USA/A Ferguson, la mort d'un jeune noir peut rebattre les cartes

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par Alistair Bell FERGUSON, Missouri, 4 novembre (Reuters) - En redistribuant les cartes politiques locales, le meurtre de Michael Brown, un adolescent noir tué par un policier blanc cet été à Ferguson, dans le Missouri, pourrait faire basculer dans le camp républicain la communauté urbaine de St Louis pour la première fois depuis les années 1980. La mort de l'adolescent, début août, a provoqué plusieurs nuits d'émeutes et ravivé le débat autour de la question raciale et des discriminations policières. A Ferguson, petite ville de 23.000 habitants située dans la grande banlieue de St Louis, ses répercussions politiques pourraient se concrétiser dès mardi, à l'occasion du renouvellement de la communauté urbaine du comté. A rebours des affiliations partisanes classiques, une dizaine de représentants locaux de la communauté afro-américaine se sont ralliés au candidat du Parti républicain, Rick Stream. Ils reprochent au démocrate Steve Stenger son soutien au procureur local Robert McCulloch, qu'ils jugent trop favorable aux forces de police de Ferguson. Les derniers sondages donnent les deux candidats, tous deux blancs, au coude à coude alors que ce scrutin local aurait dû être une formalité pour le Parti démocrate, qui l'emporte généralement avec dix points d'avance. La communauté urbaine du comté de St Louis est constituée d'un ensemble de villes de la périphérie qui compte au total un million d'habitants, dont 25% de Noirs. Se saisissant de l'un des griefs principaux de la communauté afro-américaine, le républicain Rick Stream a promis d'oeuvrer en faveur de la diversité. A Ferguson, où les deux tiers des 21.000 habitants sont noirs, la police locale ne compte que trois Noirs dans ses rangs, sur un effectif de 53 agents. "Au sein de mon administration et dans les conseils d'administration et commissions dont j'aurai le contrôle, il y aura 25% d'Afro-Américains", a-t-il affirmé en meeting de campagne dimanche dans une église noire proche de Ferguson. Stream, 65 ans, a ajouté qu'enfant, il avait été influencé par le célèbre discours prononcé en 1963 par le pasteur Martin Luther King, figure du combat pour les droits civiques, "I have a dream", et a dit avoir prié pour la famille de Michael Brown. Les électeurs afro-américains votent traditionnellement peu aux élections locales - aux dernières municipales à Ferguson, en 2013, la participation n'a pas atteint les 12%. Mais les républicains espèrent qu'en récupérant une fraction seulement de ce vote noir, ils feront basculer tout le secteur. "Il nous faut seulement cinq points de plus, quelle que soit la participation", note Ted Hoskins, maire noir de la ville voisine de Berkeley et partisan de Stream. "Ce que nous voulons, c'est que les Afro-Américains se disent qui si ça ne marche pas avec les démocrates, ça ne peut pas être pire avec nous." Côté démocrate, outre la défection de ce groupe de chefs de file de la communauté noire, il a fallu aussi panser les plaies d'une primaire tendue qui a vu Steve Stenger, le challenger blanc, l'emporter sur le sortant, Charlie Dooley, élu noir. "Le comté de St Louis est majoritairement démocrate, mais après la mort de Mike Brown, les jeux sont ouverts", note le politologue David Kimball, de l'University of Missouri-St Louis. RENVOI Pour retrouver l'AVANT-PAPIER sur les élections de mi-mandat, double-cliquer sur ID:nL6N0ST3I2 Pour un ENCADRE sur le Sénat, principal enjeu national: ID:nL5N0SP2QB (Henri-Pierre André pour le service français; édité par Pierre Sérisier)

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