USA/Fed-Yellen, adepte du consensus, devra envoyer un signal fort

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par Ann Saphir SAN FRANCISCO, 26 octobre (Reuters) - Janet Yellen, réputée pour ses qualités d'écoute, risque de devoir durcir le ton à la Réserve fédérale cette semaine si elle veut garder en vie l'hypothèse d'une hausse des taux en décembre. Le style consensuel de la présidente de la Fed a été mis à l'épreuve par deux gouverneurs qui, en public, ont semblé se démarquer de son point de vue, partagé par le vice-président Stanley Fischer, selon lequel la banque centrale devra probablement commencer à relever ses taux directeurs en décembre pour la première fois depuis 2006. Les gouverneurs sont des membres permanents du comité de politique monétaire (Fomc) qui en général votent comme le "chairman" et, en tout état de cause, s'abstiennent de le contredire en public. Mais tant Lael Brainard que Daniel Tarullo, s'exprimant peu après Yellen et Fischer il y a quelques semaines, ont énuméré une liste de risques pour la croissance qui, en creux, disait leur souhait de patienter encore avant de normaliser la politique monétaire. ID:nL8N12D4OW La plupart des autres votants du Fomc, à l'exception notable du président de la Fed de Chicago, ont laissé entendre qu'ils étaient favorables à un premier relèvement des taux cette année. A ce stade, l'arithmétique suggère que Yellen pourrait devoir affronter jusqu'à trois voix dissidentes si elle tranche en faveur d'un resserrement en décembre. S'il arrive que des présidents d'antennes régionales de la Fed votent contre la proposition du "chairman", aucun gouverneur du Board ne l'a fait depuis 2005. En revanche, tous les responsables de la Fed s'accordent sur le fait que le cycle de hausse des taux, lorsqu'il commencera enfin, ne sera que très progressif. Plus troublant pour Yellen que ces quelques voix dissonantes est peut-être le fait qu'une écrasante majorité d'investisseurs ne croit plus à une hausse de taux cette année : les différentes enquêtes montrent qu'ils n'attendent pas de resserrement avant mars 2016 au plus tôt. Les futures sur les fed funds montrent de leur côté une possibilité de 39% d'une hausse de taux en décembre. UN COMMUNIQUÉ PLUS TRANCHANT La Fed ayant toujours dit qu'une hausse de taux, quand elle viendrait, n'arriverait pas comme une surprise pour les marchés, il lui incombe de faire bouger les anticipations rapidement, idéalement dès la réunion de mardi et mercredi, si elle veut éviter de déstabiliser la planète finance quand sa décision tombera. "Il est urgent pour le comité (le Fomc) de communiquer plus clairement sur sa stratégie", déclare Andrew Levin, ancien conseiller de Janet Yellen. Une porte-parole de la Fed n'a pas souhaité faire de commentaire. Le style de la présidente contraste avec celui de ses prédécesseurs, notamment Alan Greenspan qui énonçait le résultat des réunions monétaires lorsqu'elles débutaient, voire avant. Dans les jours précédant chaque réunion, Janet Yellen prend le temps de s'entretenir, de visu ou au téléphone, avec chacun des 16 autres membres du comité de politique monétaire, montrent ses agendas. Cette recherche du consensus lui a permis de s'assurer la loyauté de ses pairs. "Faucon" réputé, le président de la Fed de Richmond Jeffrey Lacker s'est ainsi longtemps rangé derrière la présidente pour estimer qu'il fallait patienter jusqu'à ce que s'éclaircisse la situation de l'inflation : il ne s'en est démarqué qu'à la réunion du mois dernier. Pour Andrew Levin, le communiqué publié mercredi par la Fed devra être plus tranchant, en déclarant par exemple que seule une détérioration de l'économie pourrait remettre en cause la perspective d'un resserrement en décembre. La Fed pourrait aussi adoucir, voire supprimer, la mention sur les risques de ralentissement de l'économie mondiale qui l'avaient dissuadée d'agir le mois dernier. "Mais quelle que soit la voie choisie, il y aura des voix dissidentes au Fomc", avertit l'ex-conseiller de Yellen. Le taux de chômage se maintient à un niveau proche de 5% mais l'inflation est inhabituellement basse et la Fed a une position inconfortable en étant seule à envisager un durcissement de sa politique monétaire quand l'Europe, la Chine et le Japon assouplissent la leur. La recherche d'un consensus s'en trouve évidemment compliquée. "La décision sera difficile à prendre, ce sera à la présidente de trouver et de guider le centre de gravité", déclare Don Kohn, ancien vice-président de la Fed. (Véronique Tison pour le service français)

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  • am013 le lundi 26 oct 2015 à 16:54

    Vieille chouette....il faut remonter les taux sinon gare gare