USA 2016-Trump plonge le GOP dans le chaos avant les primaires

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    * Le milliardaire bouleverse les règles traditionnelles 
    * Les élites républicaines s'inquiètent d'une fracture avec 
la base 
    * La coalition conservatrice reaganienne menace d'imploser 
    * Trump éclipse le dernier débat en refusant d'y participer 
 
    par James Oliphant 
    DES MOINES, Iowa, 29 janvier (Reuters) - Depuis qu'il a 
annoncé qu'il briguait l'investiture républicaine en juin 
dernier, Donald Trump n'a cessé de faire cavalier seul, de 
snober ses rivaux et de multiplier les prises de position qui 
ont plongé le Grand Old Party dans un état de profonde confusion 
à la veille des caucus de l'Iowa qui donneront lundi le coup 
d'envoi des primaires. 
    Le magnat de l'immobilier, qui a un temps menacé de se 
présenter en tant qu'indépendant s'il ne bénéficiait pas d'un 
traitement équitable, a défié toutes les conventions politiques 
et toutes les lois qui régissent d'ordinaire une campagne 
présidentielle. 
    Outre ses remarques machistes et ses déclarations 
péremptoires sur les Mexicains, assimilés à des trafiquants de 
drogue et des violeurs, ou sur les musulmans auxquels il entend 
fermer la porte des Etats-Unis, le milliardaire n'a respecté 
aucune des règles de conduite de la formation qui l'a accueilli. 
    Depuis six mois, il a construit un univers politique peu 
compatible avec celui que les républicains entendaient dessiner 
pour désigner celui qui devrait, selon toutes probabilités, 
affronter Hillary Clinton le 8 novembre prochain. 
    En tête dans les sondages avec souvent plus de 30% des 
intentions de vote, Donald Trump saura dès lundi et les caucus 
de l'Iowa si son discours a réellement infusé dans l'électorat 
conservateur ou s'il n'est qu'un phénomène médiatique. 
    Vieux routier de la politique et ancien président de la 
Chambre des représentants, Newt Gingrich estime que Trump, par 
son style inhabituel et outrancier, "va avoir un impact 
permanent sur le processus" de désignation du candidat 
républicain. La campagne que mène l'homme d'affaires, juge 
Gingrich, constitue "une de ces grandes perturbations de nature 
à tout remodeler". 
     
    NOUVELLES BRÈCHES 
    Depuis l'émergence spontanée du mouvement réactionnaire Tea 
Party lors du premier mandat de Barack Obama, le Parti 
républicain est divisé entre les conservateurs purs et durs de 
la base et les élites de l'establishment à Washington. 
    Cette fracture a permis l'apparition de nouvelles 
personnalités comme le sénateur texan Ted Cruz, le sénateur du 
Kentucky Rand Paul ou encore le sénateur de Floride Marco Rubio, 
tous trois engagés dans la course présidentielle. 
    L'entrée de scène de Trump a, elle, ouvert de nouvelles 
brèches dans un Grand Old Party fragilisé par les deux victoires 
de Barack Obama et que les succès lors des élections de 
mi-mandat n'ont pas réussi à ressouder.  
    Certains appellent d'ailleurs la direction du parti à réagir 
rapidement face à ce qu'ils perçoivent comme une colère 
grandissante de la base électorale à l'égard des élus. 
    Conscient du coin qu'il a enfoncé et des divisions qu'il 
peut exploiter, le milliardaire Trump fait campagne sur la 
disparition de la classe ouvrière américaine. Cela lui permet de 
dénoncer les menaces d'un libéralisme, fonds de commerce des 
républicains, accusé de délocaliser les emplois et de favoriser 
une concurrence déloyale des migrants acceptant de travailler 
pour des salaires moindres. 
    "Les gens en ont marre. Les gens pensent que les promesses 
faites n'ont pas été tenues", explique le président du Parti 
républicain dans l'Iowa, Jeff Kaufmann, présent lors d'un 
meeting de Trump. 
     
    COALITION CONSERVATRICE 
    Alors que le processus de désignation va s'accélérer dans 
les prochaines semaines, avec notamment le rendez-vous du "Super 
Tuesday" le 1er mars, c'est la grande coalition conservatrice 
scellée sous la présidence de Ronald Reagan dans les années 1980 
qui risque bien de voler en éclats. 
    "Trump attire des gens de différents milieux sociaux qui ne 
s'étaient jamais imaginés comme républicains", explique Newt 
Gingrich. "Je pense qu'il est très difficile pour les 
observateurs politiques traditionnels de comprendre ce qui est 
en train de se passer." 
    Difficile à gérer quand il est présent, l'encombrant Donald 
Trump brille presque autant quand il est absent. Jeudi, sept des 
candidats en lice espéraient mettre à profit le refus du 
milliardaire de participer à un débat organisé à Des Moines pour 
dissuader les électeurs de voter pour celui qu'ils ont présenté 
comme un amuseur public aux propositions fantaisistes. 
    C'était sans compter sur la capacité d'improvisation de 
l'ancien animateur de l'émission de télé-réalité "The 
Apprentice" dans laquelle il jouait son propre rôle.  
    Au moment où ses principaux adversaires débattaient ensemble 
sur la chaîne de télévision Fox News, Trump tenait un meeting à 
l'université Drake, à quelques encablures de là, devant 700 
personnes et en compagnie de deux autres prétendants à 
l'investiture, Mike Huckabee et Rick Santorum. (voir 
 ID:nL8N15D07A ) 
    On apprenait ensuite que la direction de Fox News avait 
tenté à la dernière minute de le convaincre d'être présent sur 
le plateau. La soirée pouvait se résumer à un succès pour le 
trublion. 
    "Vous ne pouvez pas mettre Trump dans une jolie petite 
boîte. C'est ce qui est bien avec lui", a commenté Ford 
O'Connell, expert en stratégie politique chez les républicains. 
"Je pense qu'il peut obtenir l'investiture. Et je pense qu'il 
peut même remporter la présidence." 
      
    VOIR AUSSI l'ENQUETE sur ces "électeurs perdus" qui ont 
trouvé leur candidat en Trump:  ID:nL8N15330A  
 
 (Pierre Sérisier pour le service français) 
 
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