Valls met en garde contre une victoire "possible" de Le Pen en 2017

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Manuel Valls fait un discours lors d'un forum économique organisé par le Sueddeutsche Zeitung à Berlin le 17 novembre 2016 ( AFP / John MACDOUGALL )
Manuel Valls fait un discours lors d'un forum économique organisé par le Sueddeutsche Zeitung à Berlin le 17 novembre 2016 ( AFP / John MACDOUGALL )

Manuel Valls a mis en garde jeudi à Berlin contre la victoire "possible" de Marine Le Pen à la présidentielle, quelques jours après le choc provoqué par celle de Donald Trump aux Etats-Unis, et en a profité pour se poser encore un peu plus en recours pour 2017.

Au terme d'un discours offensif à gauche sur la mondialisation et l'Europe, mûrement préparé à Matignon, le Premier ministre s'est dessiné de façon quasi transparente comme un meilleur candidat que François Hollande pour battre la présidente du Front national.

Marine Le Pen peut-elle l'emporter en 2017? interroge une personne dans l'auditoire du forum économique du Süddeutsche Zeitung. Oui, "c'est possible" répond M. Valls, disant cette fois clairement ce qu'il avait déjà laissé entendre sur la scène française.

Manuel Valls fait un discours lors d'un forum économique organisé par le journal allemand Sueddeutsche Zei
Manuel Valls fait un discours lors d'un forum économique organisé par le journal allemand Sueddeutsche Zeitung à l'Hôtel Adlon à Berlin le 17 novembre 2016 ( AFP / John MACDOUGALL )

"On s'intéresse et c'est normal à la primaire de la droite française, on attend ce qui va se passer pour la primaire du PS, mais on oublie l'essentiel: le danger que représente l'extrême droite", a-t-il averti devant son auditoire allemand. Il a toutefois assuré "ne pas tout confondre" en rappelant que Donald Trump avait pour lui le parti républicain, pilier historique de la vie politique américaine.

Interrogé sur ce que serait "le candidat idéal" pour battre la fille de Jean-Marie Le Pen, que tous les sondages placent au deuxième tour, Manuel Valls s'est permis de ne jamais citer le nom de François Hollande.

Décrivant ce candidat, il a dressé en creux son propre portrait: celui qui peut "préserver le modèle républicain", avec des valeurs "d'autorité, de sécurité, fermeté", mais également "générosité et solidarité".

L'allusion était si transparente que le Premier ministre a lui-même reconnu qu'aller plus loin en présence "de la presse française" risquait de lui valoir "des ennuis".

- 'Mondialisation au service du peuple' -

Le discours de Berlin visait à "répondre aux angoisses et aux colères des peuples" caractérisées par le phénomène Trump ou encore le Brexit, sans tomber "dans la facilité et encore moins dans la démagogie", selon le Premier ministre.

Semblant répondre aussi aux intentions de vote élevées sur sa gauche en faveur de l'ancien ministre de l'Economie Arnaud Montebourg ou de Jean-Luc Mélenchon, Manuel Valls a défendu "une mondialisation au service des peuples, au service du peuple".

Des migrants érythréens attendent d'être enregistrés à Erding, dans le sud de l'A
Des migrants érythréens attendent d'être enregistrés à Erding, dans le sud de l'Allemagne, le 15 novembre 2016 ( AFP / CHRISTOF STACHE )

Il a notamment appelé l'Europe à dire plus clairement "qui peut et ne peut pas entrer et rester sur notre sol", pour ne pas laisser cette question aux "populistes" dont "le but est de construire des murs".

En matière commerciale, il a réclamé que l'UE "sorte de l'innocence", refusant "de tout laisser faire" car "les peuples ne l'acceptent plus".

Un manifestant opposé aux accords de libre-échange TTIP et CETA à Bruxelles le 24 octobre 2016
Un manifestant opposé aux accords de libre-échange TTIP et CETA à Bruxelles le 24 octobre 2016 ( AFP/Archives / EMMANUEL DUNAND )

"Il n'est pas normal que quand les USA frappent un produit à 300%, l'Europe ne le fasse qu'à 20%", a-t-il lancé, jugeant encore "inacceptable" l'accord controversé de libre-échange transatlantique (TTIP ou Tafta) en cours de négociations entre l'UE et les Etats-Unis.

