USA 2016-Jeb Bush paie une campagne truffée d'erreurs

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    par Steve Holland 
    CHARLESTON, Caroline du Sud, 21 février (Reuters) - Il y a 
quelques mois, Jeb Bush semblait le mieux placé pour reprendre 
la Maison blanche aux démocrates en novembre prochain.  
    Riche d'un trésor de guerre de 150 millions de dollars en 
2015, entouré de certains des plus brillants esprits du Parti 
républicain, dernier rejeton d'une dynastie présidentielle, il 
avait en outre le soutien de la direction du Grand Old Party.  
    Pourtant, après un piètre score en Caroline du Sud, 
l'ex-gouverneur de Floride a renoncé samedi à poursuivre la 
bataille pour l'investiture du Parti républicain en vue de la 
présidentielle du 8 novembre, ne laissant plus que cinq 
candidats en lice après seulement trois étapes des primaires.  
    "Je suis fermement convaincu que le peuple américain doit 
confier cette fonction (présidentielle) à quelqu'un qui 
l'occupera à la façon d'un serviteur, et non d'un maître, 
quelqu'un qui l'occupera avec honneur et décence", a-t-il lancé, 
la voix émue, en annonçant son retrait. 
    Aux yeux d'une douzaine de cadres du GOP interrogés par 
Reuters, dont certains étroitement liés à la campagne du 
candidat, cet échec cuisant de Jeb Bush est le résultat d'une 
série de mauvais calculs et d'erreurs stratégiques.  
    Dès le départ, disent-ils, le frère cadet de George W. a mal 
jugé l'humeur de la base de l'électorat républicain.  
    En décembre 2014, lors d'une réunion de ses principaux 
conseillers et d'un petit groupe de responsables du parti à 
Miami afin d'évoquer son projet de candidature, il a refusé un 
sondage national pour tester l'atmosphère au sein du GOP. Une 
telle enquête, regrette un participant, aurait clairement montré 
l'humeur rebelle de la base conservatrice du parti. 
    "Ils ont loupé le coche", estime encore ce participant. 
     
    DES CENTAINES DE TWEETS SAIGNANTS 
    Une remarque rejetée par l'équipe de campagne de Jeb Bush. 
"Il a partagé dès le départ la frustration des électeurs", dit 
sa porte-parole Kristy Campbell. "Il a présenté un message 
optimiste et plein d'espoir basé sur la conviction qu'il avait 
les compétences de dirigeant pour y arriver." 
    Ce sondage aurait peut-être aussi permis de mieux jauger la 
menace représentée par Donald Trump, dont les attaques 
incessantes contre la classe politique attisaient le sentiment 
anti-establishment des électeurs et portaient leurs fruits. 
    L'homme d'affaires caracole aujourd'hui en tête des sondages 
et s'est imposé dans les primaires du New Hampshire et de 
Caroline du Sud.  
    Persuadé que Donald Trump était un épiphénomène qui ne 
durerait qu'un été, Jeb Bush a tardé à répliquer aux piques du 
milliardaire moquant sa "mollesse". Le milliardaire attaquait 
alors sans relâche l'ex-gouverneur de Floride, comme le montrent 
les centaines de tweets saignants adressés à son intention par 
Donald Trump, plus que contre tout autre candidat républicain. 
    "Ils ont fait un mauvais calcul terrible en ne comprenant 
pas l'intention de cette attaque sur la mollesse, qui visait à 
émasculer Jeb Bush, à le faire passer pour un faible", analyse 
Steve Schmidt, ancien directeur de campagne de John McCain, 
candidat républicain à la présidentielle de 2008. 
    "Définir Jeb Bush comme un faible le privait de l'argument 
selon lequel, par son parcours, sa compétence et son expérience, 
il était le mieux qualifié pour présider." 
     
    LE POIDS DE LA GUERRE D'IRAK 
    Jeb Bush était clairement le favori du camp républicain 
quand il a lancé sa campagne en juin dernier, avec 18% 
d'intentions de vote face à de nombreux rivaux. Six semaines 
plus tard, Donald Trump prenait les commandes des sondages avec 
26% et Jeb Bush n'avait plus que 12% d'intentions de vote, selon 
une enquête Reuters/Ipsos. Aujourd'hui, le milliardaire est à 
38% d'intentions de vote.  
    Mais Donald Trump n'a pas été le seul obstacle sur le chemin 
de Jeb Bush.  
    L'une de ses plus grandes erreurs, il ne la doit qu'à 
lui-même, lorsqu'il a tergiversé pendant des jours, en mai 
dernier, pour savoir s'il aurait lancé la guerre d'Irak comme 
son frère George W. Bush en mars 2003.  
    Certains de ses conseillers de politique étrangère ont été 
surpris de voir qu'il ne s'était pas préparé à cette question 
pourtant inévitable. C'est finalement George W. Bush qui a dit à 
son frère qu'il n'était pas obligé de défendre ses décisions 
prises en 2003.   
    Jeb Bush a longtemps hésité à utiliser la notoriété 
familiale. Il s'y est résolu pour la primaire du New Hampshire 
et aussi en Caroline du Sud, où George W. Bush est venu lui 
prêter main forte pour un meeting.  
    Mais deux jours plus tard, Jeb Bush apprenait lors d'un 
débat à Summerville le ralliement de la gouverneure de Caroline 
du Sud, la populaire Nikki Haley, à son ancien protégé 
politique, le sénateur de Floride Marco Rubio. Il a alors résumé 
la nouvelle d'un seul mot: "Déçu".  
    Samedi soir, Jeb Bush a pris sa décision d'abandonner la 
course moins de deux heures après la fermeture des bureaux de 
vote.  
 
 (Jean-Stéphane Brosse pour le service français) 
 
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