Valérie Plagnol (CM-CIC) : « Plan Paulson ou pas, la crise sera longue »

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La nouvelle mouture du plan Paulson et la réaction des autorités européennes vont dans le bon sens mais la crise sera durable selon Valérie Plagnol, directeur de la stratégie chez CM-CIC Securities et membre du Conseil d’analyse économique (CAE).

Le vote au Sénat du plan Paulson remanié lève t-il beaucoup d’incertitudes selon vous avant le nouveau vote de la Chambre des représentants ?

Valérie Plagnol : Les deux mesures principales de la nouvelle mouture du plan adopté par le Sénat devraient faire basculer les Républicains récalcitrants de la Chambre des représentants avec d’une part, l’augmentation des garanties des dépôts, de 100.000 à 250.000 dollars et d’autre part, les baisses d’impôts d’environ 150 milliards accordées aux entreprises et aux ménages. Il est probable aussi que les membres de la Chambre des représentants aient pris conscience de la gravité des conséquences d’une non-adoption du plan notamment pour les petites entreprises qui souffriraient dramatiquement d’une contraction du crédit. Si la première version du plan a été présentée dans l’urgence, il est clair que certains membres de la Chambre des représentants ont privilégié leurs intérêts électoraux à court terme en le refusant, au détriment de l’intérêt général économique et financier.

Le spectre d’une crise systémique s’éloigne ?

V.P : Certes, les indices boursiers ont baissé mais nous ne sommes pas en état de désintégration. En revanche, le rally observé sur le marché obligataire, la grande volatilité des indices et le niveau des spreads sur le marché interbancaire et du crédit corporate témoignent d’une situation de crise très sérieuse. Plan Paulson ou pas, nous voyons bien cette semaine que les difficultés ne vont pas se résoudre instantanément.

Un plan Paulson européen aurait-il un sens alors que chaque pays a l’air d’agir dans son coin ?

V.P : Nous commençons à évoluer entre deux écueils : en faire trop ou pas assez. Il semblerait que l’idée d’un plan de garantie général ou la constitution d’une cagnotte de garantie des dépôts ne rencontre pas l’approbation de tous les pays européens, à commencer par le Royaume-Uni et l’Allemagne qui préfèrent recourir à des sauvetages au cas par cas. De son côté, l’Irlande a décidé de garantir l’ensemble des dépôts bancaires. Il faut renforcer la coordination entre pays européens mais choisir les outils adaptés pour ce qui n’est qu’une crise de confiance. Dans l’ensemble, les pays européens ont envoyé des signaux clairs et manifesté la volonté de ne pas laisser des établissements faire faillite. La réaction est forte, significative, à défaut d’être coordonné en amont.

L’économie américaine peut-elle tenir le coup ?

V.P : Nous avons déjà pris en compte dans notre scénario une récession américaine en fin d’année. Un quadruple choc touche les consommateurs outre-Atlantique. Ils subissent la tornade de la baisse des prix de l’immobilier, la contraction du crédit, la hausse des prix (pétrole en particulier) qui a affecté les revenus disponibles réels et maintenant la baisse de l’emploi. D’autant plus que le gel du marché interbancaire pénalise maintenant les opérations quotidiennes d’un certain nombre d’entreprises. Les taux de défaillances risquent de remonter, ce qui entraînera à nouveau une hausse du chômage.

Et l’Europe n’est guère mieux orientée ?

V.P : L’affaissement progressif des indices de confiance des directeurs d’achat en Europe est le signe que la dégradation de la conjoncture s’accélère en ce qui concerne les perspectives d’exportation et le marché intérieur. Certains pays sont pris dans la tourmente immobilière, l’Espagne en premier lieu mais aussi le Royaume-Uni et la France. Nous sommes potentiellement sur une récession technique en Allemagne. En France, nous n’en sommes pas très loin. Il n’y a guère d’amélioration à attendre d’ici la fin de l’année, si ce n’est un ralentissement de l’inflation résultant de l’affaiblissement de la conjoncture.

Jeudi, Jean-Claude Trichet a maintenu les taux directeurs de la BCE à 4,25% mais il a reconnu dans son discours que les risques inflationnistes avaient « diminué ». Croyez-vous à une baisse des taux d’ici la fin de l’année ?

V.P : Il y a bien un ralentissement de la distribution de crédit dans la zone euro et le pic d’inflation en zone euro est derrière nous. J’anticipe donc une baisse des taux d’ici la fin de l’année.

Ereintés par la crise financière, les marchés actions affichent des PER faibles mais est-ce déjà le bon moment pour revenir à l’achat ou faut-il encore rester à l’écart ?

V.P : Les marchés actions évoluent effectivement sur des multiples extrêmement faibles et des primes de risques élevées. Tout en restant très prudent et sélectif dans ses choix, il peut être judicieux de regarder les valeurs qui ont subi les dévalorisations les plus excessives même s’il n’y a pas de rebond spectaculaire à attendre dans l’immédiat.

Propos recueillis par Julien Gautier


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