USA 2016-La victoire de Trump remet en cause les plans de la Fed

le
0
    par Jason Lange 
    WASHINGTON, 9 novembre (Reuters) - La victoire de Donald 
Trump à l'élection présidentielle américaine remet en question 
le scénario central des marchés financiers depuis des mois, à 
savoir une hausse prochaine des taux directeurs de la Réserve 
fédérale,suivie de relèvements graduels sur fond de poursuite de 
la reprise économique.  
    Les marchés financiers ont fortement tangué dès que la 
possibilité d'une victoire du candidat républicain s'est 
imposée, entraînant un plongeon des Bourses et du dollar et une 
hausse des emprunts d'Etat et de l'or, traditionnelles 
valeurs-refuges.  
    L'indice Vix  .VIX  de la volatilité des options sur 
l'indice S&P 500  .SPX , l'une des mesures de l'aversion des 
investisseurs au risque, a bondi de plus de 10%, soulignant les 
craintes d'une période d'incertitude avec l'arrivée de Donald 
Trump à la Maison blanche.  
    La Fed a laissé sa politique monétaire inchangée en réponse 
aux récents épisodes de turbulences sur les marchés financiers, 
tel les décrochages du yuan chinois en août 2015 et janvier 2016 
ou le vote britannique du 23 juin en faveur d'une sortie du 
Royaume-Uni de l'Union européenne.  
    Les marchés avaient privilégié le scénario d'une élection de 
la démocrate Hillary Clinton qu'ils percevaient comme la 
candidate de la continuité face à un Donald Trump jugé 
imprévisible.  
    Le programme électoral de Trump prévoit de renégocier les 
accords commerciaux internationaux au risque d'enclencher une 
vague de protectionnisme et de fragiliser la reprise économique 
mondiale. En ce qui concerne l'économie américaine, il incorpore 
des baisses massives d'impôts dont de nombreux économistes 
estiment qu'elles creuseront le déficit public américain. 
     
    LE RENOUVELLEMENT DE YELLEN EN QUESTION 
    Le Committee for a Responsible Budget, l'organisme 
bipartisan d'évaluation des politiques budgétaires, a dit que 
les propositions de Trump, bien que difficiles à chiffrer 
précisément, pourraient accroître l'endettement fédéral de 5.300 
milliards de dollars sur les dix prochaines années.  
    "Cela renforce la probabilité que la Fed ne fasse rien en 
décembre", avait prévenu Mark Zandi, économiste de Moody's 
Analytics, à propos d'une possible victoire de Trump.  
    Son élection jette aussi le doute sur l'avenir de Janet 
Yellen à la tête de la Fed. Trump a accusé la Fed de maintenir 
des taux d'intérêt bas pour aider le président démocrate Barack 
Obama et laissé entendre qu'il pourrait ne pas renouveler le 
mandat de Yellen qui arrive à échéance en janvier 2018, poussant 
certains analystes à spéculer sur une démission de la présidente 
de la Fed avant même cette échéance. 
    Le peu de détails disponibles sur le programme économique de 
Trump accentue l'incertitude pour la Fed et peut remettre en 
cause sa trajectoire prévue de remontée des taux. 
    Trump a dit que ses propositions permettraient de déclencher 
une vague d'investissements, de créer 25 millions d'emplois et 
de pratiquement doubler le rythme de croissance de l'économie 
américaine. 
    Le président de la Fed de Chicago, Charles Evans, a dit le 
jour même du vote que la Fed surveillerait la volatilité des 
marchés financiers et les éventuels changements dans la 
politique budgétaire après le scrutin.  
    "La Fed ne cèdera pas aux critiques et fixera sa politique 
en fonction de son mandat qui est de promouvoir l'emploi et la 
stabilité des prix", a dit Evans. "Nous avons besoin 
d'indépendance par rapport aux pressions politiques à court 
terme", a-t-il ajouté.  
    Les premiers effets des politiques protectionnistes de Trump 
pourraient ne pas être si mauvais que ça, ont estimé certains 
économistes comme Barry Eichengreen.  
    Pour lui, le recours aux droits de douane peut certes 
déclencher des guerres commerciales et des tensions 
géopolitiques mais l'effet initial sera de pousser les salaires 
et l'inflation à la hausse, exactement ce que la Fed essaye de 
faire depuis des années avec plus ou moins de succès grâce à sa 
politique monétaire très accommodante.  
    Les économistes de Moody's Analytics s'attendent aussi à ce 
que la mise en oeuvre des propositions de Trump en matière 
commerciale et d'immigration pousse l'inflation à la hausse, au 
risque toutefois d'une ample et brusque remontée des taux par la 
Fed qui provoquerait alors une récession, une inquiétude 
partagée par certains investisseurs.  
    "Ses baisses d'impôts pourraient déboucher sur une énorme 
augmentation du déficit budgétaire et ses sanctions commerciales 
risquent de bloquer le commerce international. Cela nous 
mettrait en récession", prévient Donald Selkin, stratège de 
National Securities.  
    Le président de la Fed de Philadelphie, Patrick Harker, 
avait prévenu le mois dernier que la Fed devrait surveiller les 
changements susceptibles d'intervenir après l'élection 
présidentielle. Avec un taux de chômage inférieur à 5%, des 
baisses d'impôts massives risqueraient d'alimenter l'inflation.  
    "S'il y a des politiques susceptibles d'avoir des effets 
perturbateurs, il faudra que nous y réagissions, absolument", 
avait-il dit. 
     
 
 (avec Jonathan Spicer, Marc Joanny pour le service français, 
édité par Wilfrid Exbrayat) 
 

Valeur associée
  Libellé Bourse Dernier Var. Vol.
Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant

Partenaires Taux