USA-Finances tendues pour Ferguson un an après les émeutes

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par Fiona Ortiz 6 août (Reuters) - Un an après les violences déclenchées par la mort d'un jeune noir de 18 ans tué par un policier blanc alors qu'il n'était pas armé, la ville de Ferguson, dans le Missouri, devenue le symbole des inégalités aux États-Unis, doit gérer le contrecoup financier des événements. Plusieurs commerces et entreprises qui ont été pillés ou saccagés en ce début d'août 2014 ont disparu, soit autant d'impôts qui ne rentrent plus dans les caisses de la commune tandis que de l'autre côté, ses coûts, comme le paiement des heures supplémentaires des policiers, sont à la hausse. Pour les 21.000 habitants, noirs en majorité, la situation reste difficile. Les tensions économiques se font sentir dans une ville qui, même avant les manifestations, ne s'était jamais totalement remise de la crise financière de 2008. "Les gens ont vu les images d'une ville hors de contrôle", commente Brian Fletcher, membre du conseil municipal. Il préside aussi un comité qui a levé des fonds pour les entreprises touchées par les émeutes qui ont suivi la mort de Michael Brown le 9 août 2014. "Cela a été très difficile pour l'image de Ferguson l'année qui vient de s'écouler. Cela a fait des dégâts économiques", dit-il. Avec un budget annuel de fonctionnement de 14 millions de dollars (13 millions d'euros), Ferguson anticipe un déficit de 3,2 millions de dollars pour l'année fiscale 2015-2016 qui se terminera en juin 2016, contre trois millions pour l'année qui vient de s'écouler et un million il y a deux ans. "Nous ne pourrons rester en déficit pour toujours. Il se pourrait que nous ayons à licencier des employés", affirme Brian Fletcher. La police pourrait être touchée, la sécurité publique représentant environ 60% des dépenses. Les effectifs ont déjà été ramenés à 50 policiers au lieu des 54 budgétisé, ce qui a permis quelques économies, mais le paiement des heures supplémentaires sur les derniers mois de 2014 a dépassé de 222.000 dollars le budget prévu. Par ailleurs, 500.000 dollars ont été consacrés à la réorganisation de la police. En outre, Ferguson a dû entamer des discussions avec le département de la Justice sur des réformes de fond qui pourraient coûter plusieurs millions, après la publication d'un rapport très sévère de ses services au printemps dernier. GARDER ESPOIR Il y est dit que les policiers, presque tous des blancs, s'en prennent régulièrement aux noirs. Les policiers y sont décrits comme procédant à des arrestations illégales et faisant un usage excessif de la force. Les données du procureur général de l'Etat depuis l'année 2000 montrent que la police de Ferguson effectue des contrôles d'automobilistes et motocyclistes noirs plus que sur les blancs. En 2014, 82% des arrêts de véhicules pour contrôle de papiers concernaient des noirs, qui représentent 63% de la population, tandis que les arrestations de noirs après des contrôles de véhicules étaient trois fois supérieures à celles des blancs. Neuf mois après la mort de Michael Brown, l'Etat du Missouri a voté une loi considérée comme la réponse aux manifestations en ce qu'elle plafonne le montant des sommes que les municipalités peuvent percevoir des contraventions et des amendes. Certains y ont vu le début d'un long chemin vers plus de justice, mais ce plafonnement, combiné à un moratoire sur les amendes pour passage au feu rouge, a entraîné une forte baisse des recettes tirées des infractions liées à la circulation. Elles ne devraient rapporter qu'un million de dollars dans le budget 2015-2016, soit environ la moitié du niveau d'il y a deux ans. Pour l'heure, la municipalité comble son déficit en prélevant sur ses réserves, qui devraient avoir baissé des deux tiers par rapport à avant la mort de Michael Brown, pour tomber à 2,7 millions de dollars. Pour compenser la baisse des recettes, les élus parient sur le développement économique pour faire rentrer plus d'impôts. Un fonds d'aide aux petites entreprises créé par un groupe de banques, la chambre de commerce régionale de St. Louis et l'Etat du Missouri, ont permis de consentir 735.000 dollars de prêts à taux zéro à 73 entreprises qui ont perdu des affaires ou ont subi des dégâts durant les troubles de l'été dernier. "Les entreprises gardent espoir; c'est pourquoi elles sont toujours là", souligne Erica Henderson, représentante pour Ferguson du St. Louis Economic Development Partnership. Elle faisait tout particulièrement allusion aux commerces du quartier de la rue West Florissant, particulièrement touchés, qui ont dû avoir recours à l'emprunt et aux subventions pour rester ouverts après les manifestations d'août dernier. "Mais ils ressentent toujours les conséquences", ajoute Erica Henderson. "Les gens traversent en voiture si c'était un sanctuaire. Les conducteurs ne descendent pas de leur voiture pour aller dépenser leur argent". (Carey Gillam et Edward McAllister; Danielle Rouquié pour le service français)

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