USA 2016-Pour des républicains hispaniques, Trump menace l'avenir du GOP

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    par James Oliphant et Luciana Lopez 
    HIALEAH, Floride, 11 mars (Reuters) - Les militants 
conservateurs hispaniques américains craignent qu'une victoire 
de Donald Trump dans la primaire républicaine de Floride mardi 
prochain ne mette à mal une grande partie de leurs efforts pour 
élargir le Grand Old Party au-delà de l'électorat blanc, et ne 
condamne leurs espoirs de reprendre la Maison blanche aux 
démocrates en novembre.  
    Ces militants redoutent en effet qu'une victoire de Trump 
incite nombre de républicains hispaniques, écoeurés par le 
discours anti-immigrés du milliardaire new-yorkais, à ne pas se 
déplacer aux urnes ou, pire, à voter en faveur du candidat 
démocrate.  
    "Malheureusement, le parti va en payer les conséquences 
pendant des années", prédit Javier Palomarez, PDG de la Chambre 
de commerce hispanique.  
    L'avantage conséquent déjà obtenu par Donald Trump dans les 
primaires républicaines, sa course en tête depuis l'été dernier 
dans les sondages, s'explique en grande partie par sa promesse 
de construire un mur le long de la frontière mexicaine, par sa 
stigmatisation des immigrés mexicains, assimilés à des violeurs 
et des délinquants, et par ses accusations contre les immigrés 
en général, accusés de voler le travail des Américains.  
    Ce discours, montrent les enquêtes d'opinion, est bien perçu 
par de nombreux électeurs blancs républicains, mais rejeté par 
ceux qui sont issus des minorités.  
    Ce qui pose un problème de fond pour le GOP: alors que 
l'électorat américain s'est encore diversifié ces trois 
dernières années, la part des électeurs hispaniques potentiels 
favorables aux républicains s'est encore réduite, de 30,6% en 
2012 à 26% en 2015, selon une analyse des données des enquêtes 
Reuters/Ipsos. Dans le même temps, la part de l'électorat 
hispanique favorable aux démocrates a gagné six points de 
pourcentage à 59,6%. (graphique: http://tmsnrt.rs/1Oj9SPi) 
     
    "CE SONT DES GENS INCROYABLES" 
    L'état-major de campagne de Donald Trump refuse de commenter 
ces questions. L'homme d'affaires, lui, assure qu'il peut 
remporter le vote latino, en partie parce que ses sociétés 
emploient des milliers d'hispaniques.  
    "Ce sont des gens incroyables, des travailleurs incroyables. 
Je les adore", a-t-il dit lors d'un débat en février.  
    La direction du Parti républicain ne cache pas sa préférence 
pour le sénateur de Floride Marco Rubio, né aux Etats-Unis de 
parents cubains.  
    Mais ce dernier est distancé de 15 points dans les sondages 
par Donald Trump en Floride et pourrait être exclu des primaires 
si le magnat de l'immobilier gagne dans cet Etat, où le 
vainqueur remporte l'ensemble des délégués en jeu.  
    Ces dernières semaines, Marco Rubio a labouré sans relâche 
les terres hispaniques de Floride, passant facilement de 
l'anglais à l'espagnol pendant ses meetings, pendant que son 
super PAC (comité d'action politique), groupe indépendant de 
levée de fonds, dépensait bien plus que ses concurrents pour 
diffuser des spots de campagne et réduire l'avance de Trump dans 
les sondages.  
    L'un des défis de Marco Rubio est d'attirer les jeunes 
électeurs hispaniques de Floride qui, contrairement à la 
génération des vieux électeurs cubains anticastristes, lorgnent 
beaucoup plus du côté du Parti démocrate.  
     
    "ON A PERDU UNE OCCASION EN OR" 
    Il y a dix ans, 64% des électeurs cubains s'identifiaient au 
Parti républicain à l'échelle nationale. Ils sont aujourd'hui 
47%, selon le Pew Research Center. Et parmi les jeunes Cubains, 
de 18 à 49 ans, plus de la moitié s'identifient ou penchent en 
faveur du Parti démocrate.  
    "Pour beaucoup de ces Cubains qui viennent de l'île, le 
choix politique était guidé par le ressentiment, la haine. Notre 
génération est en grande partie débarrassée de cela", relève 
Gabriel Pendas, 33 ans. Cet habitant de Miami juge Rubio "très 
décalé par rapport à ce que beaucoup de gens ressentent".  
    Après la défaite de Mitt Romney en 2012, qui n'avait 
remporté que 27% du vote hispanique au niveau national, le 
Comité national républicain, l'instance dirigeante du GOP, s'est 
livré à un exhaustif et douloureux examen de conscience pour 
déterminer les causes profondes de cet échec.  
    Une chose était claire dans le diagnostic: le parti devait 
étendre sa base électorale, trop blanche, trop vieillissante.  
    L'espoir parmi les dirigeants du parti, dont le président du 
CNR Reince Priebus, était qu'une nouvelle génération de 
candidats comme Rubio, ou le sénateur du Texas Ted Cruz, place 
le parti en meilleure position pour reprendre aux démocrates une 
partie du vote latino.  
    Bilingue, jeune, télégénique, Marco Rubio paraissait 
idéalement placé pour incarner cet espoir, mais Donald Trump a 
totalement bouleversé ses plans.  
    "On a perdu une occasion en or", déplore Alfonso Aquilar, 
président du Partenariat latino pour les principes 
conservateurs.  
    Né à Cuba, Ahmed Martel assistait mercredi soir à un meeting 
de Marco Rubio à Hialeah, qui abrite le plus grand nombre de 
Cubains au monde après Cuba.  
    Prié de dire ce qu'il ferait si Trump était le candidat 
républicain à la présidentielle du 8 novembre, il a répondu sans 
hésiter: "Je ne voterai pas. Je ne peux pas voter pour lui." 
     
    VOIR AUSSI 
    Le POINT sur les primaires:  ID:nL8N15G1ZD  
 
 (avec Grant Smith, Maurice Tamman; Jean-Stéphane Brosse pour le 
service français) 
 
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