'Equateur "sans rien ressentir de spécial, sans voir de douaniers ou de ligne particulière", aborde la dernière ligne droite de son premier Vendée Globe avec sérénité et toujours en tête.

Le skipper de "Macif", qui a pu se reposer ces derniers jours, a pris mardi le temps de se livrer aux journalistes pour leur dire que "la terre était bien ronde" et surtout, qu'il voulait bien "arriver le premier aux Sables d'Olonne".

Le navigateur de 29 ans venait alors d'établir un nouveau record en passant l'Equateur en 66 jours, une heure et 39 minutes, soit cinq jours et 16 heures de moins que Michel Desjoyeaux il y a quatre ans.

Le record de cette course en solitaire, sans escale et sans assistance lui semble donc promis mais le tout jeune skipper, attendu en Vendée dans une dizaine de jours, ne perd ni les pédales, ni ses nerfs. Seulement la notion du temps.

"En partant, quand j'ai quitté l'Atlantique Nord, j'avais l'impression qu'il s'était écoulé trois mois et qu'il me faudrait encore trois mois pour boucler ce tour du monde", a-t-il dit.

"Aujourd'hui, comme les journées passent vite et les distances me paraissent moins grandes, j'ai l'impression d'avoir passé le Cap Horn avant-hier et que l'arrivée est après-demain", a dit le benjamin des douze solitaires encore en mer.

"JE SERAI PRÊT"

Premier à virer au Cap Leeuwin, puis au Cap Horn et donc à couper l'Equateur, François Gabart était ralenti mardi par des vents mollassons qui ont légèrement rogné son avance sur son premier poursuivant, Armel Le Cléac'h.

Celui qui a traversé pour la première fois l'Atlantique à l'âge de six ans, sur les genoux de son père, se voulait donc prudent, sans dissimuler une apparente sérénité.

"Aujourd'hui, il nous reste l'équivalent d'une transatlantique à faire. Donc, il y a un paquet de raisons et un paquet de milles pour qu'il se passe plein de choses", a-t-il rappelé.

"Mais je préfère ma position à celle d'Armel (Le Cléac'h, deuxième à 205 milles à 15h00 GMT)", a-t-il ajouté, se refusant à donner une estimation de sa date d'arrivée à bon port.

C'est que François Gabart, qui ne se plaçait même pas "parmi les trois favoris au départ", sait avoir à affronter encore le "Pot au noir", truffé de mauvaises surprises et qui dément souvent les fichiers météorologiques. Il sait aussi que l'anticyclone des Açores aime jouer des tours aux 60 pieds.

"Même si je suis super content d'être à ma place, la meilleure pour être le premier sur la ligne d'arrivée, je dois rester méfiant et vigilant", a-t-il souligné.

"Dans les jours à venir, si les écarts se réduisent, si je vois Armel revenir à cinq miles ou me doubler, je ne vais pas me prendre la tête. Quand il faudra cravacher ou transpirer, il faudra avoir les nerfs solides. Et je serai prêt."

RENTRER POUR MIEUX REPARTIR

En passe d'égaler Jules Verne en bouclant son tour du monde en 80 jours, il semble vivre éveillé son rêve de gosse, gagner cette course baptisée "L'Everest des mers".

"Depuis le départ, je n'ai jamais eu peur, je n'ai jamais eu de frayeurs au point de voir mon rêve virer au cauchemar. Là, en tête, je suis en plein dans mon rêve. Je sais que je peux gagner, que je suis le mieux placé pour", a-t-il dit.

"Certes, je commence à être impatient d'arriver. Si je pouvais arriver demain, j'arriverais demain. Savoir que je peux gagner me fait chaud au coeur donc m'apporte, au bon moment, de l'énergie."

Si la course lui plaît, François Gabart dit aussi, la voix claire, le ton posé et la pensée fluide, son impatience de retrouver sa vie de terrien.

"Je commence à manquer de choses simples, comme l'immobilité : m'asseoir sur une chaise ou un lit qui ne bougent pas, manger correctement, mettre des vêtements secs et propres", énumère-t-il.

"Et bien sûr, prendre mon fils dans les bras et faire un bisou à ma chérie", glisse le père d'Hugo, âgé de dix mois, qui serait pourtant prêt à reprendre presque aussi vite la mer.

"Aujourd'hui, je connais tellement bien mon bateau, ses détails, ses bruits, ses vibrations, ses recoins démontés et remontés que nous ne faisons qu'un. Au point que, si je devais repartir pour un Vendée Globe le 15 février, j'y serais prêt."

Edité par Gregory Blachier

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