Vendée Globe: François Gabart garde la tête froide

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FRANÇOIS GABART GARDE LA TÊTE FROIDE DANS LE VENDÉE GLOBE
FRANÇOIS GABART GARDE LA TÊTE FROIDE DANS LE VENDÉE GLOBE

par Sophie Greuil

PARIS (Reuters) - François Gabart, lancé dans son premier Vendée Globe à 29 ans et leader de la course, se "régale" dans ce tour du monde mené à un train qu'il sait exceptionnel et jure que rien n'est joué avant d'attaquer la remontée de l'Atlantique.

Premier à passer le Cap Horn, le 1er janvier, toujours en tête du classement général jeudi à 15h00 GMT avec 38 milles d'avance sur "Banque Populaire" d'Armel Le Cléac'h, le skipper de "Macif" a pris le temps de répondre par téléphone aux journalistes.

Calme et réfléchi, il est notamment revenu sur son choix d'une stratégie sage pour son premier passage du Cap Horn.

"Soit je prenais la route directe, j'allais plus vite, je mettais un caramel à Armel mais je risquais de tomber sur des glaçons ; soit je faisais le tour, je perdais du terrain par rapport à la route directe mais je naviguais en zone sèche, sans iceberg", a-t-il raconté.

"Je n'ai pas voulu prendre de risques. Et je me suis demandé si Armel allait les prendre. Quelque part, je me suis inquiété pour lui. Dans la tête, cela n'était pas facile à vivre", dit François Gabart, cap-hornier "dans une mer assez difficile."

A peine sorti de ces mers du Sud dantesques, le leader du Vendée Globe en gardait un souvenir magnifique. "Entre les portes des glaces, même si cela est chaud, nous nous sommes régalés", assure-t-il.

De loin, il ne semble pas surpris de la vitesse inédite de cette course qu'il est, justement, le premier à imprimer.

"Les bateaux sont préparés pour aller vite. Les hommes ont été préparés pour aller vite longtemps. Donc, je ne suis pas ni surpris ni impressionné par notre vitesse", observe-t-il.

"Dans quatre ans, cela ira encore plus vite. Et, dans huit encore plus. Même si, effectivement, je fais quelque chose d'exceptionnel, notre rythme et notre vitesse ne le sont pas. Pour y parvenir et le tenir, on en bave."

En 2008-2009, Michel Desjoyeaux avait gagné la course en 84 jours. Pour l'instant, la tête de la flotte est partie pour faire tomber ce record. Gabart est attendu aux Sables d'Olonne entre le 26 et le 28 janvier, donc après 80 jours environ.

LA TÊTE FROIDE

Pour la remontée de l'Atlantique, "où il faudra continuer à prendre les choses les unes après les autres", François Gabart s'attend à ce que la course reste serrée.

"L'Atlantique est un terrain de jeu bien plus grand que le Pacifique avec, en plus, des précisions bien meilleures. Récemment, on travaillait à l'échelle de quatre à six jours. Maintenant, ce sera de huit à dix jours", explique-t-il.

"Même si nous sommes sortis des mers du Sud, nous ne sommes pas encore sortis d'une navigation sportive et musclée. Il va falloir être vigilant parce que cela ne va pas être simple", dit-il à l'approche de vents soufflant entre 35 et 40 noeuds.

"Le bonhomme est en forme même si la fatigue s'accumule", ajoute-t-il, affirmant "bien gérer" l'effort. Il a pu se reposer ces deux derniers jours et réussit donc "à garder la tête froide" pour les trois ou quatre dernières semaines de course.

"L'Atlantique est capable de nous réserver quelques surprises. Dans ce sprint final, il peut se passer des milliers de choses."

PAS DE SANS-FAUTE

Alors qu'il n'avait jamais participé à ce tour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance, François Gabart suscite l'admiration des plus grands noms de la voile mais se défend de faire la course parfaite.

"Non, je n'ai pas fait un parcours sans faute. Depuis le début, j'en ai fait des fautes. Mais, sans doute, moins que les autres. Et, tant que j'en fais moins que les autres, ça va", note-t-il.

Il livre donc un duel inédit avec Armel Le Cléac'h, 35 ans et deuxième il y a quatre ans, que le benjamin des 12 solitaires encore en course n'est pas le dernier à applaudir.

"Un tel duel est génial aussi bien pour la course, pour nous, pour la voile et pour le public. J'en suis hyper content. Pour les compétiteurs que nous sommes, faire une régate dans une telle confrontation est un régal. Et il n'y a pas de raison que cela s'arrête", dit-il en espérant bagarrer jusqu'au bout.

"Si on arrive dans le Golfe de Gascogne en naviguant ainsi, à vue, la dernière ligne droite va être exceptionnelle. Alors, il faudra avoir les nerfs solides", prévient le Charentais réputé pour son sang-froid.

En attendant, il ne s'attarde pas sur les classements quotidiens. "Ma priorité est de naviguer, de faire ma route. Le classement, c'est juste quelques lignes sur un fichier Excel. Moi, je ne ressens pas l'effervescence comme à terre. Je ne lis pas la presse. Je suis dans ma course."

Edité par Gregory Blachier

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