USA 2016-La famille Khan accuse Trump de manque d'empathie

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    par Doina Chiacu et Susan Heavey 
    WASHINGTON, 1er août (Reuters) - A moins de cent jours de 
l'élection présidentielle américaine, la polémique opposant 
Donald Trump aux parents d'un capitaine musulman de l'US Army 
tué en Irak s'est poursuivie lundi avec de nouvelles 
déclarations du père du soldat accusant le candidat républicain 
de ne pas avoir l'empathie requise pour être un chef d'Etat. 
    Dans une déclaration lors de la convention nationale 
démocrate jeudi, Khizr Khan, père du capitaine Humayun Khan mort 
dans l'explosion d'une bombe en 2004, avait apostrophé le 
milliardaire pour l'accuser de "ne rien avoir sacrifié" pour son 
pays et de "dénigrer de manière systématique" les musulmans. 
    Khizr Khan, citoyen américain d'origine pakistanaise et de 
confession musulmane, s'exprimait seul lors de cette allocution 
à la tribune de la convention de Philadelphie tandis que sa 
femme Ghazala se tenait silencieuse à ses côtés. 
    Affirmant être la cible d'une attaque "malveillante", Donald 
Trump a exploité le silence de Ghazala Khan en suggérant qu'elle 
n'avait pas été "autorisée" à s'exprimer. La remarque jouait sur 
un sous-entendu, celui de la soumission des femmes chez les 
traditionalistes musulmans. 
    Plusieurs dignitaires républicains ont pris position au 
cours du week-end, saluant le défunt capitaine Khan comme un 
"héros de l'Amérique", selon l'expression employée par Mitch 
McConnell, chef de file de la majorité républicaine au Sénat. 
    Interrogé lundi sur CNN, Khizr Khan a expliqué vouloir 
maintenir la dignité de sa famille et transmettre à Trump un 
message: "L'empathie est le trait d'un bon dirigeant". 
    "C'est un sentiment simple, se rendre compte, ressentir les 
souffrances, les difficultés des gens que vous entendez diriger. 
Et cela lui fait défaut", a estimé Khan. 
    Egalement interrogé sur la remarque de Donald Trump 
concernant le silence de sa femme, Khizr Khan a jugé qu'il 
n'était pas nécessaire de commenter le propos de l'homme 
d'affaires. 
     
    CORRECTION POLITIQUE 
    Dans une tribune publiée dimanche par le Washington Post, 
Ghazala Khan explique être restée silencieuse pendant 
l'allocution de son mari afin de contenir son chagrin devant les 
délégués de la convention démocrate. 
    La mère de famille est également intervenue sur la chaîne 
américaine d'information en continu pour dire qu'elle s'était 
toujours sentie en sécurité en tant que musulmane vivant aux 
Etats-Unis. 
    Empêtré dans cette polémique, Donald Trump a tenté de 
trouver une sortie honorable en affirmant que le problème 
n'était pas Khizr Khan mais "le terrorisme de l'islam radical". 
Dans un message sur son compte Twitter, le magnat mentionne 
l'expression en lettres capitales afin de souligner son propos. 
    Donald Trump s'était déjà attiré des foudres sur la question 
de l'engagement militaire, un sujet très sensible aux 
Etats-Unis. Il avait ainsi estimé que le sénateur républicain 
John McCain n'était pas un héros de guerre puisqu'il avait été 
prisonnier de guerre pendant cinq ans durant la guerre du 
Vietnam. 
    Dans une lettre ouverte, une dizaine de familles américaines 
ayant perdu un proche dans un conflit armé ont demandé des 
excuses au candidat Trump. 
    "Cela dépasse la politique. C'est une question de décence", 
écrivent-elles. "Le genre de décence que vous railliez comme de 
la correction politique", ajoutent-elle à l'adresse de l'homme 
d'affaires. 
 
 (Pierre Sérisier pour le service français) 
 
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