USA-Les républicains serrent les rangs, fourbissent leurs armes

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    par James Oliphant et Emily Stephenson 
    WASHINGTON/NEW YORK, 10 novembre (Reuters) - L'élection 
triomphale de Donald Trump à la Maison blanche a eu une 
conséquence tout aussi spectaculaire sur le Parti républicain, 
ressoudé en une nuit derrière le président élu alors qu'il était 
au bord de l'implosion. 
    Après avoir mis tous les bâtons possibles dans les roues du 
magnat de l'immobilier, le Grand Old Party est désormais le 
parti de Donald Trump. Pour le meilleur et pour le pire. 
    Pendant toute la campagne, les provocations, dérapages et 
propositions iconoclastes du milliardaire ont suscité de vives 
réactions de dirigeants républicains comme Jeb Bush, John Kasich 
ou Ted Cruz, tous trois candidats malheureux à la primaire du 
parti, ou encore de Paul Ryan, le président de la Chambre des 
représentants. 
    Mais tout semble oublié et pardonné, au moins pour le 
moment, maintenant que Donald Trump, qui n'a jamais détenu le 
moindre mandat électif, se prépare à entrer à la Maison blanche 
avec le soutien d'un Congrès totalement contrôlé par les 
républicains et un programme extrêmement conservateur. 
    "Le peuple américain s'est exprimé et il est temps de se 
rassembler", a réagi John Kasich sur son compte Twitter. 
    Le gouverneur de l'Ohio avait prévu de prononcer un discours 
cette semaine à Washington pour définir la nouvelle orientation 
du parti après la défaite attendue de Donald Trump. Le projet a 
été remisé sur les étagères. 
    Jeb Bush va "prier" pour le succès du nouveau président 
pendant que Ted Cruz, le dernier à lui avoir tenu tête pendant 
les primaires, a salué "une extraordinaire victoire pour les 
travailleurs américains". 
     
    "RIEN DE MIEUX POUR UNIFIER QU'UNE GRANDE VICTOIRE" 
    Même Paul Ryan, qui avait provoqué la fureur des partisans 
de Donald Trump en refusant de faire campagne pour lui, y est 
allé de ses louanges, estimant que les Américains lui ont donné 
mandat pour appliquer son programme, même s'il a été devancé par 
Hillary Clinton en nombre de voix à l'échelle du pays. 
    Si Donald Trump avait été battu, il ne fait guère de doute 
que Paul Ryan et Reince Priebus, le président du Comité national 
républicain, auraient vu leur autorité contestée. 
    Désormais, à la tête d'une Chambre des représentants restée 
dans le giron républicain, l'élu du Wisconsin sera probablement 
le principal allié du nouveau président. S'il est confirmé à son 
poste en janvier. 
    Quant à Reince Priebus, il se dit qu'il pourrait intégrer 
l'administration Trump, ce qui permettra à ce dernier de placer 
un homme de confiance aux commandes du parti. 
    Les grands donateurs républicains qui avaient boudé Donald 
Trump pendant la campagne se pressent aussi pour lui prêter 
allégeance. 
    "Il n'y a rien de mieux pour unifier qu'une grande victoire, 
et rien de plus efficace que contrôler la Maison blanche, le 
Sénat et la Chambre des représentants", commente le conseiller 
d'un grand donateur. 
    Le représentant Chris Collins, soutien de longue date de 
Donald Trump, estime que maintenant qu'ils ne vont plus avoir à 
s'opposer à Barack Obama, les républicains vont pouvoir faire 
taire leurs divisions. 
    "La grande différence, c'est que nous avons désormais tous 
les pouvoirs. Nous sommes tous sur la même ligne, à plus ou 
moins 10%, ce sont plus des nuances que des divisions", 
explique-t-il. 
     
    PROJET ALTERNATIF POUR LE MUR AVEC LE MEXIQUE 
    Donald Trump a déjà adopté l'essentiel du programme "A 
Better Way" (Une voie meilleure) péniblement élaboré par Paul 
Ryan ces dernières années, en revoyant notamment à la baisse ses 
ambitions en matière de réforme de la fiscalité. 
    Il a par exemple opté pour une tranche supérieure d'impôt 
sur le revenu à 33%, contre 39,6% actuellement, après avoir dans 
un premier temps proposé de l'abaisser à 25%, ce qui aurait eu 
pour effet de creuser les déficits budgétaires -- un repoussoir 
pour les républicains. 
    De même, si Donald Trump a fourni peu de détails sur son 
projet d'abrogation de l'Obamacare, la réforme du système de 
sécurité sociale emblématique du président sortant, ses 
conseillers confient qu'il s'inspirera très largement des 
propositions de la Chambre des représentants. 
    L'abrogation de l'Obamacare devrait intervenir peu après 
l'entrée de Donald Trump à la Maison blanche, le 20 janvier, a 
dit mercredi le chef de file républicain au Sénat, Mitch 
McConnell. 
    En revanche, le président élu a assuré qu'il ne reviendrait 
pas sur Medicare, le programme destiné aux plus pauvres, comme 
le souhaitent de nombreux républicains. 
    Parmi toutes les propositions parfois irréalistes que le 
magnat de l'immobilier a formulées pendant la campagne, les 
républicains vont rapidement trouver d'autres matières à 
discuter. 
    C'est le cas en particulier du mur que Donald Trump a promis 
de faire construire -- aux frais du Mexique -- le long des 3.200 
km de la frontière Sud du pays. 
    Mexico a déjà exclu de verser le moindre peso, et les 
grandes manoeuvres ont commencé à la Chambre des représentants 
pour soumettre à l'équipe de transition du président élu une 
solution moins coûteuse, expliquent des attachés parlementaires 
d'élus républicains. 
    Cette solution alternative prévoit l'érection de clôtures 
supplémentaires au lieu d'un véritable mur et l'augmentation du 
nombre de garde-frontières fédéraux. 
    Un porte-parole de Donald Trump n'a souhaité faire aucun 
commentaire sur le sujet. 
 
 (Avec Julia Edwards Ainsley et Michelle Conlin à Washington, 
Steve Holland à New York, Tangi Salaün pour le service français, 
édité par Gilles Trequesser) 
 
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