USA 2016-Contester les élections serait coûteux pour Trump

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    par Dan Levine et Mica Rosenberg 
    21 octobre (Reuters) - Les accusations de Donald Trump, 
dénonçant une élection présidentielle américaine "truquée" par 
le Parti démocrate, les élites et la presse, ne lui coûtent 
rien, en revanche faire la démonstration de ses affirmations 
pourrait se révéler beaucoup plus onéreux pour le milliardaire.  
    Après trois débats face à Hillary Clinton au cours desquels 
il n'est pas apparu à son avantage, le candidat républicain 
soutient la thèse que sa défaite annoncée le 8 novembre ne sera 
due qu'à une conspiration nationale. 
    L'homme d'affaires, rompant avec la tradition démocratique 
américaine, a déclaré lors du débat de mercredi qu'il déciderait 
au soir du scrutin s'il reconnaît ou non le verdict des urnes. 
    La déclaration est sans précédent dans l'histoire politique 
américaine mais elle n'est pas sans coût. 
    La demande d'un nouveau comptage des voix, en particulier 
dans les Etats indécis (swing states), pourrait conduire à un 
casse-tête administratif et judiciaire et obligerait à une 
procédure au cas par cas. 
    Ainsi la Caroline du Nord, dotée de 15 grands électeurs sur 
les 270 requis, semble pencher du côté d'Hillary Clinton avec 
une marge d'appréciation très faible. Mais les lois de cet Etat 
envisagent un second dépouillement que si l'écart entre les deux 
candidats est inférieur à 0,5 point. 
    Dans le Wisconsin qui incline fortement en faveur de la 
candidate démocrate, toute nouvelle procédure de comptage serait 
faite aux frais du plaignant en cas d'écart inférieur à 0,25 
point, même chose dans le Colorado en cas de victoire par moins 
de 0,5 point. 
    Selon Michael Maistelman, avocat spécialiste des questions 
électorales, la vérification des résultats dans un bureau de 
9.000 votants s'élève à près de 13.000 dollars. Pour donner un 
ordre de grandeur, quelque trois millions de personnes vont 
voter dans le seul Wisconsin, détenteur de 10 grands électeurs. 
     
    ÉQUATION À PLUSIEURS INCONNUES 
    Déterminer les circonscriptions et au-delà les Etats sur 
lesquels faire porter sa contestation relève pour Donald Trump 
de la quadrature d'un cercle. 
    La Virginie, le Colorado et le Wisconsin ne constituent pas 
des cibles pertinentes car l'avance d'Hillary Clinton dans ces 
Etats rend l'initiative sans espoir. Les choses sont moins 
désespérées pour Donald Trump en Pennsylvanie (-6), en Floride 
(-4) ou en Caroline du Nord (-2). 
    Face au risque d'une dispersion des procédures à l'échelon 
local, la meilleure option pour le républicain serait de déposer 
des recours mais en s'abstenant de contester, par exemple, un 
abus de pouvoir d'un responsable local des opérations 
électorales. 
    Les avocats de Donald Trump devraient par ailleurs 
rassembler suffisamment de preuves à l'appui de leurs 
accusations pour qu'un juge les considère comme recevables, 
précise Troy McCurry, ancien conseiller juridique de la 
Commission nationale républicaine. 
    Si une procédure judiciaire devait être ouverte, ses chances 
d'aboutir demeureraient très incertaines car l'affaire devrait 
être portée devant la Cour suprême qui compte actuellement huit 
magistrats avec un équilibre parfait (4-4) entre conservateurs 
et libéraux. 
    Les procédures de première instance que Donald Trump 
pourrait engager en Pennsylvanie, au Colorado et en Floride, 
Etats où la majorité des cours fédérales et des cours d'appel 
ont des juges à tendance démocrate seraient compliquées par la 
composition du corps magistral. 
    De plus, Donald Trump risque alors se heurter frontalement 
au Parti républicain qui l'a abandonné dans sa majorité après 
ses différentes déclarations tonitruantes. Le Grand Old Party 
hésiterait ainsi à soutenir une procédure contre le résultat de 
la présidentielle dans des Etats où il peut emporter les sièges 
au Sénat. 
    L'inconnue à moins de trois semaines du scrutin concerne les 
critères que Trump pourrait retenir à l'appui d'un recours, or 
le milliardaire n'a jamais apporté de précisions sur ce sujet, 
rappelle Stephen Zack, avocat qui représentait Al Gore lors de 
la contestation engagée contre le succès de George W. Bush en 
2000. 
    Au fond, Donald Trump fait comme s'il attendait de voir 
comment se passent les choses et voir s'il peut provoquer une 
surprise, estimé Stephen Zack. 
 
 (Pierre Sérisier pour le service français) 
 
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