USA-Donald Trump face au risque des conflits d'intérêts

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    par Tom Bergin 
    LONDRES, 22 novembre (Reuters) - La rhétorique 
isolationniste servie par Donald Trump à ses électeurs lors de 
la campagne présidentielle américaine pourrait ne pas faire bon 
ménage avec les revenus financiers et immobiliers qu'il tire 
d'investissements à l'étranger. 
    Cette contradiction entre un discours favorable à un repli 
de l'Amérique sur elle-même et des activités dans des pays aussi 
différents que l'Ecosse, l'Inde, Dubaï, l'Azerbaïdjan, le 
Brésil, Panama et l'Indonésie pourrait rapidement conduire à des 
conflits d'intérêts. 
    Les gouvernements des pays dans lesquels la famille Trump a 
investi pourraient chercher à influencer la politique et les 
décisions de l'homme d'affaires une fois qu'il aura prêté 
serment en tant que 45e président des Etats-Unis. 
    Pour l'instant, l'équipe de transition qu'est en train de 
constituer le président élu refuse de s'exprimer sur cette 
question sensible. 
    Au cours d'une période de seize mois courant jusqu'en mai 
dernier, Trump a gagné 23 millions de dollars simplement en 
octroyant des franchises à son nom à des investisseurs dans des 
pays émergents, indique l'Office américain d'éthique 
gouvernementale. 
    "Les contrats de franchise sont les meilleurs de tous car 
ils ne présentent aucun risque", expliquait Donald Trump dans un 
entretien accordé à Reuters en juin. "J'ai 121 contrats 
actuellement, 121 partout dans le monde, en Chine, en 
Indonésie". 
    Pour désamorcer les critiques, Donald Trump a dit qu'il 
céderait la direction de son empire à ses enfants. 
    Pourtant, lorsqu'il a rencontré ses partenaires commerciaux 
indiens la semaine dernière, des voix se sont élevées pour 
rappeler qu'il n'existait pas de séparation rigoureuse entre 
Donald Trump, futur président, et Donald Trump, patron d'une 
multinationale. 
    La Trump Organization, qui regroupe ses activités 
commerciales, a promis qu'une structure allait être mise en 
place pour être en conformité avec "toutes les lois et tous les 
règlements applicables". Celle-ci pourrait prendre la forme d'un 
"blind trust", une société financière créée pour la durée de son 
mandat qui lui permettrait de conserver ses intérêts économiques 
sans qu'il puisse intervenir dans la gestion. 
    "Je suis totalement convaincue qu'il n'enfreint aucune loi", 
a commenté sa conseillère Kellyanne Conway. 
     
    "DIFFICILE DE NE PAS TENIR COMPTE" DE LA PERSONNALITÉ 
    Si Trump mettait en application certaines de ses promesses 
de campagne, comme l'interdiction du territoire américain aux 
musulmans, la répercussion serait immédiate sur ses 
investissements au Moyen-Orient et en Asie. Même chose s'il 
instaurait un registre national des musulmans. 
    "Si le registre des musulmans était créé, il aurait de 
sérieux problèmes pour trouver des partenaires musulmans 
locaux", explique Koen Pauwels, professeur spécialiste du 
marketing à l'Université d'Ozyegin à Istanbul. 
    Ses déclarations incendiaires contre les musulmans lui ont 
déjà valu des ennuis lorsqu'en décembre 2015, une grande chaîne 
de magasins installée dans plusieurs pays du Moyen-Orient a 
interdit la vente de produits à la marque Trump tels que des 
lampes, des miroirs et des boîtes à bijoux. 
    En Ecosse, au nord d'Aberdeen, c'est son projet immobilier 
prévoyant la création de résidences de luxe autour d'un parcours 
de golf qui pourrait être contrarié par ses déclarations, comme 
l'explique l'élue locale écossaise Isobel Davidson, qui siège à 
la commission chargée de statuer sur les demandes 
d'autorisations du projet. 
    "Les membres de la commission ne sont pas censés prendre en 
compte la personnalité du candidat mais parfois c'est difficile 
de ne pas en tenir compte", note-t-elle. 
    Trump a promis d'investir 1,5 milliard de livres sterling 
(1,76 milliard d'euros) dans cet projet, qui créerait selon lui 
1.200 emplois permanents et 6.000 au total sur dix ans. 
    Seul problème, la création d'un parc marin d'éoliennes a été 
décidée, initiative à laquelle Trump s'oppose car cela gâcherait 
la vue de son complexe résidentiel en bord de mer.  
    Lors de sa récente entrevue avec Nigel Farage, chef de file 
du Parti de l'indépendance du Royaume-Uni (UKIP), Donald Trump a 
demandé à ce dernier de faire son possible pour empêcher 
l'aboutissement du projet d'éoliennes. 
    Dernier pays sensible, la Chine, à laquelle le futur chef de 
l'Etat entend appliquer des barrières douanières afin de 
protéger la production américaine. 
    Une telle initiative et la menace des intérêts économiques 
chinois pourraient inciter les entreprises locales à cesser 
toute négociation et à refuser tout accord avec la Trump 
Organization. 
     
 
 (Pierre Sérisier pour le service français, édité par Marc 
Angrand) 
 
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