Vendée Globe: Armel Le Cléac'h se battra "jusqu'au bout"

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ARMEL LE CLÉAC'H NE VEUT PAS S'AVOUER VAINCU
ARMEL LE CLÉAC'H NE VEUT PAS S'AVOUER VAINCU

par Sophie Greuil

PARIS (Reuters) - Armel Le Cléac'h comptait mardi après-midi 205 milles de retard, soit une demi-journée, sur le leader du Vendée Globe, François Gabart, mais refusait de s'avouer vaincu, à une dizaine de jours de l'arrivée.

Dans un entretien téléphonique à Reuters, le skipper de "Banque Populaire", 35 ans et déjà deuxième de la course autour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance il y a quatre ans, prévient que les dés ne sont pas encore jetés.

Reuters : Comment allez-vous sous les alizés du Brésil ?

Armel Le Cléac'h : Il fait beau mais trop chaud ! Comme il fait 30 degrés à l'extérieur et 36 à l'intérieur, enchaîner des siestes est difficile. Seule la nuit est propice à vraiment se reposer. Et le bonhomme commence aussi à être un peu usé.

Reuters : Ces derniers jours sont si durs ?

Armel Le Cléac'h : Pour l'instant, l'essentiel est de voir le bonhomme et le bateau en un seul morceau. Pas de bobos, ni pour l'un ni pour l'autre. Mais oui, je suis fatigué, surtout mentalement. Même si notre bagarre, avec François, a été superbe de bout en bout, elle nous a entraînés dans un marathon obligeant à se tirer en permanence sur la couenne. Et ce n'est pas fini !

Reuters : A quel moment ressentez-vous le plus cette fatigue mentale ?

Armel Le Cléac'h : Ah, quand il s'agit d'aller manoeuvrer, je fais moins le cabri ! Et au moment de mettre les muscles en route, je sens qu'ils respirent moins bien. Là, le besoin de repos commence à se faire sentir. En plus, la chaleur actuelle m'assomme, fait transpirer, empêche de dormir, donc entame encore un peu le bonhomme.

Reuters : Pensez-vous comme Jean-Pierre Dick (troisième à 656 milles mardi à 15h00 GMT) que les dés sont jetés ?

Armel Le Cléac'h : Absolument pas ! Nous sommes encore à quinze jours de l'arrivée et quinze jours de mer, c'est long ! Même si François a creusé un écart important, je me battrais jusqu'au bout. Et, par expérience, je sais que l'Equateur et l'Atlantique Nord sont loin d'être une partie de plaisir. En plus, dans quelques jours, une mer difficile nous attend. Donc je ne focalise absolument pas sur l'arrivée, sur cet horizon lointain. Non, je regarde au bout de mon étrave, pour gérer les évolutions météorologiques, heure par heure.

Reuters : Quand pensez-vous passer l'Equateur ?

Armel Le Cléac'h : Dans vingt-quatre heures, mercredi après-midi ! En ce moment, j'essaye de gratter des milles à François. Mais il va surtout me falloir bien anticiper le "Pot au noir". Les images satellites nous montrent le chemin, des ouvertures pour remonter vers l'anticyclone des Açores. Pour l'instant, l'évidence n'est pas de mise entre partir dans l'ouest ou prendre le chemin le plus court...

Reuters : Aujourd'hui, "Le Chacal", votre surnom, est en position...

Armel Le Cléac'h : De chasseur ! Donc je vais avoir l'avantage de pouvoir m'adapter. Et je suis aussi heureux de passer l'Equateur avec huit jours d'avance sur mon temps de passage d'il y a quatre ans. C'est bon pour le moral !

Reuters : Que vous dites-vous à cet instant ?

Armel Le Cléac'h : Malgré la fatigue, de ne pas craquer, de ne pas s'emballer, de tenir le rythme coûte que coûte jusqu'au bout. Les journées passent vite mais la fin de course est loin. Donc, il faut y croire jusqu'au bout.

Reuters : De quoi êtes-vous le plus satisfait après 66 jours de course ?

Armel Le Cléac'h : De mon passage dans les mers du Sud ! Il y a quatre ans, par inexpérience, j'avais levé le pied. Là, j'ai mis du charbon tout le temps. Résultat, je les ai franchies avec le bon rythme, le tempo juste. Et satisfait aussi, de ne pas avoir fait de grosse bêtise... ou alors je l'ai oubliée, donc c'est qu'elle ne devait pas être grave !

Reuters : Si vous étiez une petite souris, en ce moment, où aimeriez-vous être sur le bateau de François Gabart ?

Armel Le Cléac'h : Dans son ordinateur, pour voir quelle option météo, il va prendre à la porte de l'Atlantique Nord.

Edité par Gregory Blachier

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