USA 2016-La campagne électorale a libéré un discours de haine

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    par Peter  Eisler 
    KOKOMO, Indiana, 8 novembre (Reuters) - Depuis la mi-octobre 
sont apparus des graffiti insultants signés "KKK" (Ku Klux Klan) 
dans les rues de Kokomo, une petite ville de l'Indiana. Sur des 
voitures, des façades, des poteaux téléphoniques, ou sur le 
trottoir qui fait face à la petite maison ouvrière où Karen 
Peters, une Afro-Américaine, a passé la majeure partie de sa vie 
et affiche ouvertement sa préférence pour le Parti démocrate. 
    "Ça dégénère", observe cette habitante, persuadée que le ton 
particulièrement violent de la campagne présidentielle de 2016 
et la rhétorique agressive de Donald Trump encouragent ces 
comportements extrémistes. 
    "Quand on a (des candidats) qui affirment des bêtises, 
peut-être que d'autres gens se disent qu'ils ont le feu vert 
pour faire ce genre de choses, et c'est vraiment triste. (...) 
On dirait que notre pays est en train de régresser", dit-elle. 
    A travers les Etats-Unis, le ton incendiaire et agressif du 
discours politique entendu ces derniers mois se répercute dans 
la parole publique et polarise l'électorat. 
    Il est difficile d'en mesurer l'impact. Aucune statistique 
nationale ne recense les crimes à motifs politiques ou les 
paroles de haine.  
    Toutefois, les enquêtes du Pew Research Center, un institut 
non partisan, montrent que le pourcentage d'électeurs estimant 
qu'injurier son adversaire politique "fait parfois partie du 
jeu" a grimpé de 30% en mars à 43% en octobre. Une majorité 
d'électeurs des Partis démocrate et républicain ont désormais 
une opinion "très défavorable" de l'autre parti, une première 
depuis que Pew a commencé à poser la question, en 1992, alors 
que la confiance dans le gouvernement est au plus bas.  
    "Ces indicateurs reflètent des tensions entre groupes qui 
peuvent se traduire de n'importe quelle manière, de la simple 
grossièreté jusqu'aux actes extrémistes", note Brian Levin, 
directeur du Centre d'études de la haine et de l'extrémisme à la 
California State University.  
    La plupart de ces incidents visent les immigrants, les 
Afro-Américains et les autres groupes traditionnellement liés au 
Parti démocrate. Mais les républicains sont aussi confrontés à 
des actes hostiles.  
     
    L'ÉMERGENCE DE L'"ALT-RIGHT" 
    Un mouvement, Alt-Right ("Droite alternative"), monopolise 
une grande part du débat sur l'extrémisme aux Etats-Unis. 
Composé de nationalistes blancs, antisémites, hostiles aux 
immigrants, il est sorti de l'ombre ces derniers mois pour 
rallier la candidature de Trump. 
    Alt-Right applaudit les propositions du milliardaire en 
faveur de la construction d'un mur à la frontière mexicaine, de 
l'expulsion des immigrés clandestins ou du contrôle des 
musulmans pour d'éventuels liens avec le terrorisme.  
    Il y voit une légitimation de sa préoccupation majeure, 
l'érosion de la majorité blanche et chrétienne du pays, explique 
Michael Hill, qui se décrit lui-même comme un suprémaciste 
blanc, antisémite et xénophobe et dirige la Ligue du Sud, un 
groupe "nationaliste sudiste" dédié à la création d'une "terre 
de l'homme blanc" indépendante. 
    "Le climat politique général qui entoure sa campagne a été 
très fécond, non seulement pour nous mais pour tous les groupes 
de droite radicale", ajoute-t-il.  
    Les propositions de Donald Trump correspondent à l'objectif 
de l'Alt-Right de "ralentir la dépossession des blancs", 
renchérit Jared Taylor, un nationaliste blanc dont le site 
American Renaissance est l'un des plus prisés du mouvement. Mais 
il estime aussi que les médias exagèrent le soutien des cercles 
extrémistes au candidat républicain, "afin de le discréditer".  
    Jared Taylor, Michael Hill et les autres figures de 
l'Alt-Right se défendent d'inciter au vandalisme ou à la 
violence. Ils refusent d'admettre que leur rhétorique constitue 
un discours de haine, affirmant que les attaques de 
l'extrême-gauche à leur encontre sont bien plus haineuses.  
    Le premier amendement de la Constitution garantissant la 
liberté d'expression permet d'aller loin dans le discours. La 
loi réprime en revanche les "crimes de haine" qui visent les 
victimes en raison de leur ethnie, religion, handicap ou 
orientation sexuelle.  
    Les chercheurs de la California State University ont 
calculé, dans une étude menée l'an dernier, une hausse de 6% des 
crimes de haine et constaté peu de changements dans le nombre 
d'attaques visant la plupart des minorités, à l'exception des 
musulmans, contre lesquels les crimes de haine ont bondi de 86%. 
    Craig Dunn, président du Parti républicain du comté de 
Howard, où se trouve la commune de Kokomo, juge que l'écho des 
voix extrémistes minoritaires est amplifié par internet et les 
réseaux sociaux, qui alimentent une "dégradation générale des 
règles de civilité".  
    Le maire de Kokomo, le démocrate Greg Goodnight, s'inquiète 
pour sa communauté. "Il y a plus de tensions", dit-il en avouant 
n'avoir jamais vu auparavant dans sa ville des graffiti du KKK. 
 
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LE POINT sur la campagne présidentielle       
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 (Avec Tim Reid à Los Angeles, Guy Faulconbridge à Londres; 
Jean-Stéphane Brosse pour le service français) 
 
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  • odnaz le mardi 8 nov 2016 à 13:40

    Mais tout ça est d'une logique implacable ! Je sais la logique n'est plus à la mode. A trop tirer sur une corde elle casse : quand les pacifistes - et ensuite les mondialistes - comprendront-ils qu'à terme leurs idées angéliques (et hypocrites) sont contreproductives, non naturelles, et lancent le balancier dans l'autre sens avec les éventuels conséquences induites.