USA 2016-Trump se maintient à flot, sans rassurer les républicains

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    par James Oliphant 
    WASHINGTON, 10 octobre (Reuters) - Donald Trump, dont la 
campagne menaçait de prendre l'eau de toutes parts, est parvenu 
à se maintenir à flot lors du débat qui l'opposait dimanche soir 
à Hillary Clinton, ce qui ne devrait pas arranger les affaires 
des républicains qui envisageaient de ne plus le soutenir dans 
la course à la Maison blanche.  
    Eût-il implosé, le flot des députés et dignitaires du parti 
qui l'avaient abandonné au cours du week-end, après la 
divulgation de propos grossiers et machistes qu'il avait tenus 
en 2005, se serait sans doute transformé en raz-de-marée.  
    Mais cela ne s'est pas produit et le Grand Old Party, 
déchiré depuis des mois par la candidature Trump, a replongé 
dans un dilemme familier: lâcher publiquement un candidat 
affaibli qui pourrait mettre en danger la majorité républicaine 
au Congrès, ou continuer à le soutenir avec l'infime espoir 
qu'il parvienne à être élu président le 8 novembre prochain. 
    L'homme d'affaires new-yorkais s'est montré plus pugnace que 
lors du premier duel télévisé contre sa rivale démocrate à la 
fin septembre, l'attaquant sur son utilisation d'une messagerie 
privée lorsqu'elle était secrétaire d'Etat ou ressortant des 
cartons les vieilles accusations d'inconduite sexuelle à 
l'encontre de son époux Bill Clinton.   
    Ces piques ont certainement ravi les bruyants partisans du 
milliardaire qui envahissent ses salles de meeting à travers le 
pays depuis plus d'un an, mais sans doute aussi peu convaincu 
les électeurs modérés des Etats décisifs où l'homme d'affaires 
doit l'emporter s'il veut accéder à la Maison blanche.  
     
    TOUS LES COUPS SONT PERMIS 
    "Sa façon d'attaquer Hillary en se disant que tous les coups 
sont permis est ce que les conservateurs attendent d'un candidat 
depuis la présidence de Bill Clinton", estime Craig Robinson, 
ancien directeur politique du Parti républicain de l'Iowa. "La 
base républicaine et les débats radiophoniques vont adorer ça." 
    Reste que le parti présente un candidat avec de lourds 
handicaps, particulièrement avec les femmes, les diplômés et les 
électeurs des périphéries des grandes villes. D'après une 
récente enquête Reuters/Ipsos, 20% des électeurs américains 
n'ont toujours pas choisi pour qui voter le 8 novembre, et 60% 
d'entre eux sont des femmes.  
    Un sondage effectué par CNN juste après le débat de dimanche 
auprès d'un panel de téléspectateurs peut encore donner aux 
républicains des raisons de s'inquiéter, puisque la candidate 
démocrate a été désignée gagnante de la confrontation par 57% 
contre 34% pour Trump.  
    La controverse sur la vidéo de 2005 a conduit des dizaines 
d'élus du Congrès à dénoncer les propos du milliardaire, 
plongeant le Parti républicain dans sa plus grave crise depuis 
la démission du président Richard Nixon en 1974.  
    La House Republican Conference, une instance regroupant les 
près de 250 élus républicains à la Chambre des représentants, 
qui sera également renouvelée le 8 novembre, de même qu'un tiers 
du Sénat, devait se réunir lundi pour discuter de la campagne 
électorale. 
    Trente-quatre des quarante élus républicains dont le siège 
paraît menacé lors des élections ont condamné les propos tenus 
par Trump en 2005, même s'ils ne sont que trois à avoir appelé 
l'homme d'affaires à renoncer à sa candidature.  
     
    "NOUS NOUS ADRESSONS DIRECTEMENT AUX ÉLECTEURS" 
    Kellyanne Conway, la directrice de campagne de Trump, a fait 
savoir qu'elle serait ravie que ces élus réaffirment leur 
soutien à son candidat, tout en soulignant que ce dernier ne 
ferait pas le premier pas.  
    "Nous serons heureux d'obtenir leur soutien mais vous savez 
quoi? Nous avons le soutien de beaucoup de leurs électeurs", 
a-t-elle dit sur MSNBC. "Nous nous adressons directement aux 
électeurs." 
    Depuis la publication de la vidéo, le Comité national 
républicain (RNC), l'instance dirigeante du parti, n'a donné 
aucune consigne à ses responsables locaux sur la manière de 
gérer cette polémique. "Il n'y a eu aucun mail, aucun coup de 
téléphone ni quoi que ce soit", a déclaré un responsable du RNC 
souhaitant rester anonyme.  
    La controverse a toutefois relancé l'idée défendue par 
certains de consacrer moins d'argent à la campagne de Trump et 
davantage aux candidats à la Chambre ou au Sénat dont le siège 
serait menacé par les propos du milliardaire.  
    Une autre préoccupation taraude les responsables du GOP: que 
l'impopularité de Trump puisse conduire des électeurs 
républicains à s'abstenir le jour de l'élection.  
    Face à ces interrogations, Donald Trump s'est efforcé 
dimanche de rallier la base du parti en multipliant les 
provocations à l'égard de Clinton, espérant que les médias s'en 
empareront pour faire oublier l'épisode de ce qu'il a nommé une 
"conversation de vestiaire".  
    Il a durement critiqué la politique menée par Hillary 
Clinton à la tête du département d'Etat (2009-2013) et affirmé 
qu'elle irait en prison pour l'affaire de sa messagerie privée 
s'il était élu à la présidence, sans doute dans l'espoir que 
cette nouvelle polémique occupe les médias pendant quelques 
temps.  
    Donald Trump a ainsi réussi à éviter de voir sombrer 
définitivement sa campagne, mais sans lever les inquiétudes.  
 
 (Jean-Stéphane Brosse pour le service français, édité par Tangi 
Salaün) 
 
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