USA 2016-Trump en quête de soutiens au Congrès dans l'affaire Khan

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    par Richard Cowan et David Morgan 
    WASHINGTON, 2 août (Reuters) - Donald Trump a appelé lundi 
les sénateurs et représentants républicains à la rescousse, à 
l'heure où ses attaques sur les parents d'un capitaine musulman 
de l'US Army tué en Irak sont mal reçues par les responsables de 
tout bord. 
    Les critiques qu'a formulées Donald Trump à l'égard de Khizr 
Khan et Ghazala Khan, montés sur l'estrade la semaine dernière à 
la convention démocrate de Philadelphie, ont déclenché la 
consternation de plusieurs élus républicains et mettent en 
évidence la fragilité de son alliance avec le Grand Old Party. 
    Le sénateur républicain John McCain, candidat à l'élection 
présidentielle en 2008 et l'un des plus illustres anciens 
combattants de la chambre, s'est rallié aux protestations, signe 
de la place particulière qu'occupe l'armée pour nombre 
d'Américains. 
    "Bien que notre parti l'ait investi de la nomination, cela 
ne s'accompagne pas d'un permis de diffamer les meilleurs 
d'entre nous", a dit le sénateur et vétéran de la guerre du 
Vietnam, où il a été tenu prisonnier pendant cinq ans. 
    Rob Wasinger, qui travaille avec les équipes de Donald Trump 
au Parlement, a envoyé lundi un email à plusieurs collaborateurs 
de haut rang au Sénat, avec cette demande: "Nous voulons obtenir 
plusieurs déclarations de membres (du Sénat) aujourd'hui sur ce 
sujet, et nous vous serions très reconnaissants pour votre 
aide". 
    Des éléments de langage utilisables par les sénateurs  
étaient joints à la requête en vue de minimiser la controverse 
déclenchée par la prise de parole des Khans, parents du 
capitaine Humayun Khan mort dans l'explosion d'une bombe en 
2004, à la convention démocrate. 
    Selon un autre collaborateur, un message similaire a été 
envoyé aux élus républicains à la Chambre des représentants. Ces 
demandes n'ont semblé déclencher aucun soutien. 
     
    HÉROS DE L'AMÉRIQUE 
    En effet, les sénateurs républicains sont satisfaits de la 
position adoptée dimanche par Mitch McConnell, chef de file de 
la majorité républicaine au Sénat, a estimé un collaborateur 
républicain à la chambre.  
    Mitch McConnell a salué le défunt capitaine Khan comme un 
"héros de l'Amérique" et a estimé qu'"une interdiction de 
voyager pour tous les membres d'une même religion est simplement 
contraire aux valeurs de l'Amérique".  
    Sans prononcer le nom de Trump, le président Barack Obama a 
rappelé lundi que les familles ayant perdu un proche au combat 
devaient être honorées. 
    "Personne n'a donné davantage pour notre liberté et notre 
sécurité que les familles Gold Star", a-t-il dit en référence à 
la décoration que reçoivent les familles dont les enfants sont 
morts sous les drapeaux. Elles "ont fait un sacrifice que la 
plupart d'entre nous ne pouvons même pas imaginer. Elles 
représentent le meilleur de notre pays", a-t-il ajouté.  
    L'association d'anciens combattants Veterans of Foreign Wars 
(VFW), qui compte 1,7 million d'adhérents, a jugé que le 
candidat républicain était allé trop loin. 
    "Année électorale ou pas, la VFW ne tolérera pas que 
quiconque s'en prenne à un membre d'une famille Gold Star pour 
avoir exercé sa liberté de parole" a dit son directeur national, 
Brian Duffy. 
     
    CORRECTION POLITIQUE 
    Dans une déclaration lors de la convention nationale 
démocrate jeudi, Khizr Khan, père d'Humayun Khan, avait 
apostrophé le milliardaire pour l'accuser de "ne rien avoir 
sacrifié" pour son pays et de "dénigrer de manière systématique" 
les musulmans, tandis que sa femme Ghazala se tenait silencieuse 
à ses côtés.  
    Affirmant être la cible d'une attaque "malveillante", Donald 
Trump a exploité le silence de Ghazala Khan en suggérant qu'elle 
n'avait pas été "autorisée" à s'exprimer.  
    Interrogé lundi sur CNN, Khizr Khan a expliqué vouloir 
maintenir la dignité de sa famille et transmettre à Trump un 
message: "L'empathie est le trait d'un bon dirigeant". 
    "C'est un sentiment simple, se rendre compte, ressentir les 
souffrances, les difficultés des gens que vous entendez diriger. 
Et cela lui fait défaut", a estimé Khan. 
    Empêtré dans cette polémique, Donald Trump a tenté de 
trouver une sortie honorable en affirmant que le problème 
n'était pas Khizr Khan mais "le terrorisme de l'islam radical".  
    Donald Trump s'était déjà attiré des foudres sur la question 
de l'engagement militaire, un sujet très sensible aux 
Etats-Unis. Il avait ainsi estimé que le sénateur républicain 
John McCain n'était pas un héros de guerre puisqu'il avait été 
prisonnier de guerre pendant cinq ans durant la guerre du 
Vietnam. 
    Dans une lettre ouverte, une dizaine de familles américaines 
ayant perdu un proche dans un conflit armé ont demandé des 
excuses au candidat Trump. 
    "Cela dépasse la politique. C'est une question de décence", 
écrivent-elles. "Le genre de décence que vous railliez comme de 
la correction politique", ajoutent-elle à l'adresse de l'homme 
d'affaires. 
 
 (Pierre Sérisier et Julie Carriat pour le service français) 
 
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