USA-La Fed veut en appeler à l'Etat pour soutenir la croissance

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    par Howard Schneider 
    JACKSON HOLE, Wyoming, 25 août (Reuters) - Les Etats-Unis 
doivent augmenter la dépense publique pour donner un nouvel élan 
à la croissance: tel est en substance le message que la Réserve 
fédérale adresse au monde politique à deux mois et demi de 
l'élection présidentielle, en soulignant que la politique 
monétaire ne peut à elle seule assurer cette tâche. 
    La Fed n'a pas d'influence directe sur la politique 
budgétaire et elle s'abstient par principe d'en discuter en 
détail. Entendre plusieurs de ses principaux responsables 
réclamer d'une même voix plus d'efforts à l'Etat pour relancer 
la croissance, la productivité et l'investissement constitue 
donc un message fort à l'adresse du prochain président et du 
Congrès issu du scrutin du 8 novembre. 
    La rencontre annuelle des banquiers centraux de Jackson 
Hole, dans le Wyoming, de jeudi à samedi, a pour thème le 
renforcement de la "boîte à outils" des banques centrales mais 
les responsables de l'institut d'émission américain pensent tous 
qu'il faut aller au-delà. 
    "La politique monétaire n'est pas bien équipée pour traiter 
des problèmes à long terme tels que le ralentissement de la 
croissance de la productivité", a déclaré dimanche Stanley 
Fischer, le vice-président de la Fed, estimant qu'il revenait à 
l'Etat d'investir plus dans les grands travaux et la formation. 
    De fait, l'investissement baisse aux Etats-Unis, les 
entreprises ne semblant pas désireuses de profiter de taux de 
financement ultra-bas. 
    En pourcentage du PIB, l'investissement des entreprises est 
depuis 2008 inférieur de près d'un point à sa moyenne de la 
décennie précédente, selon les statistiques officielles. 
(graphique: http://tmsnrt.rs/2bcisE2) 
    Des calculs de Reuters montrent que cela se traduit dans le 
PIB annuel par un déficit d'investissement d'un millier de 
milliards de dollars (886 millions d'euros) si l'on compare avec 
l'évolution qui aurait prévalu en cas de maintien de la tendance 
antérieure.  
     
    LES RACHATS D'ACTIONS PRÉFÉRÉS À L'INVESTISSEMENT 
    Et la situation ne semble pas en passe de s'améliorer: 
l'investissement en actifs immobilisés baisse depuis trois 
trimestres d'affilée en pourcentage du PIB.  
    Les entreprises rachètent des titres à tour de bras, pour un 
montant sans précédent de l'ordre de 500 milliards de dollars 
par an, et thésaurisent même si les conditions de financement 
sont a priori favorables à l'investissement sur le long terme. 
    Pour Steven A. Sharpe et Gustavo Suarez, deux économistes de 
la Fed, ce comportement peut s'expliquer par le fait que les 
chefs d'entreprise s'intéressent peu aux taux d'intérêt 
lorsqu'ils décident d'investir et qu'ils n'ajustent pas les taux 
de retour attendus à un nouveau monde de faible croissance. 
    Leur travail montre que le taux de retour interne nécessaire 
pour justifier l'investissement "tourne autour de 15% depuis des 
décennies" et n'a guère évolué même si les taux d'intérêt ont 
chuté de par le monde.  
    Un tel objectif se justifie en période de forte croissance 
mais il n'est peut-être plus pertinent lorsque la croissance est 
molle et que les taux sont très bas, comme c'est le cas 
actuellement, et il contribue à freiner l'investissement, 
arguent les deux économistes. 
    Cet état de fait remet en question une notion fondamentale 
de la politique monétaire voulant que des taux courts bas dopent 
l'investissement en rendant les rendements longs plus 
attrayants. 
    Le symposium de Jackson Hole sera sans doute l'occasion de 
faire le point sur plusieurs solutions non-conventionnelles 
avancées pour rompre le cycle de demande atone, d'investissement 
faible et de croissance basse qui a suivi la récession de 
2007-2009. 
    Dans ce domaine, l'Europe et le Japon pratiquent déjà des 
taux négatifs, et certains débattent d'idées telles que la 
fixation d'objectifs de PIB ou l'émission de "monnaie 
hélicoptère" pour relancer la demande et l'inflation. 
     
    CONSENSUS CLINTON-TRUMP SUR LES DÉPENSES PUBLIQUES 
    Le Japon, qui accumule des déficits budgétaires énormes 
depuis 2009, a déjà annoncé un plan de relance tandis que la 
Grande-Bretagne s'interroge sur l'opportunité de nouvelles 
mesures budgétaires à la suite du vote favorable au Brexit.   
    Pour les Etats-Unis, la relance de l'investissement public 
dans les infrastructures est l'un des rares points sur lesquels 
s'entendent les deux grands candidats à la présidentielle: la 
démocrate Hillary Clinton propose d'y consacrer 275 milliards de 
dollars et le républicain Donald Trump se dit prêt à un effort 
deux fois supérieur. Pour autant, cette piste reste loin de 
faire l'unanimité.  
    "La politique économique doit encourager l'investissement 
privé; pourtant, il est frappant de constater que la plupart des 
universitaires et des responsables monétaires réclament un 
nouveau et important plan de dépenses publiques", observe 
l'ex-gouverneur de la Fed Kevin Marsh.  
    Mais l'idée générale du moment est que l'investissement 
privé restera en veilleuse tant qu'il ne sera pas évident que la 
croissance s'accélère.  
    Bill Lutz, directeur financier d'Advanced Technology 
Services, explique que la faiblesse du taux d'utilisation des 
capacités industrielles et les doutes entourant la croissance et 
la demande freinent l'investissement privé s'il n'est pas 
nécessaire au maintien de la production ou s'il ne garantit pas 
des économies. 
    "On trouve les moyens de le financer s'il est réel et 
stratégique", dit-il. "Le fait que le taux d'intérêt soit un 
point plus haut ou plus bas n'a qu'une importance mineure".    
      
 
 (Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par) 
 
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