USA2016-L'Amérique vote après une campagne d'une violence inédite

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    WASHINGTON, 7 novembre (Reuters) - Hillary Clinton et Donald 
Trump tirent leurs ultimes cartouches lundi avec des meetings 
prévus au long de la journée pour convaincre les derniers 
indécis dans une campagne présidentielle déroutante, d'une 
violence sans précédent et dont l'issue demeure très incertaine. 
    Si les enquêtes d'opinion donnent une courte avance, de 
trois à quatre points, à la candidate démocrate, Hillary Clinton 
sait qu'elle ne peut pas baisser la garde face à un Donald Trump 
qui a électrisé les débats et révélé par son style agressif une 
division profonde, et jusqu'alors sous-jacente, de la nation 
américaine. 
    Plusieurs dizaines de millions d'Américains ont déjà 
accompli leur devoir électoral en votant par anticipation comme 
cela est possible, mais l'équilibre des forces en présence 
interdit tout pronostic hâtif. 
    A quelques heures d'Election Day, le très sérieux site 
internet RealClearPolitics accordait 203 grands électeurs 
probables à Hillary Clinton, 164 à Donald Trump, et 171 voix en 
balance dans les "swing states", les Etats pivots qui changent 
de majorité au gré des élections aux Etats-Unis. 
    Pour être certain d'entrer à la Maison blanche et succéder à 
Barack Obama, il faut réunir 270 grands électeurs au moins. 
Comme cela avait été le cas en 2000 et en 2004 avec l'élection 
de George W. Bush, il est possible que le nom du vainqueur tarde 
à être connu mardi soir. 
    Les Etats de Floride, de Caroline du Nord, de Pennsylvanie, 
de l'Ohio, et peut-être même du Colorado, vont à nouveau peser 
d'un poids décisif dans cette élection où l'hystérie, les 
insultes et le manque de courtoisie ont servi de colonne 
vertébrale aux discours politiques. 
    Après huit années d'administration Obama, les Etats-Unis 
s'apprêtent à voter en étant profondément divisés. Le choix qui 
leur est proposé est celui de deux personnages mal aimés par 
l'opinion publique, et qui ont plus inspiré un sentiment de 
répulsion qu'un mouvement d'adhésion. 
     
    LE DUEL DES MAL AIMÉS 
    Pour Donald Trump, son adversaire démocrate est une 
personnalité "corrompue" qui devrait être en prison et incarne, 
à ses yeux, la dérive des élites de Washington, la collusion des 
intérêts privés servis par la mondialisation et le déclin d'une 
Amérique qui vivrait dans la nostalgie d'une grandeur perdue. 
    Pour Hillary Clinton, son rival républicain est un batteleur 
d'estrade, un amuseur public, ancienne star d'une émission de 
télé-réalité dont le tempérament sanguin, la paresse et la 
personnalité misogyne, homophobe, raciste et populiste le 
disqualifient pour devenir "commander in chief", l'homme le plus 
puissant du monde. 
    D'un côté, un homme d'affaires qui n'a jamais démontré qu'il 
possédait l'étoffe d'un président mais a cristallisé le 
ressentiment sourd d'une grande partie de la population 
américaine se considérant abandonnée par le pouvoir fédéral. 
    De l'autre, une femme compétente, au fait des dossiers, qui 
n'est jamais parvenue, elle, à se débarrasser de sa réputation 
de frondeuse, un rien arrogante, et cultivant un goût du secret 
peu compatible avec l'exigence d'une certaine transparence 
imposée à celui ou celle qui brigue la magistrature suprême. 
    L'affaire de la messagerie privée dont elle s'est servie 
lorsqu'elle dirigeait la diplomatie américaine l'a poursuivie 
jusqu'au dernier jour, le FBI venant confirmer dimanche qu'il 
n'y avait pas matière à engager des poursuites judiciaires. 
    L'intervention de l'agence fédérale dans une campagne 
présidentielle - ou plutôt son absence de réserve imposée par la 
tradition - a encore un peu plus brouillé les repères et fini de 
déboussoler des électeurs indécis. 
    Les engagements personnels de Barack et Michelle Obama, mais 
également ceux d'artistes hollywoodiens comme Robert De Niro ou 
Kirk Douglas, n'ont pas suffi à donner une bonne image de la 
candidate démocrate. 
    Ce sont deux visions radicalement opposées des Etats-Unis 
qui se sont opposées ces derniers mois sans qu'aucune ne 
l'emporte clairement ou ne fasse la démonstration de sa 
pertinence. 
     
    SUCCESSION DE REBONDISSEMENTS 
    Donald Trump a renoué avec le vieux démon de 
l'isolationnisme et la tentation que les Etats-Unis 
nourrissaient dans les années 1930 de vivre repliés sur 
eux-mêmes avant d'assumer une position hégémonique à la faveur 
de la Seconde Guerre mondiale. 
    Hillary Clinton a développé un programme tourné vers 
l'ouverture extérieure sans répondre complètement aux craintes 
exprimées face à une géopolitique toujours plus mouvante et 
complexe, et à des menaces multiples. 
    En raison de la personnalité de Donald Trump et dans une 
moindre mesure de celle d'Hillary Clinton, la présidentielle 
américaine a été suivie avec une attention accrue dans le monde 
occidental et au-delà. Le fait n'est pas nouveau mais il a pris 
une dimension inhabituelle cette année. 
    Ce lien entre la politique intérieure américaine et le monde 
extérieur a encore été renforcé par l'affaire du piratage dont a 
été victime le Parti démocrate et les révélations de WikiLeaks 
visant Hillary Clinton.  
    La communauté du renseignement américain a estimé que la 
Russie se trouvait derrière l'intrusion commise dans les 
serveurs du camp démocrate, accusation démentie par Moscou. 
Quant à l'organisation fondée par Julian Assange, elle s'est 
transformée de site de révélations en instrument de propagande 
avec la volonté affirmée d'influencer le résultat électoral. 
    Dans ce contexte de tension extrême, Wall Street a 
particulièrement mal réagi aux derniers jours et aux derniers 
rebondissements de la campagne.  
    La lettre par laquelle le directeur du FBI, James Comey, a 
annoncé il y a dix jours à des élus républicains son intention 
de rouvrir l'enquête sur les emails de Clinton a fait plonger la 
bourse américaine : neuf séances de baisse consécutives, du 
jamais vu depuis plus de trente-cinq ans.      
 
 (Rédaction de Washington, Pierre Sérisier pour le service 
français, édité par Gilles Trequesser) 
 
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