"Toute forme de dumping social et fiscal au sein de l’Europe est intolérable et sa suppression doit être aujourd’hui une priorité parmi les priorités", a-t-il réclamé, en critiquant à nouveau les "abus" du dispositif des travailleurs détachés.

A la veille d'un passage de François Hollande à Berlin dans le cadre de la tournée d'adieu de Barack Obama, le Premier ministre a à nouveau réclamé davantage de dépenses publiques à l'Allemagne pour relancer la croissance en Europe.

"Si l'Allemagne a attendu la France" pour mener des réformes économiques, la France désormais attend l'Allemagne" sur cette question, a-t-il lancé.

Manuel Valls lors d'un colloque économique organisé par le Sueddeutsche Zeitung à Berlin le 17 nove
Manuel Valls lors d'un colloque économique organisé par le Sueddeutsche Zeitung à Berlin le 17 novembre 2016 ( AFP / John MACDOUGALL )

Manuel Valls a également proposé que le couple franco-allemand fasse "converger" les deux principales économies européennes, prenant acte que l'Europe à 28 n'arrivait plus à avancer sur ces questions.

"La France et l’Allemagne doivent d’autant plus montrer l’exemple, en agissant d’abord à deux avant d’entraîner les autres", a-t-il proposé, citant par exemple l'impôt sur les sociétés ou le salaire minimum.

"Je veux mettre toute mon énergie – et j’en ai à revendre ! – pour qu’ensemble, Français et Allemands et tous les Européens, nous relevions l’Europe", dans une nouvelle allusion à ses ambitions.

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  • gmorell il y a 3 semaines

    il vient de donner, encore une fois, des dizaines de milliers de voix au FN, avec cette "mise en garde" ..Quand comprendront-ils ?

  • native il y a 3 semaines

    Si vous aviez recu vos promesses et maintenu le pouvoir d'achat du peuple on en serait pas la et maintenant vous nous demandez de faire attention au Front National !!! BravoVous n'aurez surtout pas mon bulletin de vote

  • NociSk il y a 3 semaines

    Suratca, nous avons peut être trop d'élus, comme nous avons peut être trop de communes (36 000) mais c'est là que notre analyse diverge: vous pensez que le problème est franco-français alors qu'à mon sens il prend sa source dans le carcan de l'UE. C'est Bruxelles le problème, pas la France. Pourtant il est évident qu'il faut la réformer, mais pas comme l'UE l'attend, comme le peuple français l'attend. Et pour cela il faut être souverain !

  • bearnhar il y a 3 semaines

    Les Anglais viennent de donner à leur troupe une liste de 200 passés à l'ennemi, à capturer ou à défaut abattre, et nous on fait quoi ? Voilà entre autres ce qui fait monter le FN. Alors Valls, fais ton travail et tais-toi.

  • bearnhar il y a 3 semaines

    Il ne nous l'aurai pas dit, nous ne nous en serions pas aperçus.

  • M7403983 il y a 3 semaines

    Ce Valls est un socialiste dans l'âme et le restera. Du balai dans moins de 6 mois.

  • nicog il y a 3 semaines

    Relève la France d'abord avant de relever l' Europe !

  • nicog il y a 3 semaines

    A part faire peuur et tester ses contradicteurs de demago populisstes et xenofobes il sait faire quoi ?

  • nicog il y a 3 semaines

    A quoi se résume la tactique de Valls? Faire peur et vos arguments sont démagogiques , populistes, xenophobes. Voilà le débat démocratique actuel selon Valls. Malgré cela il sera balayé.

  • SuRaCtA il y a 3 semaines

    NosiSk et vous coryez que nos 600 00 élus francais servent à quelque chose ? Combien on vraiment du pouvoir... Le pouvoir est dans les mains des énarques dans les cabinet minstériels et la haute fonction publique que le povoir soit de de gauche comme de droite se sont les même et ils ne sont pas élus pour tant... Bruxelles est une partie du problème, mais le coeur du problème est franco-francais !