Valls aux Pays-Bas pour amadouer les pourfendeurs des déficits

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VALLS AUX PAYS-BAS POUR AMADOUER LES POURFENDEURS DES DÉFICITS
VALLS AUX PAYS-BAS POUR AMADOUER LES POURFENDEURS DES DÉFICITS

par Julien Ponthus

LA HAYE (Reuters) - Manuel Valls a tenté vendredi de rassurer le patronat et le gouvernement néerlandais sur sa politique économique, notamment budgétaire, jugée laxiste il y a tout juste quinze jours par le ministre des Finances Jeroen Dijsselbloem.

"Je connais les interrogations, voire les critiques (...) qui peuvent être les vôtres sur la situation de la France", a commencé le Premier ministre devant le patronat néerlandais.

"La France a-t-elle vraiment la volonté de se réformer? Ne cherche-t-elle pas à échapper à ses responsabilités budgétaires? Mon gouvernement tourne le dos à toute solution de facilité."

"Mon gouvernement est pro-business pour dire les choses directement", a-t-il résumé, déclinant une fois de plus son "J'aime l'entreprise" lancé en août lors de l'université d'été du Medef et repris ensuite dans d'autres pays.

Après Milan, Madrid, Berlin et Londres, le Premier ministre français a tenté aux Pays-Bas de tordre le coup aux "clichés et caricatures" dépeignant une France incapable de se réformer en déroulant les trois priorités de son gouvernement.

"La France n'est pas l'homme malade de l'Europe", a-t-il déclaré plus tard en néerlandais en conférence de presse.

Renforcement de la compétitivité des entreprises avec les baisses de charges du pacte de responsabilité, réduction des dépenses publiques avec son plan de 50 milliards d'économies et réformes structurelles avec la loi sur la croissance préparée par le ministre de l'Economie Emmanuel Macron, Manuel Valls a fait le tour des grands chantiers de son gouvernement.

Il a aussi essayé de répondre au ressentiment envers la France, exacerbé par la grève des pilotes d'Air France il y a un mois. Le mouvement a été très sévèrement jugé aux Pays-Bas, inquiet de voir l'avenir de KLM, rachetée en 2004 par le groupe français, mis en péril par des employés français.

"Nous n'avons pas cédé", a dit Manuel Valls. "C'est la première fois que les pilotes ne gagnent pas une grève."

Le déplacement de Manuel Valls n'a cependant pas évité toute tension, notamment sur question des déficits français.

"CE SONT LES FRANÇAIS QUI DÉCIDENT"

Début octobre à Washington, le ministre néerlandais des Finances, qui est également président de l'Eurogroupe, déclarait à Reuters que la France était "loin de l'objectif" concernant son déficit budgétaire et qu'elle se devait de mettre en oeuvre des réformes structurelles plus ambitieuses.

"Ce n'est pas à lui de le dire. Il est président de l'Eurogroupe et n'est pas en charge du budget de la France", a déclaré le Premier ministre français dans un entretien accordé au journal libéral le quotidien néerlandais NRC Handelsblad.

"La France est membre de la zone euro, donc elle doit respecter les règles. Mais le Parlement français est souverain, ce sont les Français qui décident", a-t-il ajouté.

Les deux hommes se sont vus en tête à tête dans la soirée et dans une atmosphère plutôt détendue, selon la délégation française. Face à la presse, le chef du gouvernement néerlandais n'a pas désavoué son ministre mais s'est montré conciliant.

"Je dois dire qu'au cours de la dernière période la France a montré sa détermination quant aux réformes et également à réduire le déficit", a dit Mark Rutte, rappelant qu'il revenait à la Commission européenne de se prononcer.

Or ce déplacement de Manuel Valls à La Haye intervenait après une victoire politique sur la scène européenne avec la validation temporaire par Bruxelles du budget 2015 en dépit d'une prévision de déficit de 4,3% du Produit intérieur brut, bien au-delà des 3% prévus par les traités.

De nombreux pays européens y voient un traitement de faveur accordé à la France pour réduire "en douceur" son déficit.

C'est le cas aux Pays-Bas, qui ont mis en oeuvre un programme d'austérité très lourd et où la question des déficits publics français s'apparente à un sujet de politique intérieure, un peu comme le fut la question du sauvetage financier de la Grèce en Allemagne.

(Julien Ponthus, édité par Grégory Blachier)

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